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Une nuit en prison pour les victimes d’arnaques bancaires ! « A night in the cells for investors cheated by bank », article du grand quotidien britannique The Times du 17/7/2014.

Information totalement surréaliste, en ce 1er avril 2016 nos élites lobbyistes et législatives réfléchiraient à une prévention plus ferme des arnaques financières dont se plaignent régulièrement les clients de banques. Un amendement en projet à la loi en cours d’élaboration viserait à pénaliser les clients, pour les dissuader de se plaindre des arnaques et les encourager à réfléchir à deux fois avant d’accepter une proposition alléchante.

Pourquoi ne pas pénaliser les clients ? L’idée est venue à quelques esprits brillants un brin dérangés, en retombant sur cette vieille coupure de journal mise de côté deux ans plus tôt (voir photo).

Après tout, si l’on veut vraiment dissuader les arnaques, ce ne sont pas forcément les prestataires, voire leurs réseaux organisés de mise sur le marché qu’il faut pourchasser. On sait très bien qu’à peine appréhendés par la police, ils sont relâchés par la justice impuissante face aux droits de la défense et aux armées d’avocats que peuvent s’offrir les réseaux collectant ainsi l’argent des clients.

Non, pour vraiment dissuader les arnaques, il faudrait tout simplement stigmatiser les clients et mettre en place des répressions et sanctions qui les feraient réfléchir à deux fois avant de se laisser séduire par les arguments avantageux mis en avant pour les racoler. Un ministre de l’intérieur et son président n’avaient-ils pas prétendu obtenir des résultats satisfaisants dans la lutte contre la traite des personnes en voulant enrayer les prostitution par cette méthode répressive ?

On pourrait faire pareil avec les arnaques ou placements douteux souscrits par des épargnants en manque de belles promesses par l’intermédiaire de leur banque.

Prenons un exemple. Des clients d’une très grande banque se seraient laissé séduire par une proposition alléchante d’obtenir 15% de rendement annuel, présentée par leur banque, en investissant dans un fonds de financement de projets miniers et résidentiels. Le placement n’était pas fiable et les épargnants n’ont jamais vu la couleur des 15% promis.

Cela arrive de faire une mauvaise affaire, même présentée par sa banque que l’on pense capable de filtrer les canards boiteux pour ne pas les refiler à ses clients. C’est d’ailleurs ce que pensent les clients. « Le rendement était inhabituellement élevé, mais le risque semblait acceptable puisque le produit avait l’apparente approbation de la plus grande banque du pays, et que le fonds lui-même semblait aussi bénéficier d’une garantie de l’état vu l’implication des pouvoirs publics dans le montage présenté », ont expliqué des investisseurs victimes de cette arnaque, auprès du journal The Times (article en illustration, à lire ici).

Évidemment, quand une affaire a l’air trop belle pour être vraie, c’est qu’elle est vraiment trop belle pour être vraie, donc qu’elle est fausse. Comme dit ce proverbe américain (if it’s too good to be true, it probably is), l’affaire qui est trop belle pour être vraie a effectivement une forte probabilité de ne pas être vraie. Les spéculations sur les mines ou l’immobilier résidentiel prétendument super rentable n’étaient qu’un appât pour racoler les clients, mais ils n’ont jamais eu ce rendement et n’ont même pas pu récupérer leur mise. Tout au plus quelques miettes laissées par les gloutons de leurs économies.

Que les épargnants crédules aient perdu les économies d’une vie, et voient s’envoler leur retraite à un âge où il est trop tard pour s’en préparer une autre, c’est bien triste ! Mais vous comprendrez que les autorités ont tout de même de plus hautes préoccupations pour la sécurité du pays et la stabilité du système bancaire.

Le problème n’est pas tant que les épargnants aient été ruinés par le placement que leur présentait leur banque, mais qu’ils aient le toupet de venir s’en plaindre en manifestant pacifiquement devant la banque avec des pancartes « rendez-nous notre argent ».

Vous vous rendez compte ce qui arriverait si tous les épargnants victimes de placements décevants manifestaient devant leur banque en réclamant « rendez-nous notre argent » ! Ce serait la panique assurée, comme le confirme une source proche de cette affaire interrogée par The Times.

« Il y a un très gros risque d’un écroulement soudain de la confiance dans la réputation des banques où ces produits ont été vendus, et dans la signification du mot « garantie », explique cet expert financier cité par The Times.

Dans ces conditions, ne serait-il pas approprié de faire intervenir les forces de l’ordre pour éviter une vague de panique bancaire encore plus nocive ? Aussitôt dit, aussitôt fait. Alors qu’une trentaine d’épargnants, dont la moitié de retraités, manifestent pacifiquement devant cette agence de la plus grande banque du pays, ils se font embarquer par la police pour une nuit en cellule de dégrisement, et le tour est joué. La panique est évitée. La confiance dans le système bancaire est sauvée.

