Gagnez 9% ou même 12% en un an si l’indice boursier de référence est stable ou en hausse au bout d’un an ! La promesse est belle, mais c’est une arnaque basée sur un ersatz d’indice boursier Canada Dry, inventé par les banques pour faire perdre leur argent aux clients mal informés. Explications de Deontofi.com sur BFM Business TV.

On me propose un placement indexé sur l’évolution de la Bourse avec un gain garanti de 9% par an et remboursement du capital si l’indice EuroStoxx Decrement 5 % n’a pas baissé au bout d’un an, ou une protection garantissant le remboursement du capital au bout de dix ans si l’indice n’a pas perdu plus de 30% ou un risque de perte en capital si l’indice a baissé de plus de 30%, qu’en pensez-vous ?

La réponse de Deontofi.com

C’est un placement qui expose les épargnants à des risques de déception et des risques de pertes encore plus importants qu’ils le pensent, car il est basé sur une nouvelle génération d’indices boursiers extrêmement trompeurs qui sont ces fameux indices « decrement ».

Qu’est-ce qu’un indice « decrement » ? Découvrant cette nouvelle mode nous avons enquêté, c’est tout simplement un faux indice boursier, plus précisément une mauvaise copie d’indice boursier créée pour tromper les épargnants et leur faire perdre leurs économies.

Prenons un indice boursier classique, comme l’indice Eurostoxx des principales actions européennes. Il existe déjà deux versions de cet indice, celui qui ne tient compte que de l’évolution des cours des actions de l’Eurostoxx , et celui qui calcule la performance de cet indice en incluant les dividendes, plus proche de la réalité d’un investissement boursier et beaucoup plus rentable. Si l’on prend par exemple l’indice CAC 40 qui suit les cours de Bourse des 40 principales actions de la Bourse de Paris, il a progressé depuis sa création d’environ 430%, tandis qu’en incluant les dividendes distribués par ces 40 valeurs, l’indice CAC de « performance nette dividendes réinvestis » a progressé de plus de 960% depuis sa création fin 1987, soit plus du double des gains de l’indice CAC 40 sans les dividendes.

Depuis quelques années, la réglementation boursière oblige d’ailleurs à tenir compte de ces dividendes dans les comparaisons, car il est trop facile de dire qu’un placement en actions a eu une meilleure performance que l’indice CAC 40 si l’on ne tient pas compte des dividendes.

Le problème est que ces indices difficiles à battre par les gérants reflètent effectivement une performance beaucoup plus solide des actions, et qu’ils baissent moins sur le long terme, même en cas de krach, comme on l’a vu pour les deux versions de l’indice CAC 40. Du coup, pour fabriquer leurs recettes de sorcières, les banques ont inventé des placements indexés sur de nouveaux indices faits pour baisser : les fameux indices « decrement ». Leur fonctionnement est très simple: ce sont de pâles reflets des indices qu’ils copient auxquels on affecte un « équivalent de frais » pour réduire leur performance annuelle du montant de cette « décrémentation », par exemple 5% de malus par an pour un indice « decrement 5% ».

Le résultat est que les placements à formule basés sur des indices « decrement » sont des marchés de dupe extrêmement risqués et trompeurs. Alors que beaucoup d’épargnants croient de bonne foi qu’ils vont gagner 9% si l’indice Eurostoxx ne baisse pas, ils risquent de ne pas avoir ce gain ni le remboursement de leur capital en cas de stabilité de cet indice, tout simplement par ce que sa copie « decrement » aura baissé. Et à long terme c’est encore pire : pour qu’un indice « decrement 5% » baisse de moins de 30% au bout de dix ans, il faudrait que l’indice qu’il copie progresse d’au moins 18%.

En clair, même en cas de hausse modérée de l’indice sur dix ans, les souscripteurs des placements à promesse b basés sur la version « decrement 5% » du même indice ont un risque bien plus élevé qu’ils croient de ne jamais percevoir leur rendement de 9% et d’avoir une perte en capital de plus de 30%.

Comme la Bourse se porte bien, les marchands de ces produits n’ont aucun mal à en faire la promotion en s’appuyant sur les gains des placements vendus il y a un an: ils sont effectivement remboursés avec leur promesse de gain dès la première année, puisque la Bourse a monté suffisamment, comme on le voit dans les messages publicitaires du courtier Hedios. Malheureusement, plus la Bourse monte, plus la probabilité de perte augmente pour ceux qui achètent ce type de placements hasardeux aujourd’hui.

« Beaucoup d’épargnants se sont fait avoir par des produits financiers à formule qui leur étaient présentés comme des alternatives plus rentables que leurs placements sûrs, alors qu’ils n’étaient ni rentables ni sûrs, comme l’ont montré les préjudices causés par les fonds Bénéfic de La Poste, Ecureuil Europe et Doubl’Ô des Caisses d’épargne, ou BNP Garantie Jet 3, pour ne citer que quelques exemples » observe Maître Hélène Feron-Poloni.

Avec son associé, Maître Nicolas Lecoq-Vallon, ils ont obtenu la condamnation des banques et des assureurs à indemniser des victimes de ces miroirs aux alouettes, notamment par un arrêt de la Cour de cassation du 24 juin 2008 contre les fonds Doubl’Ô de l’Ecureuil.

Pire. La plupart du temps, lorsqu’ils sont vendus sous la forme d’EMTN luxembourgeois, c’est-à-dire des produits financiers exotiques sans garantie de remboursement, ces placements à promesses ne remplissent même pas les conditions pour être autorisés dans l’assurance vie, comme l’a jugé un arrêt de la Cour d’appel de Paris du 21 juin 2016, qui a condamné l’assureur Generali à indemniser la perte d’un assuré sur son produit Optimiz Presto 2, défendu par Maître Hélène Feron-Poloni.

Tant que la Cour de cassation n’aura pas confirmé qu’ils sont en infraction avec le Code des assurances, ces placements à formule continueront à apporter bien des déconvenues aux épargnants séduits par leurs apparences trompeuses.

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