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Les promesses de gains faciles sont toujours des attrape-nigauds, et ceux du trading sur devises ne font pas exception. Le forex (abréviation de foreign exchange signifiant marché des devises) est extrêmement spéculatif car il permet de risquer jusqu’à 400 fois sa mise ! Mais attention, car l’effet de levier peut aussi vite se transformer en « effet de râteau » comme disent les professionnels de la finance. Deontofi.com vous livre un exemple concret pour comprendre.

Assurés de se faire plumer, des épargnants crédules cèdent pourtant aux promesses illusoires du trading Forex. (photo © GPouzin)

Assurés de se faire plumer, des épargnants crédules cèdent pourtant aux promesses illusoires du trading Forex. (photo © GPouzin)

Un peu de jardinage ! Vous connaissez le râteau, cet outil avec un long manche prolongé par un peigne à dentition métallique. Si vous placez les dents du râteau sous une lourde pierre pour la soulever, le manche démultiplie votre action en réduisant votre effort. C’est l’effet de levier. Si vous en avez fait l’expérience, ou si vous l’avez vue dans un Charlot ou autre bande dessinée, vous savez que celui qui marche par inadvertance sur les dents du râteau exerce un effet de levier inverse, par lequel le manche lui arrive en pleine figure. C’est l’effet râteau !

Forts de cette expérience, les professionnels de la finance savent bien que sur tous les marchés l’effet de levier peut se transformer en effet de râteau. Des épargnants crédules et des joueurs invétérés se font ainsi piéger en ne comprenant pas l’ampleur des risques que certains intermédiaires les laissent prendre. En misant 1000 euros avec un effet de levier de 400, une variation de 1% dans le mauvais sens entraîne une perte de 4000 euros.

Prenons un exemple concret pour comprendre : le 6 septembre 2013, vous pariez 1000 € sur l’affaiblissement de l’euro face au dollar, qui cote alors 0,7592€ (on exprime plus souvent sa parité en USD, soit 1€=1,3172$). Avec 1000€ vous pouvez acheter 1317,20$. Mais grâce à l’effet de levier, des intermédiaires vous incitent à en acheter beaucoup plus « pour démultiplier vos gains » grâce à l’effet de levier. En contrepartie d’un dépôt de garantie nécessaire, ils peuvent vous autoriser à parier 100 fois votre mise (acheter 131 720$) voire jusqu’à 400 fois (526 870$).

Cet effet de levier démultiplie effectivement les gains, exactement comme si vous empruntiez à votre banque pour miser 400 fois plus que d’habitude aux jeux de hasard vendus chez le buraliste. En misant 1000 euros dans le bon sens avec un effet de levier de 400, un gain de 1% rapporte 4000 euros ! C’est tentant, non ?

« Et puis l’euro est à un niveau trop élevé, quand on voit la crise chez nous, la Grèce et tout ça, alors que la reprise économique américaine va forcément doper le billet vert » ressassent les soi-disant « experts » dont le discours séduit les épargnants inquiets. Avec votre mise de 1000 euros, vous achetez donc 526 870$ le vendredi 6 septembre 2013. Banco ! Le dollar gagne presque 2 dixièmes de centime à 0,7611€ (soit 1€=1,3139$) dès le samedi 7 septembre (NDLR : les marchés financiers étant fermement opposés au travail le week end, pour eux mais pas pour les autres, le marché des changes est une exception).

Après un dimanche à rêver de votre fortune, vous voulez la concrétiser. Mais que se passe-t-il ? Lundi 9 septembre, le dollar est revenu à 0,7586€, votre gain s’est évaporé. « Allons, c’est un repli technique, l’analyse graphique est positive », vous dit-on pour vous inciter à maintenir votre position. Mardi 10 septembre, le dollar cote 0,7573€ (soit 1€=1,3205$), vos 526 870$ ne valent plus que 398 998,65 euros. Et alors ? « Et alors il faut que vous augmentiez votre couverture car les 1000 euros ne suffisent plus », vous explique votre intermédiaire. Mais pourquoi ?

