Catégories de l'article : Déontologie →

Deontofi.com a lu pour vous l’encyclique du pape Léon XIV sur les enjeux de l’intelligence artificielle pour l’humanité, 5ème chapitre : Escalade aveugle de tyrans armés et leurs IA tueuses opprimant les peuples

Léon XIV et l’IA : 5 CULTURE DU POUVOIR ET CIVILISATION DE L’AMOUR

LA GUERRE AUTOMATIQUE SOUS CONTRÔLE AVEUGLE DES IA TUEUSES

(§182) « il est nécessaire de tourner notre regard vers un domaine encore plus dramatique : la guerre. Ici, la question ne concerne pas seulement l’efficacité de nouveaux outils, mais le risque que la technique, dissociée de l’éthique et de la responsabilité, rende plus rapide et impersonnelle la décision sur la vie et la mort, et présente le recours à la force comme une option immédiate et réalisable. Dans un monde de plus en plus interdépendant, la paix n’est pas un thème parmi d’autres, mais une condition du bien commun universel et un banc d’essai de la maturité morale des peuples, spécialement de ceux qui sont appelés à assumer des responsabilités gouvernementales. »

Ce n’est pas de la science fiction façon Terminator, mais la réalité actuelle des nouvelles guerres (contre l’Ukraine, au Moyen-Orient…) où des armées ciblent sans scrupules des populations d’innocents, victimes collatérales d’armes de destruction massive et systématiques, guidées par des IA mal contrôlées s’autorisant des erreurs de ciblage (« ah c’était une école, un hôpital… -sans honte, ni excuses, ni remords- c’est la faute à l’IA, ils n’avaient qu’à pas être là »).

(§185) « Si l’on observe la dynamique mondiale, on constate toujours plus clairement l’expansion d’une culture de la force, faite de polarisations et de violences. La Babel moderne n’est pas seulement le paradigme technocratique mondialisé, mais aussi l’affrontement à distance entre des impérialismes opposés, entre des puissances qui veulent conserver leur suprématie et celles qui aspirent à la conquérir, avec une multitude de conflits locaux. C’est aussi la course au développement de technologies toujours plus puissantes, ou à s’en assurer le contrôle, selon une dynamique déshumanisante qui semble ne connaître aucune limite. Et pourtant, à côté de cette dérive, nous entrevoyons une grande partie de l’humanité qui cherche à rester humaine et à s’employer à construire la cité de la paix et de la coexistence. Nous en sommes tous souvent les artisans inconscients et les architectes désunis, capables d’élans généreux mais dépourvus d’une vision d’ensemble : c’est une construction plus lente, moins visible et moins spectaculaire, qui attend d’être mieux comprise et mieux coordonnée, pour devenir ainsi l’engagement conscient et structuré de chaque communauté, de la famille au gouvernement des États et à leurs relations. C’est à cet horizon d’engagement,à ce chantier d’espérance, que nous donnons le nom de « civilisation de l’amour ». »

LA CULTURE DU POUVOIR

(§188) « Dans le monde actuel une culture de la puissance s’installe progressivement, où la disponibilité des moyens et la capacité de dominer tendent à dicter l’ordre du jour et les critères de décision, en reléguant le bien commun de l’humanité au second plan et en réduisant le drame concret des peuples en guerre à une variable secondaire face aux intérêts stratégiques. Cette culture de la puissance s’infiltre dans la société, modifie les relations et les comportements, se répand en normalisant la guerre, en recherchant une puissance militaire toujours plus grande, en profitant de la crise du multilatéralisme et en alimentant un faux réalisme qui répète qu’il n’existe pas d’alternatives. »

BANALISATION DE LA GUERRE

(§189) « À la suite des événements survenus pendant l’entre-deux-guerres, un tournant s’est produit après la Seconde Guerre mondiale : la paix avait été placée au centre de l’ordre international, comme en témoigne notamment la Charte des Nations Unies, qui se propose de «préserver les générations futures du fléau de la guerre» ; [181] de nombreuses Constitutions nationales, dans le même esprit, avaient relégué le recours aux armes à des cas extrêmes et strictement délimités. Même pendant la Guerre froide, malgré la présence de conflits graves, la conscience qu’il fallait éviter à tout prix un nouveau conflit mondial persistait. »

