(Tout le procès Pérol ici) Mercredi 24 juin, seconde journée du procès de François Pérol, ex-secrétaire adjoint du président Nicolas Sarkozy à l’Elysée, accusé de prise illégale d’intérêt dans le rapprochement des Banques Populaires Caisses d’épargne, dont il a pris les commandes dans la foulée.

Alors que le président de la République Nicolas Sarkozy est mobilisé en 2008 pour endiguer la crise bancaire, avec son secrétaire adjoint François Pérol, ils portent une attention toute particulière à la réforme du Livret A et son intérêt particulier pour les Caisses d'épargne. (photo © GPouzin)

Alors que le président de la République Nicolas Sarkozy est mobilisé en 2008 pour endiguer la crise bancaire, avec son secrétaire adjoint François Pérol, ils portent une attention toute particulière à la réforme du Livret A et au destin des Caisses d’épargne. (photo © GPouzin)

9h45, le juge président d’audience, Mr Peimane Ghaleh-Marzban, a repris l’examen des faits susceptibles de prouver la culpabilité de l’accusé.

– Paragraphe 4 de votre note au président de la République, vous indiquez que Didier Banquy ferait également un bon directeur général. On y voit ajoutée une note manuscrite de Mr Guéant : « Didier m’a appelé pour demander que Milhaud garde le poste, il m’aime bien ». Trouvez-vous normal, en pleine crise financière, de vous mêler des petites affaires de la Caisses d’épargne ? attaque le magistrat.

– Je ne me mêle pas, je rappelle au président de la République… entame François Pérol sans dévier de son refrain désormais connu de l’auditoire.

– Donc l’Elysée intervient sur cette nomination, résume le juge.

– Non, je dis au président de la République que son ancien collaborateur, qu’il apprécie, devrait conserver ses fonctions. Je ne suis pas intervenu, j’ai juste demandé à Comolet…

– Qu’est devenu Milhaud, rebondit le juge à cette occasion, pour s’épargner d’écouter une nouvelle contorsion de l’accusé.

– J’avais interrogé Comolet et Lemaire, je les interroge aussi sur Mérindol, et j’informe le président de la République de ce qui va se passer. Milhaud conserve la présidence non exécutive d’Oceor, mais je ne suis pas intervenu en ce sens.

– Pourtant le président de la République se tourne vers vous lors de son entretien avec Milhaud, et vous demande de bien vouloir veiller à ce que Milhaud garde bien poste.

– Le président de la République fait comme d’habitude, il me dit « tenez moi informé ».

– Je crois qu’ils n’étaient pas très fiers d’eux, de la façon dont ils ont démissionné Milhaud, qui leur a demandé de garder le poste et à qui ils ont dit d’accord, intervient Maître Karsenti, avocat des parties civiles.

– Cote D138, lors de l’audition de Charles Milhaud, en parlant de Comolet il déclare « on a mis ces deux là pour la fusion, après il faudra mettre un vrai banquier ». Est-ce vrai ? interroge à son tour Madame Ulrika Weiss, la procureure.

– Je n’ai pas le souvenir que le président de la République ait dit cela, répond François Pérol.

– Vous contestez aussi que Milhaud ait demandé au président de la République de garder sa fonction à Oceor ?

– Non, je l’ai dit lundi, réplique le prévenu.

– Monsieur Pérol a le droit de ne pas être d’accord avec cette déclaration, lance le juge pour reprendre la main sur son audience. Je suis pour la complétude des débats, pas pour leur redondance.

– On a aussi l’impression qu’on ne peut pas poser de questions ! s’agace finalement Maître Karsenti qui, comme la procureure, semble avoir le plus grand mal à s’immiscer dans l’interview du prévenu, que le juge accapare avec gourmandise.

– Si vous avez une question, posez-la, accorde immédiatement le magistrat.

– Est-ce que vous avez conservé vos agendas ? demande l’avocat des parties civiles à l’accusé.

– Non, ils sont à l’Elysée.

– Vous n’avez pas d’agenda personnel ?

– Non, seulement des agendas électroniques. Ils sont à l’Elysée.

– On nous explique que l’Elysée recevait autant les autres… poursuit l’avocat, aussitôt interrompu.

– Ce n’est pas lui qui a dirigé la perquisition, s’il les avait on le verrait bien, s’interpose Maître Pierre Cornut-Gentille pour protéger son client.

– Je n’ai pas d’agenda papier, je regrette de ne pas avoir gardé de dossiers, répète François Pérol.