Une expérience séduisante qui donne des idées aux lobbyistes et législateurs en train d’examiner un nouveau projet de loi censé améliorer encore la confiance un peu émoussée de nos concitoyens dans l’intégrité et l’honnêteté économique et financière de notre pays.

Avec une telle réglementation, on règlerait bien des problèmes. Prenez les affaires Aristophil (placements bidons en lettres et manuscrits), Apollonia (escroquerie de masse à l’investissement locatif résidentiel), quelques arnaques aux panneaux solaires (Solabios) ou autres énergies renouvelables (Marchand de Vent), et même les fonds de Madoff, j’en passe et des meilleures, si on commence à laisser le doute s’installer sur l’honnêteté des banques ayant servi de relais financiers dans ces filouteries, cela pourrait réduire encore la nécessaire confiance des citoyens dans la fiabilité des banques.

Tandis que si on sanctionnait les clients, en les plaçant en dégrisement le temps de se calmer quand ils réalisent avoir tout perdu ou presque, on éviterait la panique et surtout on leur rendrait service. Quoi de mieux en effet qu’une excursion derrière les barreaux pour réfléchir à deux fois la prochaine fois qu’on est racolé par un vendeur de placements apparemment trop beau pour être vrai ?

Après deux ou trois ramassages par le panier à salade, les épargnants et retraités apprendraient à se méfier de telles propositions et à ne plus céder à la tentation des arguments artificiels mis en avant pour les séduire. La pénalisation des clients aurait un effet sur la demande autant que sur l’offre, comme pour la prostitution.

Une analogie qui ne met pas tous les lobbyistes d’accord. Certes, en pénalisant les clients des banques ayant souscrit des arnaques par leur intermédiaire, on les éduquerait peut-être à ne plus y souscrire dans les banques, qui du coup ne les proposeraient plus. Le soir au dîner les mamans expliqueraient à leurs petits « ne souscrit jamais un placement trop beau pour être vrai, sinon tu iras une nuit en prison comme ton grand-père qui s’est fait plumer par sa banque, pour t’apprendre à ne pas perdre bêtement ta précieuse épargne-retraite ».

Mais n’y aurait-il pas un risque de déplacement de cette prostitution financière ? Au lieu de racoler les épargnants par l’intermédiaire des banques qui les accréditent (en touchant à chaque passe), les vendeurs de rêves financiers opèreraient dans une plus grande clandestinité, à l’abri des forces de l’ordre.

Quant aux clients, ils pourraient bien aussi se tourner vers des officines clandestines où on leur promettraient toujours du rêve à bon marché. En pénalisant les clients des réseaux traditionnels et en luttant plus sévèrement contre le racolage visible, les pouvoirs publics n’ont-ils pas créé de toute pièce le marché des salons de massage ? Pénaliser les clients mécontents des banques pourrait autant favoriser la finance grise, ou banque de l’ombre (shadow banking).

Du coup, l’examen de l’amendement envisagé a été reporté, au moins jusqu’au 1er avril 2017.

Merci d’avoir lu jusqu’ici ce poisson d’avril mi-sérieux mi-loufoque. Le projet de pénalisation est totalement inventé, sur la base d’une histoire vraie d’épargnants emprisonnés pour avoir dénoncé trop fort le rôle de la banque dans leurs déconvenues.

L’histoire des épargnants mécontents arrêtés par la police pour passer une nuit en prison a réellement existé … en Chine, quand des clients de la plus grande banque chinoise, Industrial and Comercial Bank of China (ICBC) ont osé se plaindre d’avoir été ruinés par une arnaque présentée comme un placement fréquentable par leurs conseillers de la banque ICBC, par ailleurs récemment épinglée pour complicité d’une grosse affaire de blanchiment en Espagne.

J’aurais bien gardé l’idée pour une prochaine édition de La Bougie du Sapeur, mais c’est dans quatre ans et je voulais profiter de ce 1er avril pour ressortir ce poisson défraichi car il est tout aussi édifiant que sérieux.

Si la rhétorique loufoque de ce poisson d’avril visait d’abord à vous distraire, elle expose néanmoins un vrai sujet de réflexion et de préoccupation pour les pouvoirs publics, les professionnels honnêtes et les escrocs, et bien sûr les épargnants.

Une des grandes difficultés dans la lutte et la prévention contre les arnaques aux placements, est qu’elles visent le plus souvent des victimes crédules et consentantes, au moins jusqu’à ce qu’elles découvrent que le rêve qu’on leur a vendu était réellement trop beau pour être vrai.

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Un commentaire

  1. Alexander, le

    Excellent. Pas si surréaliste que ça. Les kleptokrates Ne supportent pas la transparence. Voir le procès juridique d’une grande banque française contre un analyste indépendant disant LA vérité sur les réelles réserves d’une grande banque. Condamné a 10.000€ d’amende pour diffamation…
    Lire: blog Ontonagon Deutsche Bank http://www.ontonix.com

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