
Deontofi.com a lu pour vous l’encyclique du pape Léon XIV sur les enjeux de l’intelligence artificielle pour l’humanité, 2ème chapitre.
Léon XIV et l’IA : 2 FONDEMENTS ET PRINCIPES DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L’ÉGLISE
Dans ce second chapitre, le Pape Léon XIV s’attarde davantage sur les « fondements et principes de la Doctrine Sociale de l’Église », éclairant leur convergence avec les droits humains (souvent nommés « droits de l’homme » par un abus de langage minorant les « droits des femmes »).
Notre lecture passe plus rapidement sur ces développements. Pour ne pas surcharger nos archives, nous n’avons relevé que quelques passages nous ayant paru particulièrement significatifs ou importants à rappeler.
Ce chapitre 2 s’étale sur 6,5 pages, de la p.6 (bas de la p.5) à la p.18 (contre 6p. pour le 1er chapitre).
La valeur suprême des droits de l’homme
DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET SANCTIFICATION DES DROITS HUMAINS
(§54) « L’Église reconnaît avec gratitude que « le mouvement vers l’identification et la proclamation des droits de l’homme est l’un des efforts les plus importants pour répondre efficacement aux exigences irréductibles de la dignité humaine ». [64, 29/06/2004] Et, comme l’a affirmé Jean-Paul II, la Déclaration universelle des droits de l’homme, proclamée par les Nations Unies le 10 décembre 1948, continue à être aujourd’hui l’une des plus hautes expressions de la conscience humaine. [65, à la 50ème AG de l’ONU, le 5/10/1995] Elle est « une pierre milliaire sur le chemin du progrès moral de l’humanité ». [66, à la 34ème AG de l’ONU le 2/10/1979] C’est pourquoi, dans la perspective chrétienne, les droits de l’homme ne sont pas un ajout extérieur à la personne, mais une traduction historique de sa dignité intrinsèque que la communauté internationale est appelée à protéger et à promouvoir. »
Dans le dernier quart du XXème siècle, l’Église adopte la « Déclaration universelle des droits de l’homme » [Human rights désignant les droits humains] comme partie intégrante de sa doctrine sociale, dans une « perspective chrétienne », aux fondements bien plus anciens, inscrits comme « une traduction historique de sa dignité intrinsèque que la communauté internationale est appelée à protéger et à promouvoir ».
DROIT À LA VIE : GARE AUX GAGES RÉACTIONNAIRES PATRIARCAUX
(§55) « Les droits de l’homme sont inviolables, car « inhérents à la personne et à sa dignité ». [67] Par conséquent, ils sont universels et inaliénables. [68] Précisément parce qu’ils sont fondés sur la dignité commune de chaque homme et de chaque femme, ils ont des conséquences pratiques et des effets juridiques, car « il serait vain de proclamer des droits, si l’on ne mettait en même temps tout en oeuvre pour assurer le devoir de les respecter, par tous, partout, et pour tous ». [69]
Parmi eux, le premier droit humain est le droit à la vie, de sa conception à son terme naturel, [70] sans lequel il est impossible d’exercer aucun autre droit. Lorsque ce droit fondamental est nié, comme c’est le cas pour l’avortement provoqué, pour le meurtre d’innocents et pour l’euthanasie, on se trouve face à des choix que l’Église juge gravement illicites. [71] »
Proclamer le « Droit à la vie, de sa conception à son terme naturel », est un gage aux réactionnaires patriarcaux, niant aux femmes leur primauté individuelle, au mépris de leur propre « droit à la vie ». C’est un certain déni des principes préalablement affirmés d’une « dignité commune de chaque homme et de chaque femme ».
(§57) « Parallèlement à une prise de conscience accrue de la valeur de chaque personne humaine et de ses droits, la re connaissance des droits des minorités s’est également développée. Il reste encore pourtant beaucoup à faire pour que partout dans le monde les droits d’un grand nombre, à savoir ceux des femmes, soient véritablement garantis de manière égale. C’est un fait, « doublement pauvres sont les femmes qui souffrent des situations d’exclusion, de maltraitance et de violence, parce que, souvent, elles se trouvent avec de plus faibles possibilités de défendre leurs droits ». [74]
Il ne suffit donc pas d’affirmer en paroles que hommes et femmes ont la même dignité et les mêmes droits ; il faut que cela se traduise par des choix concrets, dans des lois, dans l’accès au travail, à l’éducation, aux responsabilités sociales et politiques, dans la manière dont la société écoute et valorise la contribution des femmes. Tant que cet écart persistera, nous ne pourrons pas dire que la société reconnaît véritablement, sans réserve, que les femmes ont la même dignité que les hommes. »
Le principe de la destination universelle des biens
(§67) « Aujourd’hui, parmi les biens universellement destinés à tous, nous devons également compter les nouvelles formes de propriété : brevets, algorithmes, plateformes numériques, infrastructures technologiques, données. Dans un contexte où la richesse des nations dépend de plus en plus des connaissances et des technologies, quand ces biens restent concentrés entre les mains de quelques-uns, sans formes adéquates de partage et d’accès, il se crée un nouveau déséquilibre contredisant la destination universelle des biens et alimentant le fossé entre les inclus et les exclus, entre ceux qui peuvent participer à la révolution numérique et ceux qui en restent à l’écart. De plus, le soin de la Maison commune comme la responsabilité envers les pauvres et les générations futures requièrent que l’usage des biens de la création et des nouvelles possibilités offertes par la technique soit réglementé de manière à respecter l’environnement, à éviter le gaspillage et les nouvelles formes de pillage. »
Le principe de la justice sociale
LA JUSTICE SOCIALE DOIT PRIVILÉGIER LE SORT DES PLUS EXCLUS ET DÉMUNIS
(§78) « Le Magistère récent a insisté sur le fait que la justice sociale exige un regard qui parte des plus démunis. Saint Jean-Paul II a évoqué une « option préférentielle pour les pauvres » [106] qui doit guider les choix personnels et sociaux, tandis que le Pape François a dénoncé une « culture du “déchet” » [107]
qui engendre sans cesse de nouvelles formes d’exclusion. Dans cette perspective, la justice sociale demande de considérer les personnes et les peuples en commençant par les plus vulnérables : les pauvres, les migrants, les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, les victimes de violence, les personnes vivant dans des périphéries urbaines ou existentielles. »
Ces dernières notions de « périphéries existentielles » est très pertinente pour appréhender l’isolement mental et social créé et entretenu par la « société de l’attention » au coeur de l’économie des services numériques et médias sociaux, visant à isoler les individus pour optimiser leurs commerces.
