La direction de la consommation et des fraudes (DGCCRF), la Justice (Parquet, Procureure de la République), l’autorité des marchés financiers (AMF) et de contrôle des banques et assurances (ACPR) présentent leur force d’action commune contre les arnaques

Chaque année, 500 millions d’euros sont volés aux épargnants en France par des escrocs: c’est le montant des arnaques à l’épargne et aux services financiers, estimé par le Parquet de Paris au cours de ses dernières enquêtes sur les escroqueries.

L’ensemble des autorités de supervision et de répression concernées par la protection des épargnants-consommateurs contre les arnaques s’était réuni pour présenter ces chiffres, ainsi qu’un arsenal d’analyses et de mesures barrières pour lutter contre ce fléau, à l’occasion d’une conférence de presse, lundi 13 décembre, au Tribunal Judiciaire de Paris.

Ces forces en présence rassemblaient Mesdames Laure Beccuau, procureure de la République de Paris, et Virginie Beaumeunier, directrice générale de la DGCCRF, avec Messieurs Robert Ophèle, président de l’AMF, et Patrick Montagner, premier secrétaire général adjoint de l’ACPR. Mais également des collaborateurs de haut rang parmi les plus impliqués à la croisée de leurs domaines respectifs : argent, arnaques et consommation.

Premier constat : les arnaques ne diminuent pas. Au contraire.

Le phénomène n’a pas diminué par rapport aux précédentes estimations, indique la Procureure. Rappel : 4,5 milliards d’euros de pertes sur six ans en 2016, plus d’un milliard d’euros sur deux ans en 2019.

Deuxième constat : les arnaques à distance profitent de la crise

« 97% des Français jugent important le risque d’arnaques aux placements, explique Robert Ophèle, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Nos concitoyens sont conscients du risque d’arnaques et une majorité considère que ce risque est très important.

Et pourtant, au même moment, compte tenu des taux très bas que nous avons en ce moment, une grande partie considère qu’il y a une possibilité d’avoir un placement sans risque qui rapporte beaucoup plus que les traditionnels placements sur livrets. Pour près de 40% des gens, le taux sans risque normal dépasse 5%. Evidemment, quand on peut penser qu’un placement sans risque doit rapporter plus de 5%, on va être très ouvert à des propositions habiles présentées par des escrocs avertis, conscients des faiblesses et erreurs de conception de nos concitoyens qui vont être ouverts à des propositions malhonnêtes de ce fait là. »

Le président du gendarme des placements financiers rappelle à cette occasion les principales conclusion d’un sondage récent sur les arnaques à l’investissement, conduit par BVA.

La baisse des taux d’intérêt nourrit l’insatisfaction des épargnants vis-à-vis des placements classiques.

Globalement, les consommateurs semblent bien conscients des risques d’arnaques.

97% des sondés considèrent le risque d’arnaque important (dont 51% le considèrent « très important »), mais seulement 45% des 18-24 ans, peut-être plus optimistes et plus vulnérables face aux promesses de la nature humaine

Pourtant, une forte proportion d’épargnants demeure crédule.

Avec 4 personnes sur 10 croyant aux placements « rêve » (vin, parkings, terres rares, or, blabla) et 1 sur 5 croyant que les cryptos sont « rentables », les escrocs se frottent les mains

Le résultat précis du sondage indique au final que 61 personnes sur un échantillon de 5000 sondés, âgés de 18 ans ou plus, représentatifs de la population française. Concrètement, cela signifie qu’un peu plus de 1% d’un échantillon représentatif de la population française adulte reconnaît s’être fait voler de l’argent par une arnaque aux faux placements. Plus précisément, ce pourcentage est de 1,22% (61/5000).

650 000 victimes d’arnaques avouées par an (et 750 000 escroqués en déni d’arnaque)

En extrapolant cette proportion de victimes d’arnaques aux placements sur l’ensemble de la population française de 18 ans et plus (soit 52,9 millions d’habitants, dont 51,4 millions en métropole), on peut raisonnablement estimer qu’environ 650 000 personnes admettent s’être fait voler leurs économies par une arnaque à l’épargne.