« Rappelez-vous de l’effet de levier 400, avec 1000 euros on vous a laissé miser 400 000 euros sur la hausse du dollar. Hé bien vos 400 000 ne valent plus que 398 998,65 euros. On ne peut pas vous laisser dépasser votre couverture, c’est interdit. Si vous ne pouvez pas couvrir on sera obligé de couper votre position et vous aurez perdu 1000 euros, ce serait dommage », explique typiquement le courtier, en ajoutant généralement : « si vous rajoutez 1001,35 euros vous pourrez garder votre position et racheter une quotité équivalente pour profiter du rebond ». Avec les 1000 € disponibles une fois votre couverture reconstituée, vous pariez donc à nouveau sur l’affaiblissement de l’euro face au dollar avec un effet de levier de 400. Comme le dollar a baissé à 0,7573€, votre mise démultipliée par 400 vous permet d’acheter 528 192 dollars.

Mercredi 11 septembre 2013 : 1€=1,3257$ (soit 1$=0,7543€). Mince ! Votre million de dollars (plus précisément 1 055 062$ correspondant à vos deux paris), ne valent plus que 795 833 euros : il faut augmenter votre couverture. Rappelez-vous, vous avez misé pour 800 000 euros avec seulement 2001,35 euros, mais vous avez déjà perdu 4167 euros. « Si vous ne complétez pas votre couverture avec les 2165,65 euros manquants, on sera obligé de couper votre position », répète le courtier. Jeudi 12 septembre 2013 : 1$=0,7532€, votre perte atteint 5327 euros.

Vendredi 13 septembre : 1$=0,7516€, votre courtier vous harcèle au téléphone mais laisse la situation empirer un peu : « vous devez compléter votre couverture sinon on devra couper votre position ». Après le week end, le dollar frémit 1$=0,7519€. « Vous voyez qu’il allait remonter, je vous ai fait une fleur mais il faut compléter votre couverture, vous avez bien des amis qui peuvent vous aider », tente généralement l’intermédiaire. Soit vous remettez au pot, jusqu’au prochain appel de couverture, soit la guerre du recouvrement commence. Passons à cette étape.

Mardi 17 septembre, 1$=0,7486€. Le courtier adopte généralement un ton plus agressif : « Il faut absolument couvrir, nous ne pouvons pas supporter vos pertes plus longtemps si vous ne suivez pas nos instructions, c’est votre dernière chance, soit vous complétez votre couverture, soit nous devrons clôturer votre compte ». Mercredi 18 septembre, nouveau soubresaut du dollar à 1$=0,7492€ dont l’intermédiaire profite typiquement pour tenter un apaisement : « vous voyez, si vous aviez acheté hier vous seriez déjà gagnant » (sur l’achat de la veille seulement). Jeudi 19 septembre 2013, nouveau coup de mou du billet vert à 0,7492€. Vos 1 055 062$ achetés 800 000 euros avec une mise de seulement 2000€ ne valent plus que 790 452€.

Votre courtier vous harcèle pour récupérer les 8000€ de pertes non couverts par votre mise. Vendredi 20 septembre 2013, à 1,3533$, l’euro refuse obstinément de s’affaiblir malgré sa fragilité légendaire. « On vous avait prévenu », le courtier « coupe » votre position en revendant vos dollars pour la modique somme de 779 585 euros. La perte atteint 20 415 euros pour une mise de 2001,35 euros. Le courtier vous poursuit par toutes sortes de menaces pour récupérer les 18 400 euros manquants.

Même si l’intermédiaire est en totale infraction dans bien des domaines, au regard de ses obligations réglementaires et de la protection des consommateurs de services financiers en vigueur en France, sa domiciliation exotique lui permet le plus souvent d’esquiver les poursuites et d’échapper aux autorités qui pourraient vous défendre. Malheureusement, sa créance n’en est pas moins réelle, et il est prêt à la faire valoir par tous les moyens allant du harcèlement aux menaces en passant par le recours à des officines de recouvrement ou des avocats peu fréquentables.

Parmi ces stratagèmes, la méthode dénoncée par l’Autorité de contrôle prudentiel dans son communiqué du 8 janvier 2014 est assez redoutable (lire Comment se faire plumer sur le Forex : les dangers du trading sur devises ! ).