PAS DE JUSTICE SANS RECONNAISSANCE ET RÉPARATION DES INJUSTICES
(§79) « La notion de justice sociale aide à reconnaître que les injustices ne naissent pas seulement de mauvais choix individuels, mais aussi de structures, de mécanismes, d’ordres économiques et culturels produisant presque automatiquement des inégalités. Saint Jean-Paul II a parlé en ce sens de structures de péché [108] qui s’opposent à la volonté de Dieu et exigent un engagement de conversion personnelle et sociale. Dans cette perspective, la justice ne concerne pas seulement une répartition plus équitable des biens ou la rectification des injustices actuelles, mais elle revêt également une dimension réparatrice. Elle vise à rétablir les liens rompus et à réintégrer ceux qui ont été exclus, en tenant compte des blessures laissées par les injustices : guerres, colonialisme, discriminations raciales ou de genre, violences contre des peuples entiers, exploitation. Cela peut signifier redonner dignité et voix à ceux qui ont été ignorés, favoriser des processus de guérison de la mémoire collective, lutter contre des lois et des pratiques discriminatoires, soutenir concrètement ceux qui portent encore aujourd’hui les conséquences de torts subis dans le passé. »
PRÉJUGES STÉRÉOTYPES STIGMATISANTS DES IA, AMPLIFIANT INJUSTICES ET DISCRIMINATIONS
(§80) « La justice exige que l’on empêche l’émergence de nouvelles formes d’exclusion et de privation de liberté : des personnes et des peuples se voyant refuser ou restreindre l’accès aux technologies de base, des communautés exposées à une surveillance invasive, des groupes sociaux pénalisés par des algorithmes opaques qui reproduisent préjugés et discriminations. À l’ère du numérique, un ordre social juste est celui qui garantit à tous un accès équitable aux opportunités, protège les plus petits et les plus fragiles, lutte contre la haine et la désinformation, et soumet l’utilisation des données et des technologies à un contrôle public, afin que le critère ne soit pas uniquement le profit, mais la dignité de chaque personne et le bien des peuples. »
DIGNITÉ MIGRATOIRE = ESPOIR DES EXILÉS, PRÉVENTION DE L’EXIL FUYANT L’INVIVABLE
(§81) « La justice sociale, dans ce domaine, implique au moins deux engagements complémentaires. D’une part, préserver le droit à l’espoir de ceux qui sont contraints de partir en garantissant des voies sûres et légales, des conditions d’accueil dignes, des parcours d’intégration concrets. D’autre part, promouvoir également le droit de rester sur sa propre terre en paix et en sécurité, en s’attaquant aux causes profondes qui poussent à la migration, y compris celles liées aux injustices économiques et à la crise climatique. Lorsque ces droits sont respectés, les migrations peuvent devenir une occasion de rencontre et d’enrichissement mutuel entre les peuples. »
LES TECHNO CHANGENT LA SOCIÉTÉ, LES IA NE SONT PAS NEUTRES, QUI SERVENT-ELLES ?
(§85) « Ainsi compris, le développement humain intégral est l’horizon à partir duquel nous pouvons lire les transformations de notre temps, y compris celles de la révolution numérique. Les innovations technologiques – notamment l’intelligence artificielle – ne sont pas neutres : elles peuvent favoriser la participation et la justice, ou bien aggraver les inégalités, le contrôle et l’exclusion. C’est pourquoi elles doivent être évaluées à l’aune d’une question décisive : contribuent-elles réellement à faire grandir les personnes et les peuples en humanité et en fraternité, dans le respect de la Maison commune et des générations futures ? C’est là que les principes de la Doctrine sociale deviennent des critères concrets de discernement pour les thématiques que nous aborderons dans les chapitres suivants. »
FIN DE LA 2ème PARTIE