Sixième et dernière partie de l’audience du 18 novembre 2013, devant la 5ème chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Paris qui rejuge les dérives pénales des anciens dirigeants de Vivendi, où l’on apprend les rapports privilégiés de cette société avec les enquêteurs de police. (Tout le feuilleton ici)

L'avocate générale, la présidente Mireille Filippini, et un conseiller de la Cour d'appel de Paris qui rejuge les ex-dirigeants de Vivendi. Dessin ©Yanhoc

L’avocate générale, la présidente Mireille Filippini, et un conseiller de la Cour d’appel de Paris qui rejuge les ex-dirigeants de Vivendi. Dessin ©Yanhoc

Après vingt minutes de suspension de séance, la présidente Mireille Filippini reprend ses auditions. Faites entrer le témoin, Mr Espinasse, cité par la défense de Mr Hannezo. La cour a été intriguée par les déclarations du témoin du jour dans le dossier d’instruction. « Quand on lit vos dépositions, on voit des réponses très précises sur certains points, indique la magistrate. La cour a le droit de savoir si vous aviez des informations préparées pour ces réponses. »

–         J’ai succédé à Guillaume Hannezo comme directeur administratif et financier de Vivendi Universal le 8 juillet 2002, commence Jacques Espinasse. A ce titre, j’ai eu l’honneur d’aller quatre ou cinq fois à la brigade financière. Sur les questions précises, les réponses m’étaient préparées par les services de Vivendi en fonction des questions qu’allait me poser la police, avoue le témoin comme si cette pratique n’avait rien de suspect. J’ai relu mes déclarations et il y en a une que je regrette sur le reclassement du bloc d’autocontrôle, car c’était une question générale à laquelle j’ai fait une réponse générale mais ce que je ne savais pas est que la prise ferme avait été faite à prix ferme par deux banques qui ne sont pas des enfants de cœur. Quand la brigade financière m’a posé la question, je n’ai pas tilté en réalisant que c’était à prix ferme.

La présidente de la Cour d'appel, Mireille Filippini, rejuge l'affaire Vivendi. Dessin ©Yanhoc

La présidente de la Cour d’appel, Mireille Filippini, rejuge l’affaire Vivendi. Dessin ©Yanhoc

–         Vous avez fait une réponse générale expliquant que ce type d’opération « peut avoir un impact négatif sur le cours », rappelle la présidente.

Le témoin suivant est Mr Franck Raisor (orthographe invérifiable), cité par la défense d’Edgar Bronfman. Il explique être né en janvier 1943 et vivre à Richmond, dans l’Etat de Virginie, où il écoule sa retraite après une carrière d’analyste financier « à l’ancienne Seagram » (« the old Seagram » dit-il).

–         Quel était votre job, demande la présidente ?

–         Il n’était pas défini, répond l’ex-analyste. J’avais été conseiller sur la fusion auprès du président, puis j’étais resté à Vivendi Universal après la fusion en travaillant pour Edgar Bronfman senior (le père d’Edgar Bronfma junior et fils du fondateur Sam Bronfman).

–         Quand avez-vous été contacté pour la première fois par Edgar Bronfman junior pour la cession de ses options ? interroge l’avocat de l’ex-PDG de Seagram.

–         J’ai été contacté par son comptable mi-novembre 2001, répond Franck Raisor. Il m’a dit qu’il avait eu une conversation avec Edgar Bronfman qui envisageait de vendre ses options et je devais préparer les documents pour la levée de ses options.

–         C’était votre attribution ? poursuit Maître Thierry Marembert.

–         Oui, explique l’ex-analyste. Pendant plusieurs années je m’occupais de toutes les transactions sur titres pour la société. Nous avions un accord avec Merrill Lynch pour que ce soit plus pratique pour les collaborateurs d’effectuer des levées d’options sans mise de fonds (« cashless options »). Merrill Lynch vendait directement les actions levées sur le marché, payait à la société le prix d’exercice des options, et le reste au détenteur de l’option.

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