En cas de retrait consécutif au vol d’une CB, la banque doit rembourser, à défaut de prouver une négligence grave du client.

Les cas de vols lors de retrait au distributeur sont nombreux, et il est rarement possible de mettre en cause la responsabilité de la banque, par exemple quand des complices s’organisent pour détourner l’attention de la victime et lui voler son argent après validation du retrait.

En revanche, il arrive que des clients soient victimes de retraits au distributeur avec une carte qu’ils se sont fait voler, alors même qu’ils n’avaient pas inscrit le code secret à proximité de la carte (ce que personne ne devrait faire). Aussi étrange que cela puisse paraître, il est effectivement possible que des retraits soient effectués avec une CB volée, même quand les voleurs n’ont pas le code secret. Or, dans ce cas, la banque doit rembourser le client, à défaut de prouver qu’il est lui-même responsable d’une négligence grave, voire qu’il a participé à la fraude.

C’est ce que rappelle un jugement du 31 juillet 2019.

En voyage au Portugal, Monsieur G. se fait voler son portefeuille contenant sa carte bancaire, mais évidemment pas son code. Malgré les précautions prises dès le jour où il s’est fait voler sa CB lors d’un séjour à Lisbonne, le client découvre quelques jours plus tard 4 retraits frauduleux, d’un montant total de 3000 euros, dont il réclame le remboursement à sa banque en déposant une nouvelle plainte au commissariat de son domicile.

Malgré les précautions prises dès le jour où il s'est fait voler sa CB lors d'un séjour à Lisbonne, le client découvre 4 retraits frauduleux d'un montant total de 3000 euros dont il réclame le remboursement à sa banque en déposant une nouvelle plainte au commissariat de son domicile.

Particulièrement pédagogique, ce jugement commence par rappeler les diverses dispositions législatives protégeant les consommateurs en cas de fraude sur leur compte bancaire, avec leurs contraintes et limites.

En principe: la banque doit rembourser

En premier lieu, le principe est que, en vertu de l’article L133-18 du Code monétaire et financier, la banque doit rembourser les clients victimes de fraudes sur leur CB.

En vertu de l'article L133-18 du Code monétaire et financier, la banque doit rembourser les clients victimes de fraudes sur leur CB.

Sauf si elle prouve une négligence grave

Seules exception au principe de remboursement des fraudes CB, la banque peut être exonérée de rembourser le client en vertu de l’article L133-19 du Code monétaire et financier, en cas de négligence grave du client au regard des obligations mentionnées aux articles L133-16 et L133-17. Le tribunal nous explique ces précautions essentielles: préserver la sécurité de sa CB et de son code, et alerter sa banque au plus vite en cas de perte ou vol.

Seules exception au principe de remboursement des fraudes CB, la banque peut être exonérée de rembourser le client en vertu de l'article L133-19 du Code monétaire et financier, en cas de négligence grave du client au regard des obligations mentionnées aux articles L133-16 et L133-17. Le tribunal nous explique ces précautions essentielles: préserver la sécurité de sa CB et de son code, et alerter sa banque au plus vite en cas de perte ou vol.

En cas de débit frauduleux contesté par le titulaire d’une CB, la banque doit prouver que l’opération a été autorisée par le client, comme le rappelle l’article L133-23 du Comofi.

En cas de débit frauduleux contesté par le titulaire d'une CB, la banque doit prouver que l'opération a été autorisée par le client.

L’utilisation de la CB ne prouve pas son autorisation

Toujours selon l’article L133-23 du Code monétaire et financier, « l’utilisation de l’instrument de paiement telle qu’enregistrée par le prestataire de services de paiement ne suffit pas nécessairement en tant que telle à prouver que l’opération a été autorisée ». En clair, un débit effectué avec une carte volée ne suffit pas à prouver qu’il a été autorisé, avec ou sans code.

Toujours selon l'article L133-23 du Code monétaire et financier, "l'utilisation de l'instrument de paiement telle qu'enregistrée par le prestataire de services de paiement ne suffit pas nécessairement en tant que telle à prouver que l'opération a été autorisée". En clair, un débit effectué avec une carte volée ne suffit pas à prouver qu'il a été autorisé, avec ou sans code.

A l’inverse, l’article L133-6 précise qu’un paiement CB n’est réputé autorisé qu’à condition que le payeur ait donné son consentement au paiement, dans les formes convenues. Ce qui n’est pas le cas lors d’un débit frauduleux avec une CB volée. En résumé, l’article L133-6 du Code monétaire et financier est très clair: à défaut d’autorisation du client prouvée par la banque, cette dernière doit rembourser les débits frauduleux .

A l'inverse, l'article L133-6 précise qu'un paiement CB n'est réputé autorisé qu'à condition que le payeur ait donné son consentement au paiement, dans les formes convenues. Ce qui n'est pas le cas lors d'un débit frauduleux avec une CB volée.

La banque ne prouve aucune négligence

La banque refuse de rembourser en accusant son client d’avoir commis une grave négligence, mais sans la prouver. Par exemple la banque suppose qu’il aurait laissé son code avec la carte, ce qu’il nie et que la banque ne prouve pas.

La banque refuse de rembourser en accusant son client d'avoir commis une grave négligence, mais sans la prouver. Par exemple la banque suppose qu'il aurait laissé son code avec la carte, ce qu'il nie et que la banque ne prouve pas.

Un retrait sur CB volée est possible sans le code secret

Pour le commun des mortels, il est difficile d’imaginer qu’un voleur puisse effectuer un retrait au distributeur avec une carte volée dont il n’a pas le code secret. C’est pourtant possible. Les banques nient cette faille, mais cela arrive.

Des failles existent pour craquer les CB volées, il est donc possible qu’une carte volée soit utilisée à un distributeur sans que le code ait été fourni avec. Mais ce n’est pas à la victime de la fraude de la prouver, c’est à la banque de prouver l’autorisation de paiement par le client.

Des failles existent pour craquer les CB volées, il est donc possible qu'une carte volée soit utilisée à un distributeur sans que le code ait été fourni avec. Mais ce n'est pas à la victime de la fraude de la prouver, c'est à la banque de prouver l'autorisation de paiement par le client.

Pas de négligence = remboursement obligatoire

Le tribunal conclut qu’en l’absence de négligence du client, que la banque ne démontre pas, la loi oblige bien cette dernière à rembourser les 3000 euros de retraits frauduleux à son client, avec intérêts de retard au taux légal.

Le tribunal conclut qu'en l'absence de négligence du client, que la banque ne démontre pas, la loi oblige bien cette dernière à rembourser les 3000 euros de retraits frauduleux à son client, avec intérêts de retard au taux légal.

Cette affaire se termine bien car elle a été traitée par un tribunal compétent. La banque en cause a aussi été assez raisonnable pour ne pas faire appel de cette décision claire et juste. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas, car certaines banques préfèrent ne pas rembourser et se lancer dans une escalade judiciaire, quitte à perdre en appel et jusqu’en Cour de cassation, en espérant décourager les clients de faire valoir leurs droits.

Tribunal d’instance de Nogent-sur-Marne,
jugement du 31/7/2019, RG n°11 18-1255

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