Une récente étude du CSA pour l’AMF montre la difficulté à comprendre les informations sur les frais et leur impact sur les placements. (photo © GPouzin)

Savez-vous quel est l’impact des frais sur la performance de vos placements ? Peu de particuliers, et même de professionnels, sont en mesure de répondre facilement à cette question. Pour le savoir, il faut d’abord avoir une certaine connaissance générale du type de frais prélevés sur les différents placements. Puis savoir où trouver les informations précises concernant les frais des produits que l’on possède.

Afin de mieux appréhender la compréhension des frais et de leur impact sur la performances de leurs économies, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a fait réaliser une étude par l’institut CSA auprès d’un échantillon d’épargnants.

Cette étude a été réalisée entre le 24 et le 28 mars 2020, auprès de 5 femmes et 11 hommes, âgés de 30 à 65 ans. Tous ont entre 15 000€ et 200 000€ d’épargne et possèdent a minima 2 types de placements : au moins un PEA/Compte-titres, ou un contrat d’assurance vie en unités de compte (UC) ou un PEE. 50% sont détenteurs d’actions ; 50% détenteurs de fonds collectifs (FCP, Sicav, SCPI, OPCI, FCPI, FIP…).

Tous savent que des frais sont associés à leurs placements en fonds et en actions, révèle cette étude. Et avec un peu d’assistance, tous se montrent plutôt familiers avec les notions de frais d’entrée (et éventuellement frais de sortie), droits de garde, frais de gestion et certains frais liés aux opérations, en plus mineur.

En outre, même s’ils ne sont pas capables de restituer les modalités précises de calcul des frais, ils savent en estimer le principe. Par exemple le fait que les frais soient variables d’un organisme bancaire à un autre ou par rapport aux courtiers, qu’ils soient proportionnés au montant des investissements (en %), voire pour certains négociables. Plusieurs mentionnent les récapitulatifs de frais transmis annuellement par les banques.

Au-delà de ce constat, le CSA observe que deux types de profils se distinguent, entre les épargnants plutôt initiés, et les novices.

Concernant les plus initiés, ils sont souvent détenteurs d’actions en plus des fonds d’investissement. Ils s’avèrent plus dynamiques dans leur profil d’investisseur, et plus connaisseurs des subtilités sur les frais.  Certains citent par exemple les commissions de surperformance et sont plus loquaces sur le sujet. Dans l’ensemble ils sont plus proactifs dans leurs recherches d’information lors de la souscription. Au moins un d’entre eux cite par exemple le DIC ou le document clé d’information aux investisseurs (DICI) comme source d’information.

Du côté des novices, il s’agit souvent d’épargnants ayant une culture financière moins développée et qui délèguent volontiers la gestion de leur épargne. Souvent détenteurs de fonds, notamment au sein d’une assurance vie en UC ou d’un PEE, ils sont plus passifs et délégataires dans la gestion de leurs investissements. Ils avouent pour certains ne pas vraiment s’intéresser au sujet. Ce manque d’intérêt contribue à leur faire oublier rapidement les informations liées à leurs placements après le avoir souscrits.

Résultat, les novices sont mal informés, malgré tous les documents obligatoires qui doivent leur être fournis avant la souscription de chaque produit. « Je ne les lis quasiment jamais, avoue l’un d’entre eux. L’information est compliquée à comprendre et à trouver. » En toute logique, ils ont une très mauvaise connaissance des frais et de leur impact. « La nature des frais est très obscure, observe l’un d’eux. Je ne sais pas grand chose, je les découvre lorsque je récupère ou que je pioche dans ces fonds »

« Dès lors, deux visions des frais qui coexistent… entre légère brume et épais brouillard », note l’étude du CSA.

Dans le cas des « initiés », malgré une lecture attentive, « sans pouvoir parfois, in fine, trouver très précisément l’information recherchée (par exemple le coût précis d’un ordre, les frais nets et bruts…), avec bien souvent un accompagnement minimal de la part du conseiller », note l’étude.

L’information accessible est claire « lorsque l’on s’y penche », mais non aisée à obtenir et à projeter pour ses propres placements.

Pour les novices, c’est l’aveu d’une information plus enfouie, parfois tout simplement non abordée lors de la souscription. Bien souvent, ils n’y ont tout simplement pas pensé et le conseiller n’en a pas parlé. L’information est « jugée très complexe, technique, voire jargonneuse ». C’est un euphémisme.

Concernant les actions, un « novice » déclare : « C’est un peu difficile de comprendre l’information, elle est un peu relative et noyée dans des termes dont la sémantique est propre au gens de la finance, de plus il semble falloir faire des calculs et ajouter divers pourcentages selon le nombre d’opérations, le type d’opération, … c’est décourageant »

Parmi les plus « initiés », la transparence des banques et courtiers en ligne est bien accueillie, même si le sujet demeure ardu. « Il me semble qu’elle a gagné en transparence dans les nouveaux établissements en ligne, déclare un épargnant, mais globalement il paraît compliqué de savoir précisément combien coûterait un ordre et la garde d’actions par établissement. »

D’autres avouent leur perplexité quant à la qualité de l’information.

