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Parmi les nombreux outils utilisés par les experts financiers pour appréhender les tendances des marchés, l’indice Greed & Fear (Cupidité/Peur) vise à évaluer la tendance euphorique (Greed, cupidité) ou déprimée (Fear, peur) des investisseurs, qui est souvent un indicateur utile des retournements de sentiment de marché. Un marché baissier déprimé a plus de chances de rebondir en cas de bonnes surprises (le pire n’est jamais sûr), tandis qu’un marché haussier euphorique a plus de risques de décevoir, si les attentes optimistes des investisseurs sont déçues par une réalité moins extraordinaire qu’espéré. Il existe de multiples variantes et batteries d’indicateurs combinables pour appréhender le relatif optimisme/pessimisme des marchés. Nous suivons depuis longtemps celui de CNN pour sa clarté et accessibilité.

Optimisme obstiné méprisant les faits inquiétants

Comme on l’a déjà évoqué dans cette chronique pratique patrimoniale, la sensibilité des marchés dépend beaucoup de leur calage ou décalage de vision au regard des tendances à l’oeuvre mesurables factuellement. La clé des tendances boursières est moins de savoir si l’horizon est bouché ou porteur, que d’évaluer le décalage de confiance ou de défiance des investisseurs par rapport aux conséquences économiques et financières raisonnablement extrapolables des faits actuels. En résumé, il s’agit d’appréhender l’humeur trop optimiste ou pessimiste des investisseurs.

Inflation, crises énergétiques et climatiques, dislocation de la mondialisation, tensions sur l’endettement galopant dans un contexte de refinancement renchéri, les nuages à l’horizon ne manquent pas. Pourtant, la résilience des marchés et les successions de records des indices boursiers alimentent l’optimisme béat des investisseurs, remonté à des niveaux inquiétants de cupidité, indiquant qu’ils sont prêts à prendre plus de risques au mépris des risques qu’ils ne prennent pas au sérieux.

Au-dessus de 50 (à 58 les 24, 25, 26/8/2026), l’indice synthétique de « fear and greed » (peur et cupidité) calculé par CNN indique un niveau de confiance élevé des investisseurs, observé dans les périodes les plus euphoriques depuis le début de l’année. Or, cette euphorie peut accélérer les déconvenues et retournement du marché en cas de chocs de « mauvaises surprises » ou déconvenues douchant les espoirs naïfs. Voyons les composantes de cet indicateur du sentiment de marché.

Les 7 composantes de l’indicateur Cupidité/Peur (Greed & Fear index):

1/ l’évolution récente de l’indice S&P 500 par rapport à sa moyenne mobile à 125 jours (market momentum). Après un nouveau record à 7800 points le 13 août, le ralentissement de fin de mois semble exprimer plus de prudence à court terme.

2/ l’amplitude des marées montantes (stock price strength), mesurée par le nombre d’actions au plus haut sur 1 an rapporté à celles au plus bas sur 1 an. On a compté mi-février jusqu’à 6,5% de titres du NYSE (New York Stock Exchange, temple de Wall Street) au plus haut sur 1 an, pour 100 titres au plus bas, ce qui reflétait un niveau d’optimisme « cupide », mais on n’en compte plus que que 0,4% le 24/8/26, indiquant davantage de prudence des investisseurs après les records de l’année.

3/ la dispersion/concentration des gains/pertes (stock price breadth), vise à mesurer les vents dominants sur les marchés entre hausses et baisses. CNN utilise l’indice « McClellan Volume Summation Index », qui additionne les volumes d’actions échangées au NYSE en hausse et soustrait les volumes d’actions échangés en baisse. Les volumes d’actions en hausse demeurant bien supérieurs aux volumes d’actions en baisse, cela indique un certain optimisme (Greed).

4/ le ratio put/call. Quand les investisseurs achètent plus d’options de vente (pour protéger leurs investissements en cas de baisse), que d’options d’achat (pour spéculer sur la hausse) cela indique un pessimisme élevé (Fear), avec un ratio supérieur à 1 (put/call). Actuellement, les investisseurs achètent 30% de moins d’options de vente que d’options d’achat (ratio put/call = 0.69) indiquant plutôt leur optimisme (Greed).

5/ la volatilité. L’indice VIX est quasiment retombé dans ses plus bas, en-dessous de 17%, ce qui reflète une certaine sérénité des investisseurs. L’indicateur est classé par CNN comme « neutre » à ce niveau.

6/ la demande de valeurs refuge (safe haven demand), est mesurée par l’écart de performances entre les actions et les bons du Trésor étasuniens sur les 20 dernières séances (4 semaines). Quand les actions rapportent plus que les bons du Trésor, on estime que les marchés sont optimistes, voire « cupides », car les investisseurs privilégient ces investissements plus risqués. A l’inverse, si les investisseurs se mettent à acheter des obligations du Trésor US au point que leur performance dépasse celle des actions, c’est un signe de prudence des investisseurs, voire de défiance vis-à-vis des actions (Fear).

Mais attention aux interprétations de ces comparaisons « actions vs obligations » ! Fin mars, par exemple, quand cet indicateur était au plus bas, à -6% le 30/3/2026, il indiquait bien un niveau de peur élevé sur les marchés : d’un côté les actions avaient baissé sur 4 semaines, de l’autre les obligations avaient effectivement joué leur rôle de « valeur refuge ». Inversement fin avril, quand les actions affichaient une surperformance de 13,1% par rapport aux emprunts d’Etat US sur 4 semaines (le 27/4/26), cela illustrait le rebond ayant porté les actions à de nouveaux records, et donc bien une situation de « cupidité » (Greed).

Maintenant, l’explication de la surperformance des actions contre les obligations, fin août, est très différente. Elle s’explique surtout par la défiance envers les emprunts d’Etat, dont le cours baisse et les taux grimpent alors que la dette publique américaine explose, dans un contexte incontrôlé où des pantins politisés ont pris les manettes du système monétaire dollar. De quoi faire flipper les investisseurs plus que les rassurer. Si cet indicateur semble pointer un biais d’optimisme pour la Bourse, je crains qu’il révèle surtout une peur montante sur les obligations.

7/ la demande de junk bonds, est mesurée par l’évolution du spread (écart de taux) entre les obligations les plus risquées (junk bonds d’emprunteurs moins solvables) et les emprunts les plus sûrs (emprunts d’Etat ou Investment Grade, la notice de CNN est imprécise). Avec un écart de taux ayant atteint son plus bas depuis longtemps, à 1,20% le 17/8/26 (plus bas que mi-janvier quand il nous inquiétait déjà), cet indicateur est en zone d’extrême cupidité (Extreme Greed).

En fait, une partie du resserrement de ce spread est due à la mauvaise tenue des emprunts d’Etat, dont les taux augmentent alors que les investisseurs se plaisent à croire que les géants privés de l’endettement seraient des giga-multinationales à la solvabilité plus sûre et durable que celle des Etats… C’est un peu comme si les investisseurs augmentaient leur prise de risque (acceptant un moindre écart de taux pour une plus forte probabilité de défaut) sans s’en rendre vraiment compte. Car ce ne sont pas les taux des emprunts moins solvables qui baissent, mais ceux des emprunts d’Etat qui montent. Comme en janvier, je continue personnellement de croire que les experts commettent une erreur de jugement en faisant comme si les emprunteurs privés (et leurs créanciers investisseurs) vivaient dans un monde financier immunisé des questions de taux et de solvabilité des autres acteurs économiques.

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