Depuis des années, le Front national a fait de la sortie de l’euro son cheval de bataille. A l’approche de la présidentielle, Marine Le Pen relance le sujet. Cependant, cette décision aurait des conséquences dangereuses pour l’économie française ainsi que pour les investisseurs. Le retour au franc est-il possible ? Comment protéger son épargne face à une éventuelle sortie de l’euro ? – Avec: Gilles Pouzin, journaliste et fondateur de Deontofi.com. – Intégrale Placements, du mardi 28 février 2017, présenté par Vincent Touraine, sur BFM Business.

Ma question : que se passerai-t-il  en cas de sortie de la France de l’euro?
Y-a-t-il un intérêt d’avoir un contrat d’assurance vie luxembourgeois ou d’autres placements refuge, or, etc. ?
Il semble extrêmement peu probable que la France abandonne l’euro, ce qui serait une opération un peu plus compliquée qu’un Brexit, puisqu’il faudrait créer de toute pièce une nouvelle monnaie indépendante de l’euro et tout ce qui va avec, dont un nouveau système bancaire, une nouvelle banque centrale, etc.

Thème populaire, mais peut-on revenir en arrière sans machine à remonter le temps ?

Cela paraît d’autant plus improbable vu l’emprise des lobbies bancaires sur la fabrique des lois, comme on l’a vu en 2012 avec le détricotage très efficace du projet de loi de séparation bancaire, orchestré par un jeune secrétaire de l’Elysée, Emmanuel Macron, transmettant les consignes de vote aux députés pour neutraliser toute tentative de séparer les activités spéculatives des banques de leurs activités de dépôts.

Enfin ajoutons que si par extraordinaire la France parvenait à adopter une nouvelle monnaie indépendante de l’euro en quittant l’Union monétaire, on voit mal comment les débris de cette union pourraient survivre à ce revers, et on imagine difficilement que l’euro puisse résister longtemps à une dislocation complète, avec les pays du Sud d’un côté (Italie, Espagne, Portugal…), le bloc germanique de l’autre (Allemagne, Autriche, peut-être Benelux).
Mais ne soyons pas crédules, même Donald Trump n’a aucun pouvoir sur les banques, comme il l’a montré depuis son élection, puisque c’est le lobby bancaire qui lui dicte exactement les réglementations qu’il souhaite faire ou défaire, notamment comme en France pour neutraliser la loi de séparation bancaire américaine, la fameuse loi Dodd-Franck.
Côté conséquences d’un improbable abandon de l’euro par la France pour adopter une toute nouvelle monnaie, par exemple le nouveau franc, on peut aussi observer les effets d’une dévaluation dans un système de change semi-fixe semi-flottant comme cela a été le cas avec la dévaluation du franc CFA (FCFA), dévaluation de 50 % le 11 janvier 1994 par rapport au franc français et toutes les devises.
Pour répondre à la seconde partie de cette question, j’estime que les arguments de vendeurs d’assurances vie luxembourgeoises ne sont pas convaincants, et serais donc bien en peine d’énumérer le moindre intérêt d’avoir un contrat luxembourgeois.

Le discours rassurant sur la prétendue sécurité des institutions financières luxembourgeoises est totalement galvaudé, explique Gilles Pouzin dans l’émission Ecorama sur Boursorama le 21/2/2017

Le Luxembourg se livre à un marketing très efficace pour propager l’idée d’une sécurité financière de ses institutions protégeant les épargnants qui est en réalité totalement illusoire, si l’on en juge les scandales ayant discrédité le Grand Duché ces dernières années. On peut rappeler la longue litanie des inquiétudes que les épargnants peuvent légitimement avoir vis-à-vis du Luxembourg. Madoff, Clearstream, LuxLeaks. Il n’y aurait jamais eu de scandale Madoff en Europe sans les défaillances des institutions financières luxembourgeoises, le défaut de surveillance et de contrôle du dépositaire de la sicav LuxAlpha de la banque Suisse UBS qui abritait et propageait l’escroquerie de Bernard Madoff.

Raison supplémentaire de douter d’une prétendue sécurité accrue de l’assurance vie luxembourgeoise par rapport à l’assurance vie française, un directeur de compagnie d’assurance me confiait récemment que cette idée n’avait aucun sens, car les assureurs vie luxembourgeois seraient eux-mêmes réassurés par des réassureurs français, c’est-à-dire que leur solvabilité dépendrait au final de la capacité des assureurs français à les indemniser en cas de difficultés. Dit autrement, si l’assurance française se trouvait en difficulté, non seulement l’assurance vie luxembourgeoise ne serait pas le refuge qu’elle prétend être, mais elle serait même potentiellement exposée à davantage de difficultés.
Avec la Loi Sapin 2 et les nouvelles possibilités de blocage partiel de l’assurance vie, certains ont surfé sur cet argument pour relancer l’intérêt douteux de l’assurance vie luxembourgeoise, mais cet argument ne tient pas la route dès lors que leur capacité à affronter un choc est elle-même totalement subordonnée à la bonne santé des réassureurs français.
Ensuite les agitateurs de catastrophes utilisent souvent cette diversion pour endormir la vigilance de leurs victimes. Or ? Diamants ? On a vu qu’il y avait plus de risques de pertes et de déceptions, voire d’escroquerie, que d’une illusoire protection, ce ne sont pas des placements refuge. Lire ici : L’or est-il un bon placement refuge en temps de crise ?
On l’a vu avec l’affaire Auraria, les officines promettant la sécurité rassurante de prétendus coffres-forts dans des zones franches en Suisse ne sont absolument pas sûres. On vous promet que votre or bénéficie des meilleures protections du monde, et du jour au lendemain l’épicier qui vous a vendu des pièces et lingots disparaît avec votre or.
Pourquoi pas des lettres et manuscrits comme les fameux placements bidon d’Aristophil ou autres arnaques en tout genre ? D’autres façons de se protéger, mais contre quoi et à quel coût ? Avec quel risque si la catastrophe n’a pas lieu ?
Ne soyons pas crédules, il y a toute les chances de perdre son argent ou de se faire escroquer en écoutant des conseils pour se protéger d’une très improbable sortie de l’euro, comme on l’a dit
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