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Fin de la panique. Les retraites complémentaires par répartition ne vont pas faire faillite et Didier Migaud lui-même souligne que les représentants patronaux et syndicaux les ont toujours bien gérées, avec responsabilité. « Tout d’abord, les partenaires sociaux ont assuré, par le passé, un pilotage plutôt rigoureux des régimes complémentaires », proclame le président de la Cour des comptes en préambule de son diagnostic, avant de rappeler qu’ils ont déjà su préserver les retraites d’un destin funeste.

« Les régimes Agirc-Arrco ont accumulé 60 milliards de réserves en dix ans quand les retraites de base accumulaient 8 milliards de déficits financés à crédit » rappelle Didier Migaud, président de la Cour des comptes, en recommandant de nouvelles pistes pour garantir l’avenir des retraites. (photo © GPouzin)

« Les régimes Agirc-Arrco ont accumulé 60 milliards de réserves en dix ans quand les retraites de base accumulaient 8 milliards de déficits financés à crédit » rappelle Didier Migaud, président de la Cour des comptes, en recommandant de nouvelles pistes pour garantir l’avenir des retraites. (photo © GPouzin)

« Les régimes complémentaires ont réussi, grâce à des mesures de grande ampleur amorcées dès 1993, à connaître, entre 1998 et 2008, onze années d’excédents, c’est-à-dire à encaisser plus de cotisations qu’ils n’ont versé de pensions. Ils ont ainsi accumulé plus de 60 milliards d’euros de réserves. Pour mémoire, sur la même période 1998-2008, le régime de base de la sécurité sociale accumulait près de 8 milliards d’euros de déficits, qui ont nécessité un recours toujours accru à l’endettement. »

Le président de la Cour des comptes l’a répété au moins cinq ou dix fois en répondant aux journalistes : l’Agirc-Arrco a engrangé 60 milliards d’euros de réserves en dix ans, quand les gouvernements successifs laissaient dériver les retraites de base qui accumulaient 8 milliards d’euros de déficit et hypothéquaient l’avenir en s’endettant, alors que les retraites complémentaires n’ont jamais eu un centime de dette. Le recours à l’emprunt pour payer les retraites est d’ailleurs interdit par les statuts de l’Agirc-Arrco.

Il n’y a donc pas de faillite en perspective, à condition d’équilibrer à nouveau le système, ce qui nécessite tout de même de nouveaux sacrifices au regard de la situation démographique (vieillissement, papy boom), économique (faible emploi, cotisations, compétitivité) et financière (au-delà des plus-values à court terme, la baisse des taux pénalise les réserves des caisses de retraite autant que celles des épargnants, et l’absence d’inflation réduit l’impact de la désindexation des pensions en vigueur depuis 2014).

Les leviers esquissés par la Cour des comptes dans son rapport pour « Garantir l’avenir des régimes de retraite complémentaire des salariés », ne sont pas différents de ceux explorés par tous les experts et organismes au chevet de l’Agirc-Arrco. Quelle que soit la façon dont on aborde ce casse-tête, il n’y a toujours que trois grandes familles de leviers permettant de maintenir un équilibre à long terme entre les actifs et les retraités : le niveau des cotisations (taux, prix d’achat des points de retraite, etc.), la durée de cotisation (années de carrière, âge de départ en retraite) et les retraites versées (décote ou surcote, réversion, revalorisation, etc.).

Là encore, la méthode d’analyse de la Cour des comptes a pu nourrir quelques commentaires alarmistes. Chiffrer les mesures nécessaires à la consolidation des retraites Agirc-Arrco en mesurant leur impact sur un seul curseur, sans toucher aux autres (« toutes choses égales par ailleurs »), est forcément spectaculaire. « Le versement des pensions Agirc ne pourra être assuré après 2017 que si un effort spécifique est demandé aux cadres », observe ainsi la Cour des comptes, fort logiquement puisque ce régime est encore légalement indépendant de l’Arrco, même si les deux sont totalement imbriqués en pratique. « Cependant, si les cadres devaient supporter seuls les efforts nécessaires par une baisse des pensions versées, ils subiraient entre 2015 et 2017 une réduction de plus de 10 % du pouvoir d’achat de leurs pensions Agirc », ajoute Didier Migaud. On voit les gros titre imaginables en partant de cette observation « L’Agirc au bord de la faillite : réduction de 10% en vue pour les retraites des cadres ! ».