« Je pense que toute l’information est disponible, il faut prendre le temps de consulter la documentation », admet un épargnant avec malice. « En général ils ne communiquent pas trop dessus, il faut aller voir les documents en détail, signale un autr. Ils parlent de performances brutes et pas nettes… » Vous avez dit pas nettes ?

Les novices sont encore plus lucides sur la difficulté de la tâche. « C’est un peu difficile de comprendre l’information, elle est un peu relative et noyée dans des termes dont la sémantique est propre au gens de la finance, de plus il semble falloir faire des calculs et ajouter divers pourcentages selon le nombre d’opérations, le type d’opération, … c’est décourageant ».

Un obstacle qui peut rendre fataliste : « je ne sais pratiquement rien du sujet, c’est ma conseillère qui gère et qui m’informe, hormis le récapitulatif annuel, je ne regarde pas », confie un autre.

Après cette étape de découverte sur ce que les épargnants comprennent des informations à leur disposition concernant les frais des placements, deux constats se profilent.

D’abord, on estime que les banques ne font guère d’effort pour informer les clients de ce qu’elles leur prennent. « Je pense que les banques font exprès de nous embrouiller avec des termes compliqués qui nous découragent de lire jusqu’au bout », explique un épargnant.

« L’accompagnement des banques c’est …100% pour acheter 0% pour ce qui est explications », résume un autre. Quelques participants notent cependant des progrès, ou sont très satisfaits de leur conseiller.

Sans surprise « Aucun répondant n’est clairement en mesure de se prononcer sur l’impact réel des frais sur le rendement de leurs placements ».

Au mieux certains indiquent un pourcentage pour leurs frais d’entrée : « 3% environ, pas d’impact direct sur le rendement en soit, mais un biais au début », estime l’un des participants.

Mais bien souvent les investisseurs avouent ne pas connaitre cette information : « Je n’ai pas d’idée chiffrée mais cela doit bien impacter le rendement. »

Quel impact ? À la marge, certains l’évoquent, mais avec peu de précisions : « Vaguement, il représente un poids relativement important dans le rendement. Il faut toujours calculer la différence et prendre en compte la valeur sur le marché actuel ».

La jungle des tarifs bancaires

Quand on leur présente deux brochures tarifaires de banques, les participants à l’étude sont capables de trouver les informations concernant les tarifs, mais pas toujours de les déchiffrer.

Tous sont parvenus à trouver la partie relative aux frais dans les deux documents, notamment grâce au sommaire et aux intitulés de rubrique clairs.

Tous ont une compréhension globale correcte d’un premier niveau d’information.

• On y trouve les frais liés aux placements en actions et en fonds

  • • Ces frais s’expriment en pourcentage du montant investi / d’encours
  • • Sont variables selon la nature des investissements, les modalités de gestion
  • • Seule une très petite minorité est rebutée d’entrée.

Les plus expérimentés arrivent à peu près à s’y retrouver. Même si « demeurent néanmoins, quelques imprécisions / point de flottement pour certains », note le CSA.

Cela concerne les frais de gestion directs vs indirects, le fait que la banque peut percevoir une partie des frais de gestion (non limpide pour tous). Surtout, l’absence de simulation et donc pour eux la difficulté à calculer le coût des frais relatif à un investissement précis.

« Il y a beaucoup de détails… Je m’y perds un peu, déclare un participant. Et les frais de gestion « : nous consulter »…ça complique pas mal pour se faire une idée… », poursuit-il non sans humour.

Quant aux plus novices, malgré un bon accueil des brochures tarifaires, ils sont vite perdus.

Le CSA note «  des erreurs de compréhension très fréquentes et des interrogations ». Cette perplexité porte notamment sur la dégressivité des frais. « En fonction de quoi ? ». Sur Euronext « de quoi s’agit-il ? ». Sur la rémunération des banques en apport d’affaire, les rétrocessions étant non comprises le plus souvent, sur les OPC « confrères », ou sur ce qu’est une action nominative.

Le langage des brochures tarifaires est jugé « Beaucoup trop technique pour un amateur, il faudrait être plus clair dans le discours avec un langage moins technique », selon un participant. « Pas clair du tout ! », résume un autre.

Pour y remédier, ils attendent souvent un glossaire de termes techniques, voire une simplification et homogénéisation de ces derniers. Et surtout une aide pour projeter les frais sur leurs placements (par ex. scenarii, simulateurs).

Il est vrai que ces brochures peuvent donner à certains « Une impression d’avoir des frais, des frais, des commissions, des frais et encore des commissions. »

Pour en savoir plus, lisez l’étude complète ici.

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