DISCOURS GUERRIERS BANALISÉS, ALGO POLARISANT LES CONFRONTATIONS

(§190) « Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à un véritable changement de paradigme dans le discours public et dans les choix en matière de réarmement, avec une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu’instrument de politique internationale, tandis que les critères éthiques mêmes qui en avaient limité l’usage sont progressivement érodés. Les conflits régionaux qui s’éternisent, l’escalade des tensions et les menaces réciproques deviennent presque habituels, et des formes de conflit pour l’expansion territoriale que l’on croyait dépassées réapparaissent. L’opinion publique est progressivement orientée et habituée par des récits médiatiques polarisants, souvent amplifiés par des algorithmes qui valorisent la confrontation et l’opposition. »

Sur ce point, la contribution des algo pour manipuler les foules en ligne en vue de saper les fondements de cohésion de la vie en société est très largement documenté depuis le 1er scandale Cambridge Analytica débutant en 2014 concernant l’instrumentalisation malveillante du ciblage utilisant l’algo de Facebook pour pousser au Brexit ou à l’élection de Trump 2016. D’innombrables campagnes de déstabilisation politiques documentées depuis. Dernière en date, pour les midterms 2026 aux USA où 81% des pub TV à l’IA sont sponsorisées par des candidats républicains, en passant par la tentative de Méta-coup du fils Bolsonaro, putschiste héréditaire ayant échoué à renverser la ré-élection de Lula au Brésil, ou la désinformation africaine pro-russe.

CEUX QUI VEULENT LA GUERRE PROPAGENT LA HAINE EN LIGNE

(§192) « À tout cela s’ajoute un élément nouveau et déterminant : la dimension médiatique et numérique. Les réseaux de communication, les espaces d’information fragmentés et les algorithmes qui favorisent la confrontation peuvent amplifier la polarisation et le ressentiment, accélérer la propagande et rendre plus difficile un discernement commun. Ainsi, la guerre n’est pas seulement menée, mais aussi préparée culturellement à travers des récits simplistes, des logiques ami-ennemi, la désinformation et la peur. Lorsque la mémoire historique s’estompe et que les critères éthiques qui protègent les civils et les plus fragiles s’affaiblissent, il devient plus facile de présenter la violence comme nécessaire, inévitable, voire “propre”. C’est dans ce climat que l’humanité est en train de glisser vers une culture violente de la puissance, où la paix n’apparaît plus comme une tâche à assumer, mais comme un intervalle précaire entre les conflits. Aujourd’hui plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict. [182] »

ROBOTS TUEURS DE CIVILS INNOCENTS SANS DÉFENSE

(§199) « Toute technologie qui facilite le fait de frapper sans voir le visage de l’autre abaisse le seuil moral du conflit. La sélection des cibles et l’usage de la force ne peuvent confondre combattants et non-combattants, ni ignorer l’impact sur les populations sans défense. »

(§200) « De ces critères découlent certaines exigences incontournables. Tout d’abord, pour tout système utilisé dans un contexte de guerre, la traçabilité et la possibilité de reconstituer les décisions doivent être garanties, afin que les responsabilités et les éventuelles fautes ne se perdent pas dans l’engrenage. En second lieu, la décision de recourir à la force létale ne peut être déléguée à des processus opaques ou automatisés, mais doit rester sous un contrôle humain effectif, conscient et responsable. Enfin, il est nécessaire d’établir des règles communes, y compris au niveau international, qui freinent la course aux armements technologiques et assurent une protection particulière aux civils comme aux infrastructures essentielles à leur survie. »

LA PROMESSES D’UN LIBÉRALISME AMENANT PAIX ET DÉMOCRATIE ÉTAIT UNE ARNAQUE

(§201) (…) Au lieu de progresser, nous reculons par rapport au tournant historique du XXème siècle. Après 1989, l’effondrement en Europe des régimes communistes s’est accompagné d’une mondialisation essentiellement économique, dépourvue d’une architecture politique adéquate capable de soutenir le dialogue et la paix. On a confié presque aveuglément aux marchés la capacité de produire bien-être, démocratie et stabilité, alors qu’en réalité la mondialisation n’a pas généré automatiquement l’unité et la paix, mais a suscité des réactions fondamentalistes, identitaires et nationalistes. Le résultat est loin d’un multilatéralisme authentique : il s’apparente plutôt à un multipolarisme désordonné et conflictuel, où prévaut la méfiance envers l’autre. »

