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Bitcoin: saga d’une grande illusion, épisode 2

Quelle est la singularité du Bitcoin présenté comme un actif d’investissement ? Que vaut un actif sans passif ? Comment l’évaluer ?

Prenez une entreprise, ses actions sont considérées comme un actif. Mais à tout actif correspond son passif. C’est une vérité comptable immuable, c’est même la base de la comptabilité : ACTIF = PASSIF. Le Bitcoin serait un actif… sans passif ? Si quelqu’un pense qu’un actif sans passif a une valeur, et s’il arrive à convaincre d’autres acheteurs pour leur revendre son actif sans passif, tant mieux pour lui. Tant pis pour eux…. Comme dans tous les systèmes financiers pyramidaux, la rémunération des nouveaux entrants repose sur leur capacité à trouver plus de nouveaux entrants. C’est en gros l’histoire du Bitcoin. Ses adeptes se revendent un actif sans passif, un actif avec rien derrière : aucune dette, aucun passif, ni aucun actif tangible du reste, une simple ligne de code informatique qui n’a de valeur que celle que lui octroient les acheteurs… en monnaies réelles.

L’important pour les marchands de Bitcoin est de convaincre une plus grande foule de son intérêt, pour soutenir sa gonflette. Et ça marche: 11% des adultes en France (18 ans et +) classaient le Bitcoin parmi « les placements jugés les plus rentables » en septembre 2021, contre à peine 4% 18 mois avant, en février 2019, selon un sondage pour Le Cercle de l’Epargne.

L’adhésion au culte crypto est encore plus efficace chez les jeunes, sans surprise, d’abord parce qu’ils sont les plus exposés aux âneries et tromperies colportées par leurs influenceurs sur les réseaux sociaux, ensuite parce que leur manque d’expérience financière en fait des proies faciles.

Parmi les moins de 35 ans, plus d’une personne sur 5 juge que le Bitcoin figure parmi les placements les plus rentables, selon le sondage pour Le Cercle de l’Epargne.

On l’avait déjà écrit sur Deontofi.com, le coup de génie des promoteurs du Bitcoin a été de négocier la publication de son cours en temps réel par Google, à partir de 2014, les fondations d’une grande entreprise de communication.

Expérience mutante

Rien derrière les Bitcoin ? Ce n’est pas tout à fait vrai. Car au fond, ce qui intéresse le plus les « investisseurs » dans le Bitcoin n’est pas tant de pouvoir payer avec. D’ailleurs, la promesse d’économie de frais bancaires grâce aux paiements en Bitcoin a du plomb dans l’aile. Depuis que la déréglementation des services de paiement (directives DSP, DSP2) a favorisé une floraison de fintechs et néo-banques, la concurrence est rude. Les frais de paiements et transferts internationaux en devises étrangères diminuent, sauf pour les clients captifs des réseaux d’agences. Le paiement en Bitcoin n’est pas forcément plus pratique que des paiements en devises. Il n’est pas toujours plus économique non plus, nous y reviendrons.

Aujourd’hui la plupart des adeptes de Bitcoin ne sont plus « seulement » des geeks-libertaires. La plupart sont des geeks-libertaires ayant pris goût au jeu spéculatif. Au début, ils minaient des Bitcoins, nourris par un mélange de curiosité technologique et de rejet du système monétaire, excités par l’idée d’une nouvelle expérience « monétaire », émancipée de toute infrastructure et de tout contrôle. Comme dans l’imaginaire des alchimistes transformant le plomb en or, les « mineurs » de Bitcoin pouvaient créer leur propre argent en faisant travailler leur ordinateur à sa chaîne de certification, la fameuse bolckchain.

Bluffés par sa folle envolée, les pionniers du Bitcoin thésaurisent leur trésor numérique, nourrissant des rêves d’enrichissement rapide. Ils font chaque jour des émules, en convaincant des millions de nouveaux adeptes que le Bitcoin ne pourrait, à long terme, « que monter ». Comme avec le boursicotage des années fric (1999, 2006…), beaucoup se sont aussi lancés dans le « trading », consistant à acheter et revendre des Bitcoins en fonction de ses fluctuations quotidiennes, pour multiplier les gains. On sait que ça marche à peu près dans les marchés haussiers. Rarement aussi bien que le « buy and hold », c’est-à-dire acheter et garder, c’est statistique. Mais la fête peut continuer des années, tant que la musique joue.

Petite musique euphorique

D’ailleurs j’étais frappé, à cette fête d’adeptes du Bitcoin, d’entendre cette même petite musique que chez les clients des courtiers en ligne, lors de la bulle Internet de l’an 2000. Au fil de la soirée, la plupart des clients de courtiers en Bitcoins se racontent leurs bons coups. Depuis quand ils en ont, ceux qui ont acheté lors du krach de 2018 (-84% entre 19 717$ le 17/12/17 et 3 191$ le 9/12/18), ou durant le marasme de 2019, jusqu’à ce que le Bitcoin repasse le seuil des 10 000$ en septembre 2020, avant sa multiplication par 6 en un an, galvanisé par les pitreries d’Elon Musk et autres gourous du crypto-boom.

« Sur les cryptos, je n’ai jamais vu quelqu’un capable de les valoriser sur des critères fondamentaux, en dehors de théories quantitatives autorégressives », expliquait Stéphane Déo, directeur de la stratégie financière d’Ostrum AM, société de gestion du groupe La Poste, lors d’une réunion de prospective fin novembre dernier. Pour les néophytes comme moi « Un processus autorégressif est un modèle de régression pour séries temporelles dans lequel la série est expliquée par ses valeurs passées plutôt que par d’autres variables », explique Wikipedia. En clair, les variations des cryptos ne s’expliquent que par elles-mêmes, dans leur bulle à elles, sans aucun lien avec d’autres variables.

Sur Internet, la communauté crypto regorge ainsi d’articles plus fantaisistes les uns que les autres pour « justifier » des prévisions stratosphériques, extrapolant simplement le succès des buzz passés.

Vous en voulez ? Deontofi.com a échafaudé pour vous des prévisions sur le Bitcoin à couper le souffle, dans cet esprit libertaire d’extrapolations débridées, à lire dans l’article suivant.

Pour l’avenir, le cœur des conversations porte sur l’adoption croissante du Bitcoin, et la hausse inévitable qu’ils en espèrent. « Quand on passera la barre des 100 000 »… « Combien de temps avant de bien revendre ». « Tout plaide pour un nouveau décuplement, certains visent 500 000 ». Rester patient pour « faire une belle sortie », ou au contraire « racheter sur repli ». Le cocktail est ponctué de quelques « légendes urbaines », sous forme de confidences d’initiés des vendeurs de Bitcoin : « un de mes amis a vidé son assurance-vie pour placer en Bitcoin et s’en félicite », martèle un maître de cérémonie sur le ton de la confidence.

C’est le principe des spéculations : plus elles se répandent, plus elles évincent le questionnement des sceptiques, « ces jaloux grincheux qui n’ont rien compris et sont juste aigris d’admettre qu’ils ont raté l’opportunité de leur vie ». La hausse attire des acheteurs, qui alimentent la hausse, qui attire plus d’acheteurs… Le Financial Times a publié un article passionnant à ce sujet : “ Inside the cult of crypto. Debate ? No thanks. Doubts ? Not welcome ”. https://www.ft.com/content/9e787670-6aa7-4479-934f-f4a9fedf4829

Pas de raison de s’inquiéter ?

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