Faut-il miser sur l’or pour protéger son épargne ? La question revient régulièrement à chaque crise. La réponse mérite réflexion.

« Dans le contexte actuel très anxiogène et alors que les actions subissent une forte correction, certains investisseurs cherchent à protéger leur épargne en ayant recours aux actifs dits « refuges », note Benjamin Louvet, Gérant Matières Premières chez OFI AM.

Attention cependant, car l’or n’est pas un placement de tout repos et son cours peut aussi baisser.

Comme en 2008, dans la première phase de baisse des actions, l’or a baissé. A cette époque, sur le mois d’octobre 2008, les cours du métal jaune avaient perdu plus de 18% sur les marchés à terme. Mais le cours de l’or s’était ensuite redressé, avec une hausse de près de 30% entre fin octobre et fin janvier 2009. Au final, sur l’année 2008, l’or avait gagné plus de 10%.

Cette fois-ci, l’once d’or a commencé par vaciller au début de la crise. Alors qu’elle cotait 1678$ le 9 mars, l’once est tombée à 1482$ le 18 mars, soit une chute de 11,7% en dix jours. Les traders expliquent cette contre-performance comme un dégât collatéral de la chute boursière, des investisseurs ayant dû céder leurs positions sur l’or pour faire face à des demandes de couverture sur leurs actions perdantes. Mais l’once est rapidement remontée par la suite, jusqu’à 1754$ l’once mi-avril. Son plus haut depuis 2012. Mais pas encore retrouvé son record de 1905$ atteint le 5 septembre 2011.

Pièces et lingots cotent aujourd’hui avec une prime par rapport au prix de l’or, ce qui est le cas en période de forte demande. Le cours du lingot a commencé par reculer de 50 000 euros à 45 000 euros le kilo, avant de se redresser, à 54 500 euros le 16 avril.

Plusieurs raffineurs d’or suisse ont annoncé leur fermeture dès le 22 mars. Dans un tel contexte, les primes sur l’or physique pourraient continuer d’augmenter. Avec la mise en place du confinement, CPoR Devises a suspendu la cotation du Napoléon en France pour la première fois depuis la création de ce marché. «Nous rencontrons des difficultés d’approvisionnement en napoléons qui nous empêchent de servir la forte demande des particuliers, explique François de Lassus, consultant chez CPoR Devises. La cotation a repris deux semaines plus tard, début avril.

Trois grandes banques ont augmenté leurs prévisions de cours sur le métal jaune fin mars. Goldman Sachs s’attend à voir les cours grimper à 1800$ l’once d’ici mars 2021, tandis que Citi et Deutsche Bank évoquent la possibilité que l’or flambe jusqu’à 2000$ l’once dans les d’ici septembre 2021 à mars 2022. Selon leurs recherches, l’or a généralement profité des dernières crises. Statistiquement, à la suite de mouvement de baisse de taux surprise par la réserve fédérale américaine, l’or s’est ainsi apprécié de 26,1% en moyenne dans les 2 ans qui ont suivi, ce qui permettrait au métal précieux de retrouver le niveau de 1900$ l’once qu’il avait atteint pour la première fois il y a près de neuf ans.

En terme de valorisation, l’or est un actif de diversification qui peut jouer un rôle de valeur refuge dans certaines situations de crise. Mais attention car il ne s’agit pas d’un placement sans risque. Sa valeur est très fluctuante et peur aussi subir des pertes rapides, comme on l’a vu à plusieurs reprises. En outre, l’or n’est pas aussi facilement monayable qu’autrefois. Dans le passé, l’or était apprécié comme réserve de valeur car on pouvait s’en servir comme monnaie en dernier recours. Mais comme on l’a vu avec le confinement, détenir de l’or ne permet pas de faire face aux factures et de payer ses courses, car il est devenu quasiment impossible à vendre avec la fermeture des boutiques de rachat de métal.

L’or est un actif de diversification plus qu’un réel placement refuge.

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