LA LOI DU PLUS FORT MÉPRISE LES DROITS HUMANITAIRES ÉLÉMENTAIRES

(§203) « Dans ce contexte, la construction de la paix est reléguée au second plan : la coopération au développement, le désarmement,la prévention des conflits et l’instauration d’une confiance mutuelle sont mis de côté, au nom de logiques de puissance. Ainsi les conquêtes du droit humanitaire s’affaiblissent également : le principe de proportionnalité dans la réponse aux agressions, la protection de l’accès à l’eau, à la nourriture et aux biens essentiels, le respect de la vie des civils et des enfants sont traités comme des vestiges naïfs du passé. »

(§204) « Dans de nombreux pays, y compris dans les pays du Sud, l’augmentation des dépenses militaires est présentée comme la seule réponse à un avenir incertain ou à des menaces perçues, tandis que le coût réel pèse sur les plus pauvres qui voient diminuer les ressources allouées à la santé, à l’éducation et aux services sociaux. »

FANATIQUES RELIGIEUX ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES ALLIÉS DE L’OBSCURANTISME

(§206) « Dans ce climat, le nihilisme et le pragmatisme finissent par s’entremêler et banaliser de très graves erreurs : extrémismes religieux et fanatismes identitaires s’allient à un économisme irrationnel, tandis que la politique recourt facilement à la désinformation, à la ridiculisation de l’adversaire et à la fabrication systématique de peurs et de ressentiments. Ainsi, la diversité de l’autre est vécue de plus en plus comme une menace, alimentant le désir de possession, la volonté de domination, les ambitions hégémoniques, les abus de pouvoir et la peur de la différence, préparant un terrain sur lequel de nouveaux conflits peuvent mûrir presque sans que nous nous en rendions compte. [186] »

WAG THE DOG : LA GUERRE DIVERSION DES DIRIGEANTS POUR MUSELER LEURS CITOYENS

(§208) « Dans ce cadre, la question relative aux garanties réelles contre de nouvelles violences reste ouverte. Lorsqu’une culture normalise et justifie le conflit, une dérive dangereuse s’installe : ce qui semble aujourd’hui impensable peut devenir demain acceptable selon des calculs d’utilité ou de sécurité. Dans les pays marqués par de graves tensions sociales, nous ne pouvons pas exclure que certains finissent par considérer le conflit armé comme un moyen efficace de détourner l’attention des problèmes internes et comme un instrument de gestion cynique des difficultés. »

HEUREUX CEUX QUI RÉPANDENT LA LUMIÈRE ET REPOUSSENT LES TÉNÈBRES

(§211) « La mémoire des saints et des justes, des artisans de paix souvent oubliés, montre que la grâce n’élimine pas le conflit par un geste magique, mais engendre une résistance active contre le mal et une créativité surprenante dans le bien. Les chrétiens voient les ténèbres et les appellent par leur nom, mais ils ne restent pas immobiles à les contempler : ils connaissent la lumière et savent que les ténèbres ne l’ont pas accueillie et ne peuvent la vaincre (cf. Jn 1, 5). C’est pourquoi ils servent le bien là même où la souffrance semble avoir le dernier mot, soutenus par une espérance théologale qui donne à la réalité un horizon et une direction. »

PERSONNE N’EST SANS RESPONSABILITÉ ENTRE LA HAINE ET LA PAIX

(§212) « penser que les problèmes sont trop grands et nous trop petits, de telle sorte que nos choix ne changent rien. C’est une forme élégante de capitulation, souvent déguisée en réalisme. Certes, tout le monde n’a pas le même pouvoir d’action sur la réalité : il y a ceux qui gouvernent, ceux qui décident des investissements, ceux qui dirigent les institutions, ceux qui font de la recherche, ceux qui éduquent, ceux qui informent, ceux qui produisent ; et il y a ceux qui semblent n’avoir que leur vie quotidienne. Pourtant, personne n’est sans responsabilité. Chacun dispose d’un propre champ d’action, et c’est là – et nulle part ailleurs – qu’il est appelé à choisir entre alimenter la logique de la force (ne serait-ce qu’avec indifférence, cynisme, mensonge, haine), ou conserver la logique de la paix (avec vérité, sobriété,proximité, attention).

