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Mots-clés de l'article : Marie Jeanne Pasquette
Marie-Jeanne connaissait les entreprises en tant que journaliste, puis au cœur du système, avant de reprendre la plume pour en révéler les dérives.

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès, hier matin 19 mars 2020, de notre consœur et collègue Marie-Jeanne Pasquette.

Journaliste chevronnée, Marie-Jeanne était une experte respectée qui portait un regard acéré, et surtout très bien renseigné, sur la gouvernance des sociétés cotées en Bourse et le traitement de leurs actionnaires minoritaires. De par sa formation et son expérience, elle avait acquis une connaissance fine et étendue des états-majors du CAC 40, dont elle n’hésitait pas à critiquer ouvertement les travers. Marie-Jeanne avait étudié le contrôle de gestion à l’Ecole supérieure de commerce de Dijon, rebaptisée Burgundy School of Business, précieux bagage pour disséquer les comptes des entreprises, mais aussi vivier d’un groupe d’amis dont beaucoup avaient fait carrière, et qui se réunissaient encore régulièrement pour échanger leurs vues sur le monde des affaires.

Son carnet d’adresse s’était étoffé grâce à une double carrière de journaliste et dans les hautes sphères des sociétés cotées, car Marie-Jeanne avait cet avantage d’avoir côtoyé « les deux côtés » de l’entreprise, en tant qu’observatrice, puis au cœur du système, avant de reprendre la plume pour en révéler les dérives.

Après ses débuts comme journaliste au magazine Fortune France (1988-90), et surtout à l’Agefi (1990-1994), où elle suivait le secteur bancaire, Marie-Jeanne était partie « dans le privé », d’abord en tant que directrice de la communication des AGF, aux côtés de son président Antoine Jeancourt-Galignani, lors de leur privatisation (1994-1996), puis chez Suez-Lyonnaise, dont elle avait participé à la fusion en tant que responsable des relations presse (1996-1999).

Forte de cette expérience, Marie-Jeanne était revenue dans la presse depuis vingt ans. Après un passage à Investir (1999-2005) et à La Vie Financière (2005-2009), Marie-Jeanne avait passé un an aux Echos avant de devenir rédactrice en chef de La Lettre de L’Expansion (2011-2014), publication où elle enchaînait les révélations confidentielles.

Elle voulait se sentir plus libre d’écrire ce qu’elle savait, et qu’il est parfois difficile de publier dans les médias soumis à la pression de la publicité et des actionnaires influents.

Colette Neuville et Marie-Jeanne Pasquette, deux égéries des actionnaires minoritaires (ici en 2015)

Après son départ de La Lettre de L’Expansion, Marie-Jeanne avait été un des premiers soutien de Deontofi.com, dont elle appréciait le positionnement pédagogique et la liberté de ton. Malgré notre manque de moyens, Marie-Jeanne m’avait proposé d’écrire bénévolement pour le site de la déontologie financière et nous avions fait équipe, partageant des bureaux ensemble depuis 2015. Son scoop sur la retraite dorée du patron de Peugeot (Retraites chapeau : le tour de passe-passe de Philippe Varin) avait déclenché une tempête médiatique, reprise par tous les grands médias le lendemain, du Figaro à TF1 en passant par RTL. Le tollé avait été tel que le gouvernement était intervenu, non sans cafouillage, pour critiquer les retraites chapeau (Chapeau ! Tempête au sommet de l’État autour d’un scoop sur Deontofi.com).

Par la suite, Marie-Jeanne avait créé son propre média, le site Minoritaires.com, dédié aux actionnaires minoritaires dont elle était devenue une égérie, partageant notamment de nombreux sujets d’entente, mais aussi quelques débats, avec Colette Neuville, autre égérie célèbre des petits actionnaires.

Là encore, ses révélations sonnaient comme des coups d’éclat. Son enquête sur les fuites d’initiés lors de l’affaire Kerviel lui avait valu un procès en diffamation de la Société générale et son ex-président Daniel Bouton, que ces derniers avaient perdu, confirmant la pertinence de son scoop, repris d’ailleurs par Mediapart et les Inrockuptibles, également innocentés lors de ce procès l’an dernier. (lire http://www.minoritaires.com/daniel-bouton-et-societe-generale-ont-perdu-leur-combat-judiciaire-contre-minoritaires-com/)

Marie-Jeanne aimait aussi voyager en Italie dont elle parlait couramment la langue.

Toujours curieuse et à l’écoute des autres, Marie-Jeanne était aussi attentive à la transmission de son enthousiasme, notamment pendant deux ans auprès des étudiants de La Sorbonne en Master de Communication et information économique et financière (CIEF). Nous évoquions souvent ces sujets en sortant déjeuner, mais aussi toutes les dimensions de nos vies, car Marie-Jeanne était devenue une bonne amie. Début janvier encore, elle parlait de l’avenir et paraissait plutôt en forme. Mais la maladie guettait. Quelques jours plus tard, nous devions fêter la nouvelle année autour d’une rituelle galette, mais Marie-Jeanne était hospitalisée pour des examens. En deux mois, une terrible maladie au nom imprononçable (la cryoglobulinémie) a fauché Marie-Jeanne Pasquette dans la force de l’âge, à 63 ans.

Nos pensées vont à sa famille, son compagnon et son fils. La crémation aura lieu mercredi prochain mais, compte tenu de la crise sanitaire, une cérémonie en mémoire de notre amie et consœur sera organisée ultérieurement. Que Marie-Jeanne repose en paix.

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