– Ce n’est pas comme Comolet, qui a tout gardé, deux agendas, l’administratif tenu par son secrétariat et le personnel, observe le juge.

– Il y a un problème de méthode, reprend Maître Karsenti, je ne peux pas poser mes questions. On a passé 30 minutes d’interrogatoire sur le Livret A lundi, j’ai cité un article des Echos quand on nous a dit qu’il ne s’y intéressait pas, alors qu’on a le souvenir qu’il était dans ses promesses de campagne. Or, on constate que Sarkozy annonce publiquement la banalisation du Livret A, avant son ministre, avec trois conditions. Il a dû les préparer ! Est-ce que, Monsieur Pérol, vous êtes intervenu sur ce dossier ?

– Non, je ne vais pas changer ma déclaration au tribunal de lundi. Ce n’est pas parce que Sarkozy mentionne un sujet qu’il est traité à l’Elysée. Il y avait un gouvernement, des ministres, s’énerve l’ex-secrétaire adjoint de l’Elysée. Cela paraît extraordinaire sous la présidence de Sarkozy, mais non, ça n’a pas été traité par l’Elysée. Le président a suivi la recommandation de son premier ministre d’appliquer la directive de Bruxelles.

– Le 31 octobre, enchaîne aussitôt le juge Peimane Ghaleh-Marzban, il y a un rendez-vous qui suit celui du 30, chez le premier ministre. Mr Gosset-Grainville (NDLR directeur de cabinet de François Fillon) reçoit Comolet et Lemaire. Puis un autre rendez-vous de Comolet et Lemaire le 6 novembre 2008 à Bercy. Et là, on arrive au 10 novembre. Il y a coïncidence de date, le 12 novembre c’est la signature du memorandum of understanding (MoU, ou protocole d’accord de la fusion). Avant d’en parler le 10 novembre à midi avec Philippe Dupont et à 19h30 avec Comolet et Lemaire. Je me suis demandé pourquoi, alors qu’ils avaient rencontré le président de la République. Pour quelle raison ?

– Je n’ai pas souvenir de ces réunions, esquive François Pérol dans un moment d’amnésie.

– Xavier Musca, cote d131, parle de l’Elysée. Tout le monde indique que les pouvoirs publics c’est aussi le président de la République. Je me suis demandé si deux jours avant, ils ne viennent pas chercher l’imprimatur du président de la République.

– Je ne les recevais que quand ils me le demandaient, répète François Pérol.

– Ils vous demandaient une validation ?

– C’est possible, mais de toute bonne foi je ne me souviens pas de cett réunion. Ils n’avaient pas besoin de validation, ils sont venus sans doute me tenir informé de l’avancement de leur fusion.

– Concrètement, ils vous disent « Monsieur Pérol, on va fusionner… » Il va y avoir besoin d’une loi, de nominations… Comment comprendre cette réunion ?

– Je ne sais pas, je ne m’en souviens pas.

– Ils viennent voir le président de la République pour lui faire passer des messages, est-ce qu’ils ne sont pas dans une démarche « le rapprochement passe par un dispositif législatif », « il faut définir les règles de gouvernance du nouvel ensemble » ?

– Je pense qu’ils sont venus dire, « si vous aviez des doutes, n’ayez pas de doute ».

– Je vais voir un des plus proches collaborateurs du président de la République, je signe deux jours après l’accord de rapprochement (MoU), je lui en parle. Dans l’article 7 on parle de la structure de gouvernance.

– La gouvernance ça veut dire le pouvoir de l’organe central vis-à-vis des réseaux de banques régionales, explique le patron de BPCE.

– Peut-on envisager qu’ils viennent le 10 novembre et n’en parlent pas ? poursuit le juge.

– Je ne m’en souviens pas, répète son prévenu.

– Je conçois qu’on ne puisse pas se souvenir de tout, lui accorde le magistrat. Mais vous écrivez « nous devons définir avec eux les règles de gouvernance du nouvel ensemble », les services du premier ministre les reçoivent le 30, est-ce qu’ils ne se disent pas « on doit aller voir le président de la République » ? Est-ce que, dans leur esprit, l’organe de validation c’est vous ?

– Non, ils ne peuvent pas, s’accroche François Pérol. Pour un banquier, le président de la République c’est important, mais cela n’a pas beaucoup d’importance par rapport à ce que pense son superviseur. Il y avait des doutes, mais le ministre des finances en parle le 20 octobre à la radio et dit qu’il faut aller vite.

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