La méthode d’évaluation du coût pour équilibrer les retraites, curseur par curseur, aboutit à des scénarios catastrophes purement théoriques. Mais depuis que les retraites complémentaires existent, les efforts nécessaires à leur équilibrage ont toujours été savamment négociés pour être partagés. La Cour des comptes le sait bien, et l’explique dès la phrase suivante : « Une solidarité accrue de l’Arrco vis-à-vis de l’Agirc semble ainsi inévitable au-delà des transferts de solidarité, à hauteur d’un milliard d’euros par an, qui se font déjà de l’une à l’autre », avant d’ajouter que « les deux régimes apparaissent devoir converger à brève échéance vers une fusion ». Ladite fusion étant elle-même en cours, le scénario de baisse de 10% des pensions Agirc paraît bien improbable. Fin de la panique.

Certes, cela n’enlève rien à la réalité du problème. La Cour des comptes estime d’ailleurs que la fusion en préparation de l’Agirc et de l’Arrco « ne peut aboutir que si elle est accompagnée de mesures assurant une égalité de traitement entre cadres et non-cadres ». Tout n’est donc pas joué sur ce point, et les partenaires sociaux devront négocier âprement les détails pour trouver un terrain d’entente d’ici l’été 2015.

Au bout du compte, il y a même fort à parier que cette négociation fasse beaucoup de mécontents. Car à chaque nouvel accord, chacun se plaint généralement d’être trop mis à contribution par rapport aux autres : les salariés, les retraités et les employeurs. Mais quand personne ne sort « gagnant » d’une négociation, n’est-ce pas aussi le signe que chacun a dû y lâcher quelque chose ? Et dans le cas spécifique des retraites par répartition, il ne faut pas perdre de vue que, même quand chacun perd individuellement, la collectivité est gagnante dans son ensemble, car le régime continue d’assurer les vieux jours d’une population toujours plus nombreuse qui en profite plus longtemps.

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3 commentaires

  1. Louis de Froissard, le

    Déçu par le ton complaisant de l’article. Vous si agressif contre les systèmes privés…… La main mise de l’état vue comme un progrès, on aura tout vu !

    Vous le savez, ce système engraisse les groupes de prévoyance et les syndicats patronaux et salariés. Trop dur à dénoncer????

    Il y a un vrai souci, avec la génération du Baby-boom qui continue de piller le système français.

    Vous ne savez sans doute pas que la retraite des cadres représente 30 à 60% de leur retraite et que l’équilibre ne se fera pas qu’en une réduction de 10% des rentes… mais par une coupe claire allant jusqu’à 25% sur les retraites les plus élevées de ceux qui partiront dans 10/15 ans.

    Merci de revoir votre copie au plus tôt sous peine de perdre toute crédibilité à mes yeux et à celle de bcp de vos lecteurs.

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    • Gilles Pouzin, le

      Merci cher lecteur pour votre réaction spontanée qui montre l’utilité d’une information pluraliste pour le débat démocratique. Les problèmes de gestion des retraites sont effectivement sérieux, comme nous l’écrivons. Mais comme indiqué aussi, Deontofi.com a délibérément choisi de traiter le rapport de la Cour des comptes sous un autre angle que celui dominant les médias, justement pour vous apporter des informations peu mises en avant par nos confrères. Conformément à notre ligne éditoriale, nos articles se veulent descriptifs et analytiques, sans complaisance ni agressivité. Ceux qui souhaitent renforcer leur conviction qu’ils n’auront pas de retraite trouveront 12 300 résultats évoquant les termes « faillite Agirc Arrco » sur google.

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      • LdeFroissard, le

        Je vous remercie d’avoir publié ma réaction. Toutefois je ne dis pas qu’ils n’auront pas de retraite, mais beaucoup moins.
        Dans le Cadre du Corem, cela vous arrache les commentaires les plus durs, mais dans dans le cadre de l’AGIRC, non. Je m’interroge sur le différence de traitement.

        Ce système « paritaire » engraisse syndicats et groupes de prévoyance, là encore, vous êtes muets alors que c’est un fait que personne ne dénonce. Vous non plus.

        Le système, s’il s’agissait d’une entreprise privée, courrait a la faillite, mais heureusement cen’est pas le cas. Les excédents sont une bonne chose, mais là encore les projections sont beaucoup trop optimistes. En effet le pire taux de chômage utilisé est de 7%, et la croissance du pire des scénarios est de 1,5%. Cela fait 5 ans que nous sommes hors de ces bornes.

        L’ARRCO et l’AGIRC vont fusionner, c’est sûr, les rentes baisser également, et le rendement du point va baisser (pour les futurs retraités), car il est trop généreux actuellement. Mais la déontologie qui est votre cheval de bataille devrait s’exprimer avec plus de véhémence sur les « profiteurs du système » et ses dérives actuelles, comme vous avez su le faire sur d’autre sujets.

        A moins que votre indépendance ne soit pas totale….

        A votre disposition pour échanger en MP

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