Aujourd’hui, le Bitcoin n’est plus seulement un moyen de paiement autonome, créé et géré par ses utilisateurs par le biais de la blockchain. La plupart des adeptes du Bitcoin, y compris parmi les pionniers, ne gardent pas leurs Bitcoins chez eux. Ni sous leur oreiller, ni dans la mémoire d’une clé USB ou d’un ordinateur enfermé dans un coffre-fort.

La plupart des adeptes du Bitcoin font comme tout le monde : ils gardent leur argent à la banque. Mais les Bitcoins ne sont pas vraiment de l’argent, et les intermédiaires en Bitcoin ne sont pas vraiment des banques, ni des sociétés de gestion d’actifs, ni même des courtiers intermédiaires ou dépositaires de titres financiers. Ces intermédiaires sont des plateformes d’échange, permettant de déposer ses Bitcoins et autres cryptos dans des « porte-monnaies électroniques », ou wallets en anglais (ne pas confondre avec les twallets, mauvais goût j’avoue (ツ).

Cette centralisation des transactions et de la conservation des Bitcoins par des plateformes, même « décentralisées » avec la fameuse DeFi « decentralised finance », a profondément changé la nature du jeu. C’était inévitable.

Pourquoi inévitable ? Simplement parce que les adeptes et utilisateurs de Bitcoin comme moyen de paiement n’étaient pas équipés pour faire autrement.

Les clients grand public des cryptos veulent simplement acheter des Bitcoins avec de l’argent, pour pouvoir payer en Bitcoin, sur les sites n’acceptant que ce moyen de paiement « discret », à commencer par la plateforme anonyme de marché noir Silkroad, ou sa copie allemande Shiny-Flakes (voir le docu Netflix). En deux ou trois ans, le site Silkroad avait attiré 1,2 milliard de dollars de ventes, payées exclusivement en Bitcoins, générant 80 millions de commissions, dont 16 dans la poche de son fondateur de 28 ans, arrêté par le FBI lors de la saisie du site en 2013, et condamné à perpétuité par un tribunal de New York.

Pour payer en Bitcoin, la plupart de ses adeptes ont besoin d’acheter des Bitcoins, avec des devises.

De même, la plupart des « investisseurs » en Bitcoin ne sont pas des « mineurs », ni des experts chevronnés en blockchain et cybersécurité, capables d’acheter directement des Bitcoins sans intermédiaires et de les conserver à l’abri dans un système de sauvegarde sûr et inviolable.

L’écrasante majorité des investisseurs en cryptos ont besoin d’acheter leurs Bitcoins auprès d’un intermédiaire acceptant des devises, qui en assurera la conservation. Car la plupart des utilisateurs de Bitcoin, que ce soit comme moyen de paiement ou pour sauver leurs économies en devises déliquescentes, ne sont pas des informaticiens experts en Blockchain maîtrisant Linux et tout un tas de compétences techniques pour bien sécuriser et utiliser leurs Bitcoins. Même les « mineurs » ayant gagné leurs Bitcoins à la sueur de leur ordinateur, préfèrent souvent en confier la conservation à des plateformes spécialisées.

60% des Bitcoins conservés chez des intermédiaires

La part des transactions ou de la conservation de bitcoins par des intermédiaires est rarement évoquée dans les médias. Voici l’estimation publiée à ce sujet par Chainalysis, société d’expertise en blockchain :

« Environ 60 % des bitcoins qui ne sont pas perdus sont détenus par un service de conservation ou, comme les appelle le GAFI, par un Virtual Asset Service Provider (VASP) [NDLR prestataire de services sur actifs numériques, PSAN, en français]. La plupart des bourses de crypto-monnaies entrent dans cette catégorie, ainsi que les portefeuilles hébergés (hosted wallets). Comme nous pouvons le constater, cette part a augmenté régulièrement au fil du temps, reflétant la croissance des services de conservation de crypto-monnaies, à mesure que le bitcoin s’est popularisé. La domination des VASP/PSAN devient encore plus claire si l’on considère que, sur les 40 % restants de bitcoins en circulation, qui ne sont pas actuellement détenus par des VASP, 87 % sont passés par un VASP à un moment donné. La plupart des gens détiennent leurs bitcoins sur des VASP, ou acquièrent leurs bitcoins auprès de VASP.

Les quatre principaux intermédiaires depuis 2018 – Binance, Huobi, Coinbase et Bitfinex – ont reçu 40 % de tous les bitcoins reçus par des intermédiaires en 2020. Les dix suivants ont reçu 36 % collectivement, laissant des centaines d’autres petits intermédiaires se disputer les 24 % restants du volume de transfert. »

source : https://blog.chainalysis.com/reports/bitcoin-market-data-exchanges-trading/

87% des Bitcoins achetés chez des « changeurs » (crypto-banks)

En résumé, la plupart des investissements en Bitcoins s’effectuent aujourd’hui par l’intermédiaire de ces plateformes. Cette intermédiation a fait entrer le Bitcoin dans le monde économique réel. Ce n’est plus un bout de code que s’échangent des geeks en dehors du système économique et monétaire traditionnel.

Le Bitcoin est bien devenu un « actif numérique ». On ne sait toujours pas clairement ce qu’est le Bitcoin (sa nature juridique ou monétaire), ni sur quoi pourrait reposer sa supposée valeur « intrinsèque » (en dehors de la demande infinie de blanchiment), mais les Bitcoins entrés dans le système des plateformes d’intermédiation ne sont plus des actifs sans passif, ni de l’argent sans dette.

A partir du moment où ils sont entrés dans la comptabilité monétaire classique des plateformes, les Bitcoins intermédiés sont devenus une « monnaie d’échange », sans les caractéristiques de la monnaie, mais avec ses « banques » (non régulées). Chaque Bitcoin détenu par le biais d’une plateforme est un actif pour le déposant, et un passif pour le dépositaire, une créance pour le déposant, et une dette pour le dépositaire.

C’est là que les ennuis commencent, car contrairement à une légende, les Bitcoins sont très mal sécurisés, et leurs intermédiaires « crypto-banks » sont des passoires. Il n’y a qu’à voir le nombre de cyber-braquages, piratages et autres vols, pertes ou destruction de Bitcoin.

Sommaire: Intro Bitcoin, saga d’une grande illusion
1- Le Bitcoin contre l’argent-dette
2- Bitcoin : l’actif sans passif
3- Cryptomonnaies, potentiel d’utilité réel
4- Bitcoin-dette et crypto-banks
5- Vols, pertes : 3 millions de Bitcoins disparus + 7,8 milliards volés e

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