(§213) « Un écrivain catholique du XX siècle, John Ronald Reuel Tolkien, a décrit ainsi notre responsabilité par la bouche de l’un des protagonistes d’un roman : « Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver ». [187]
La civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation. C’est pourquoi il vaut la peine de s’arrêter et d’examiner la manière dont chacun dans son domaine peut contribuer à sa construction. Sans prétendre épuiser le sujet, je propose cinq pistes de responsabilité quotidienne et publique : désarmer les mots, construire la paix dans la justice, adopter le regard des victimes, cultiver un sain réalisme, relancer le dialogue et le multilatéralisme.« 

Ces 5 prescriptions sont déclinées en détail dans les paragraphes suivants:
1- Désarmer les mots (§214);
2- Construire la paix dans la justice (§215);
3- Adopter le regard des victimes (§216 et §217);
4- Cultiver un sain réalisme (§218); et
5- Relancer le dialogue et le multilatéralisme (§219 à §223)

1- Désarmer les mots (§214) « La première contribution que nous pouvons apporter à une civilisation plus humaine est de prêter attention à nos paroles. «Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre ». [188] Le pouvoir des mots est immense et nous en faisons l’expérience dans notre communication quotidienne, lorsque quelqu’un nous dit quelque chose qui modifie notre état d’esprit, en bien ou en mal. « La paix commence par chacun de nous : par la manière dont nous regardons les autres, dont nous les écoutons,dont nous parlons d’eux ; et, en ce sens, la manière dont nous communiquons est d’une importance fondamentale : nous devons dire “non” à la guerre des mots et des images, nous devons rejeter le paradigme de la guerre ». [189]
Nous devons donc tous faire un examen de conscience sur les mots que nous utilisons, sur les préjugés dont ils sont chargés et sur l’agressivité, ouverte ou la tente, qui les habite. Nous avons une réelle possibilité de contribuer au bien chaque fois que nous disons la vérité, que nous donnons un conseil avisé, que nous soutenons ceux qui ont besoin de réconfort, que nous dénonçons une injustice, et que nous donnons la parole à ceux qui ne l’ont pas. »

2- Construire la paix dans la justice (§215) « Tous, à quelque niveau que ce soit, nous pouvons contribuer au fondement de la paix, qui est la justice. Nous ne recherchons pas en effet n’importe quelle paix, une absence de conflit à tout prix, mais cette paix véritable qui naît de la justice. « Il existe un lien étroit entre la justice de chacun et la paix de tous ». [190] Commentant le verset du psaume « justice et paix s’embrassent » (Ps 85, 11b), saint Augustin écrit : « Il n’est personne pour ne point désirer la paix, mais tous ne veulent point faire la justice. […]Mais fais la justice, parce que la justice et la paix s’embrassent et ne sont point en désaccord. À quoi bon être en guerre avec la justice ? La justice te dit : Ne vole point, et tu n’entends pas ; Ne commets point l’adultère, et tu ne veux pas entendre ; Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux point qu’on te fasse; ne dis pas à autrui ce que tu ne veux pas que l’on te dise. […] Veux-tu donc arriver à la paix ? Fais les oeuvres de la justice ! ». [191] Ne nous lassons donc pas de chercher la justice ! »

3- Adopter le regard des victimes (§216) « Il y a des situations dans lesquelles, pour rester humains, nous devons abandonner nos hésitations et prendre position. Il y a des conflits où il n’est pas juste de rester neutre et où il ne suffit pas de s’estimer “ne pas être complice”. [192] C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous cantonner à des analyses abstraites. Comme l’a rappelé le Pape François, nous devons “toucher l’humanité” de ceux qui souffrent : [193] regarder les visages, écouter les histoires et reconnaître les blessures. Les événements douloureux ont besoin à la fois d’histoire et de mémoire, l’une pour tenter de raconter les faits, l’autre pour témoigner des expériences vécues. »

Ce précieux « regard des victimes », que leurs assaillants veulent faire disparaître, est souvent celui recueilli par les derniers journalistes présents sur les terrains de conflit, malgré les défis, que les puissances guerrières veulent à tout prix discréditer ou tuer, pour tenter d’effacer toute trace de leurs crimes.

