L’assurance-vie est le placement préféré des Français. Toutefois, son profil fiscal va changer avec l’arrivée du prélèvement forfaitaire unique à 30%. Ce type d’épargne sera-t-il toujours autant attractif ? Ouvrir un contrat d’assurance-vie avant fin 2018 est-il une bonne idée ? Quid de la fiscalité ? – Les réponses de: Gilles Pouzin, journaliste et fondateur de Deontofi.com, dans l’émission Intégrale Placements du mardi 24 octobre 2017, présenté par Guillaume Sommerer, sur BFM Business. (retrouvez la vidéo dans notre rubrique Déontofi TV)

Plus de 15 millions de Français possèdent au moins un contrat d’assurance-vie, soit un foyer sur trois. Pourtant, elle reste un placement mal connu des épargnants. Certains la confondent avec ­l’assurance-décès, très différente. L’assurance-décès verse une indemnité en cas de décès, mais les cotisations sont à fonds perdu. L’assurance-vie, au contraire, est un placement confié à une compagnie d’assurances auprès de laquelle le souscripteur peut récupérer son argent tant qu’il est vivant, et dont l’assureur transmet le capital restant aux bénéficiaires désignés, au décès du souscripteur, sans passer par le chemin classique de l’héritage. C’est ce double avantage qui a fait le succès de l’assurance-vie. A entendre les débats sur la réforme fiscale, certains pensent que l’assurance-vie est réservée aux plus fortunés pour échapper aux droits de succession. Or, l’assurance-vie est plutôt utilisée par M. Tout-le-Monde comme un placement à tout faire. Pour 27 % des souscripteurs, le principal objectif est la constitution d’un complément de retraite, devant la transmission d’un capital (16 %) et l’épargne sans projet précis ou de précaution (14 %), selon la Fédération française de l’assurance (FFA).

Qui est visé par la réforme fiscale ?

La création du prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% inquiétait les détenteurs d’assurance vie. Le candidat Macron les avait rassurés: « nous maintiendrons les grands principes de l’assurance vie, produit aujourd’hui détenu par 1 ménage sur 3 », annonçait son programme, en insistant sur trois points :  « 1/ Les avantages liés aux successions seront maintenus, y compris les abattements de 30 500 € ou 152 500 € selon l’âge de versement des primes. 2/ Les revenus (déjà accumulés ou futurs) des versements déjà effectués ne seront pas concernés par la réforme : le prélèvement forfaitaire libératoire de 7,5% au bout de 8 ans et l’abattement de 4 600 € (9 200 € pour les couples) seront maintenus pour ces revenus. 3/ Les revenus perçus sur les sommes versées après la réforme et qui contribuent au développement de l’économie ne seront pas non plus concernés, sauf pour les encours supérieurs à 150 000 euros ».

Cette promesse ayant été tenue, la plupart des assurés échapperont à la taxe de 30% sur les gains de leur assurance vie. En effet, l’encours moyen en assurance vie dépasse à peine 100 000 euros par souscripteur, et une majorité a deux fois moins. Plus de la moitié déclare un patrimoine financier inférieur à 45 000 euros, tous placements confondus (y compris leur Livret A), selon l’enquête de la FFA. Et pour ceux qui ont déjà plus de 150 000 euros en assurance vie, ils ne seront concernés par la taxe de 30% qu’en cas de versement après la réforme, pour la partie de leurs contrats dépassant ce seuil.

Aucun placement financier n’a connu autant de succès que l’assurance vie. Depuis plus de quarante ans, le nombre de souscripteurs et les capitaux placés en assurance vie ont progressé de façon spectaculaire. L’épargne des Français en assurance vie atteint 102 milliards de francs (15,6 milliards d’euros) en 1981, puis 250 milliards (38 milliards d’euros) en 1985. Le cap des 1 000 milliards de francs (152,4 milliards d’euros) est atteint courant 1991, puis celui des 1000 milliards d’euros en 2006, et près de 1700 milliards aujourd’hui. Fois cent en trente-cinq ans !

Ce succès a un revers, car il repose sur la baisse des taux d’intérêt qui a paradoxalement dopé les rendements. L’argent placé en assurance vie est essentiellement investi en obligations, notamment en emprunts d’Etat. En 1981, leur taux grimpe jusqu’à 16% avec le choc pétrolier. Puis, ils redescendent autour de 10% jusqu’en 1990, et presque chaque année ensuite (sauf 1994). Grâce aux emprunts acquis avec des taux élevés les années précédentes, les contrats affichent des rendements supérieurs à celui des emprunts d’Etat du moment, attirant toujours plus de versements. Le rendement moyen de l’assurance vie était de 9,4% pour 1985, et plus de 12% pour les contrats vedette (Afer, Asac-Fapes, Agipi, Gaipare, MACSF…) alors que le taux des emprunts d’Etat descendait à moins de 8% en 1986.

Mais l’afflux d’épargne en assurance vie, conjugué à la baisse des taux des obligations, refroidit les rendements futurs, comme si l’on déversait des seaux d’eau froide dans un bain chaud. En 1985, la baignoire contient 38 milliards d’euros, investis en obligations à plus de 10%. Chaque année, les épargnants y déversent des milliards alors que la température des taux obligataires diminue : plus de 2000 milliards d’euros sont versés sur les fonds en euros de l’assurance vie, hors retraits, entre 1993 et 2016, quand le taux des emprunts d’Etat baisse de 8% début 1993 à 5% au tournant du millénaire, 4% en 2008, 3% en 2012, 2% en 2014, et moins de 1% depuis près de trois ans. Plus la baignoire se remplit, plus la température de l’assurance pâtit de la baisse des taux.

 

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