Fakebook en tête des vitrines d’arnaques

Et encore, il ne s’agit là que d’un sous-ensemble des individus harponnés par les escrocs, et un sous-ensemble de ces prospects harponnés qui ont effectivement confié leurs économies à des escrocs, et qui ont passé le cap du déni. En effet, plus de la moitié des probables victimes d’arnaques semblent encore dans le déni de s’être fait avoir, si l’on comprend bien le sondage.

Canal Arnaque : une personne sur deux a déjà été sollicitée par des propositions de placements n’émanant pas de ses intermédiaires financiers. Par quels canaux ?

Au total, 6 personnes sur 10 ont été exposées à des propositions de placements suspectes, dont 30% vivaient seules (contre 14% de la population totale selon l’Ined). L’isolement est une vulnérabilité recherchée par les escrocs car les personnes seules ont moins tendance à se confier et à écouter des conseils bienveillants de leur entourage pour éviter les ennuis.

Comment réagissent les 60% d’adultes exposés à des publicités ou sollicitations de placements à distance ? Une personne sur cinq, soit 21%, clique sur les publicités, et près d’une sur dix, soit 9%, laisse ses coordonnées sur un site de collecte de contacts alimentant les bases de prospects des escrocs. Ils mordent à l’hameçon.

Offrir ses coordonnées aux escrocs en cliquant sur leurs promesses aguicheuses reste la voie royale pour se faire arnaquer

2,58% des adultes ont versé de l’argent dans une arnaque, soit 1,4 million de victimes

Parmi les personnes sollicitées via les réseaux sociaux pour des propositions financières, le sondage distingue les non actifs, qui n’ont pas donné suite, et la population « active » ayant souscrit à ces propositions. Ces derniers représentent 2,58% de la population (129/5000 dans l’échantillon représentatif du sondage), soit en extrapolant environ 1,4 million de personnes ayant souscrit à des propositions financières à distance d’intermédiaires n’ayant pas pignon sur rue.

1 million de victimes d’arnaques attirées dans la gueule du loup par les médias sociaux, Instagram et Facebook en tête

Les trois quarts de ces probables victimes d’arnaques (99/129 au niveau de l’échantillon), extrapolés à environ 1 million d’adultes en France, ont été attirés dans la gueule du loup par les réseaux et médias sociaux, Instagram et Facebook en tête.

Au total, parmi les 61% de sondés exposés à des propositions de placements financiers à distance, 8% ont mordu à l’hameçon et souscrit à l’offre. Quels sont les meilleurs appâts pour piéger ces épargnants ? L’appât du gain, bien sûr, cité en tête de liste par 47% des piégés. Mais les bonnes manières aussi, puisque 16% des harponnés admettent simplement « ne pas avoir osé dire non ».

Quand c’est versé, c’est perdu !

Or, quand c’est versé, c’est perdu. Même si l’on peut ne pas s’en rendre compte avant des années. Surtout dans les cas de prétendus placements « alternatifs » où l’horizon et la patience font parfois partie de l’argument de vente, comme d’improbables projets de « private equity », « financements d’entreprise », « énergies renouvelables », qu’on vous enjoint de considérer « à long terme ».

Parmi les épargnants dans l’incapacité de récupérer leur argent ou ne sachant pas où il est, 1/3 sont dans le déni d’arnaque

Résultat des courses, la moitié des souscripteurs ne parviennent pas à récupérer leur argent, quand 40% ont simplement perdu tout contact avec l’entité ayant pris leur argent. Rapidement, les deux tiers des personnes considèrent leur argent comme perdu. Malheureusement, il est fort probable que les 33% de consommateurs ayant mordu à l’hameçon et qui ne parviennent pas à récupérer leur argent, ni à recontacter celui qui leur a vendu, soient aussi victimes d’arnaques, bien qu’ils soient encore dans le déni. Au total, ce serait alors bien 2,58% de l’échantillon représentatif des adultes ayant cédé à des sollicitations de placements à distance qui auraient perdu leur argent, soit 1,4 million de victimes d’escroqueries à l’épargne à distance, en extrapolant à la population française.

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