Au final, les victimes du trading Forex se font piéger par des pertes colossales et des contentieux dont elles ont le plus grand mal à s’extirper, alors que leurs chances de gagner, totalement ridicules, ne justifient pas ces déceptions prévisibles, mais évitables. Notre conseil : ne spéculez jamais sur le marché des changes.

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7 commentaires

  1. leonce delormes, le

    Un exemple simple : Un compte est ouvert avec 10000$, on achète 10 lots de la paire EUR/USD à 1,12070$, la paire eurodollar baisse d’une centaine de pips, on se retrouve avec une perte de plus de 1200$ en quelques minutes… si on a placé un stoploss on est foutu, si on ne l’a pas fait alors on risque de l’être… mais si on a 10000$ on est encore protégé, si on a 1000$, le courtier coupe court à la position… Il faut donc trader des lots en accord avec son apport.

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  2. fevereiro, le

    Bonjour,
    Je confirme que les agissements décris dans cet article sont réels.
    J’ai été contactée par BClays Markets pour ouvrir un compte géré il y a quelques mois. Après plusieurs appels téléphoniques pour m’inciter à déposer davantage, une soit disant garantie de pouvoir faire des retraits à tout moment : mon solde est dévénu débiteur 3 jours après ma tentative de retrait. J’ai alors constaté dans l’historique des positions que l’effet levier était utilisé à outrance et que la perte était supérieure à mon investissement et aux gains des premiers jours. Je ne pouvais pas m’en rendre compte auparavant car la somme investie dans les positions ne m’était pas visible avant d’avoir tout perdu…

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  3. melpheos, le

    Un peu n’importe quoi cet article.
    Je ne connais AUCUNE société de trading de forex qui ne coupe pas automatiquement la position en cas de couverture arrivant à 0
    Surtout pour ces comptes à 1000€ ou 1000$

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    • Gilles Pouzin, le

      Bonjour cher lecteur et merci pour votre réaction, pleine de bon sens en connaisseur des professionnels des marchés que vous semblez être. Il y a malheureusement un terrible décalage entre cette théorie et la réalité vécue par les particuliers victimes du forex, aussi observée dans une récente enquête de l’AMF à laquelle Deontofi.com consacrera un prochain article.

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      • omar, le

        Question : Si vous avez effectivement les 500.000 euro sur votre compte et que vous n’ayez donc pas besoin d’effet de levier, que pouvez-vous gagner au minimum dans ce cas la ?

      • Gilles Pouzin, le

        Contrairement à une erreur de jugement fréquente, les devises ne sont pas un actif d’investissement.
        Quand on dit « investir en devises », c’est un abus de langage, qui désigne généralement le fait de spéculer sur la variation d’une devise par rapport à une autre.
        Quand on dit « placer en devises », c’est un autre abus de langage, qui désigne le fait de placer son argent dans une devise étrangère à celle de son pays de résidence. Quelle que soit la devise, euro, dollar, sterling, l’argent « placé » dans cette devise, doit bien l’être sous une forme d’actif ou une autre, par exemple sur un compte bancaire en devise, ou sur des placements libellés dans cette devise (titres de trésorerie ou autres, actions, obligations d’Etat ou privées, fonds d’investissements…).
        Si l’on réalise cet investissement sans effet de levier, on peut d’abord perdre de l’argent et gagner au minimum le taux des placements monétaires sans risque dans cette devise, c’est-à-dire actuellement autour de zéro pour cent, moins les frais. Pour cette raison, investir en devises n’a pas de sens en soi.
        Tous les margoulins du forex qui tentent de vous démontrer autre chose sont des imposteurs qui convoitent de vous plumer. Le problème n’est pas seulement qu’ils racontent des fadaises, mais qu’ils poussent les épargnants à transférer de l’argent via des intermédiaires prétendument sûrs qui ne leur rendront jamais leur argent car il aura disparu dans la plus grande arnaque du Siècle, actuellement en cours en France.
        Si vous souhaitez nous transmettre leurs propositions pour avoir l’avis de la rédaction, souscrivez ici votre abonnement Déontofi Advisor. En espérant que cette réponse vous aura été utile, bonne lecture sur Deontofi.com

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