(§217) « Donner une place, dans l’information et dans l’éducation, au regard et à la voix des victimes aide à prendre véritablement conscience de l’abîme du mal que recèle la guerre et, plus généralement, toute forme de violence ; elle aide à ne pas accepter comme normale la logique du conflit, à ne pas détourner le regard lorsqu’un outrage à la dignité humaine est commis, et à rendre aux personnes concernées la dignité de se sentir reconnues et écoutées. [194]
L’attention portée à ces voix nourrit la conviction que, au-delà des minorités violentes, l’humanité ne souhaite pas la guerre. L’Église peut être d’une manière particulière un lieu de mémoire vivante des victimes. Comme le rappelait saint Paul VI, elle se sent appelée à faire sienne à la fois la voix de ceux qui sont morts dans les guerres passées et celle des vivants qui en portent encore les blessures, afin que leur cri devienne un appel à la paix et à la concorde et non le prélude à de nouveaux conflits. [195] »

4- Cultiver un sain réalisme (§218) « Nous avons besoin d’un sain réalisme qui évite autant l’idéalisme politique que le cynisme. Il y a en effet un idéalisme qui, pour préserver sa propre vision du monde, sélectionne les faits, les déforme, les renomme, et finit par vivre dans une réalité faite sur mesure pour ses propres convictions. Il existe d’autre part un réalisme dégradé qui confond constatation et résignation : puisque la force domine, il en conclut qu’elle doit dominer. Le réalisme authentique ne renonce pas à changer le monde. Il commence par voir clairement les intérêts, les peurs, les entraves et les rapports de force, précisément pour évaluer ce qu’il est possible d’obtenir et par quelles étapes. Il ne réduit pas la politique à la morale, mais ne la livre pas non plus à la violence. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot, c’est-à-dire des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, une prévention des conflits et la protection des civils. »

5- Relancer le dialogue et le multilatéralisme

NON AU BLASPHÈME DES PRÉTENDUES GUERRE SAINTES

(§223) « En rejetant la logique de la violence, le dialogue interreligieux joue un rôle décisif, car au coeur des grands itinéraires spirituels se trouve un message de paix. [199] Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la violence ou la guerre en trahissent le visage : combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même. [200]
L’ “esprit d’Assise”, suscité par saint Jean-Paul II et poursuivi par l’engagement du Pape François – par exemple dans le dialogue avec le Grand Imam d’al-Azhar –, montre que les croyants peuvent puiser à nouveau aux sources les plus authentiques de leurs traditions spirituelles, où il n’y a pas de place pour la haine sacralisée. »

CONCLUSION (3 pages, de p.40 à p.42)

(§233) « (…) La dignité que l’Esprit Saint sculpte en chacun de nous se reconnaît aussi dans la capacité de réfléchir de manière critique, de choisir et d’aimer gratuitement, d’entrer dans des relations authentiques. Aucun système de calcul, aussi sophistiqué soit-il, ne génère un coeur qui se donne, ni une conscience qui discerne le bien. »

Le chantier de notre époque

(§237) « Restons fidèles à la vérité ! En vivant inondés par un flux incessant d’informations, d’opinions et d’images, nous savons combien il est facile d’orienter les décisions et les préférences à l’aide d’algorithmes toujours plus sophistiqués. [218] Dans ce contexte, il est important de garder un coeur qui aime la vérité et désire ce qui est juste plutôt que les contenus les plus attrayants,un coeur qui recherche la sagesse plutôt que les effets immédiats. La vérité que nous ne devons pas perdre de vue est celle qui concerne Dieu et l’être humain, telle que le Christ nous l’a révélée. Il convient d’abandonner une vision individualiste et technique de l’homme, comme si la réalité n’était que de la matière à modeler en fonction d’intérêts égoïstes, tant individuels que collectifs. [219]
Cultivons plutôt ce que le Pape François a défini comme un « anthropocentrisme situé », [220] qui reconnaît l’être humain comme une créature insérée dans un réseau de relations avec les autres êtres vivants et avec la création tout entière. La fidélité à la vérité exige d’intégrer les possibilités offertes par la technologie dans un cheminement de sagesse, capable de préserver à la fois la dignité de toute personne et l’avenir de notre Maison commune. »

Cet « anthropocentrisme situé  » fait aussi écho aux travaux du philosophe contemporain Bruno LATOUR, notamment dans son dernier ouvrage « Où atterrir ? »

Laisser un commentaire