Par Marie-Jeanne Pasquette. Chacun de nous prête de l’argent aux banques, rien qu’en déposant ses revenus ou son salaire sur un compte courant, ce qui est obligatoire en cas de paiement par chèque ou virement. De ce point de vue, les tests de solidité (stress tests) publiés le 26 octobre 2014 par la Banque centrale européenne (BCE) sont destinés à nous rassurer et à rétablir la confiance dans le système bancaire. Ils doivent aussi prouver que les banques européennes sont assez solides pour continuer à soutenir l’économie. Explications.

Le 2 octobre dernier, le président de la BCE , Mario Draghi, rappelait l'importance de ces stress tests, réalisés en vue de rétablir la confiance et  de surmonter  les contraintes qui pèsent sur l'offre de crédit dans l'Union Européenne.

Le 2 octobre dernier, le président de la BCE , Mario Draghi, rappelait l’importance de ces stress tests, réalisés en vue de rétablir la confiance et de surmonter les contraintes qui pèsent sur l’offre de crédit dans l’Union Européenne.

On ne le rappellera jamais assez : les premiers créanciers des banques sont leurs clients. En France, le montant des dépôts « prêtés » par les épargnants (particuliers ou personnes morales) à leurs banques s’élève ainsi à la modique somme de 1650 milliards d’euros. Un pécule que l’on n’a pas du tout envie de voir partir en fumée! Il existe bien la garantie des dépôts – jusqu’à 100 000 euros par personne et par banque (pour les particuliers), mais les fonds mis de côté pour indemniser les déposants en cas de crise généralisée, sont en réalité très insuffisants pour combler l’éventuel défaillance d’une banque à réseau. C’est donc au contribuable que l’on fera payer la note en cas de nouvelle crise.

Personne ne veut en arriver là. Et pour l’heure, les « crash tests » bancaires menés par la Banque centrale européenne ( BCE) sont plutôt porteurs d’une bonne nouvelle. En France, toutes les banques de guichet ont réussi le test qui consiste à établir si les bilans résisteront à une prochaine crise. Même chose pour les établissements qui proposent des comptes rémunérés (ING ou encore la Banque PSA…), en théorie, ils sont solides. Certes, Axa Bank Europe a raté son test de résistance et a déjà corrigé le tir mais inutile de s’inquiéter: Axa Banque qui ouvre des comptes en France n’est pas une filiale d’Axa Bank Europe mais une sœur de celle-ci. Elle dépend directement de l’assureur Axa.

Quelles pertes en cas de crise ? Des nuances entre les banques françaises

A la loupe, on distingue quelques nuances entre établissements. A la sortie des stress tests, le groupe Crédit Agricole est la banque qui s’en sort le mieux grâce à ses caisses régionales : il pourrait perdre 28 milliards d’euros après les trois ans de crise simulée, sans que la solidité du groupe n’inquiète les autorités de contrôle, c’est ce que nous disent les tests.

Les banques BNP Paribas et Société Générale afficheraient quant à elles respectivement 32 milliards d’euros et 19 milliards d’euros de pertes et dépréciations de toutes sortes fin 2016. Ce n’est pas rien mais, encore une fois, ceci devrait se passer sans déroger aux règles de solidité (les fameux ratios de fonds propres) c’est en tout cas ce que résument les tableaux de la BCE. Quant au groupe Banque Populaires-Caisses d’Epargne, il perdrait 17 milliards et afficherait des ratios un peu moins bons que ses trois concurrents mais toujours rien d’inquiétant pour l’autorité de contrôle. Enfin, le groupe Crédit Mutuel, plus petit reste aussi et de loin le plus costaud en terme de ratio, malgré une perte estimée à 9 milliards d’euros d’ici 2016, en cas de déconfiture

Bien sûr, il y a toujours ceux qui diront que les critères qui ont permis à la BCE de simuler trois ans de crise, ne sont peut-être pas assez sévères, ou que les calculs sous-estiment les risques. C’est une remarque qui revient régulièrement chez les analystes financiers de Wall Street.

Le scénario de base qui laisserait tout de même une ardoise de 105 milliards d’euros à nos cinq grandes banques de dépôt, mérite toutefois qu’on lui accorde une certaine crédibilité. Tous les risques ne sont pas éliminés mais on peut penser que les coussins de sécurité sont là avec des fonds propres bancaires qui ont souvent triplés depuis 2007. Reste une question à laquelle la BCE n’a pas répondu : quel serait l’impact sur nos banques de détail françaises d’une déconfiture des établissements – il en reste 13 – qui ont échoué aux stress tests et dont fait partie la banque franco-belge Dexia ? Une question à 60 milliards d’euros.

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6 commentaires

  1. Alexander Kopriwa, le

    Monsieur Pasquette,

    Vous avez- parfaitement raison de vous méfier de la complexité et de l’obfuscation systémique par la noyade d’informations. Faite exprès par les politiques et de la haute finance dont le problème comporte un but précis qui est de rouler dans la farine les peuples pour transférer leur valeur ajouté dans la poche de la finance (lire bonus personnels).

    L’exemple parfait (mais non médiatisé) est l’effort actuel de la ECB / BCE de titriser les les dettes étatiques pourris (Asset Based Securities) pour relancer l’octroi des prêts bancaires (et l’économie) via un mandat à Black Rock Asset Management (qui gèrent 50% des biens mondiaux) par une myriade de filiales d’investissement.

    D’un coup de baguette magique le « risque étatique » disparait et les banques sont sauvés d’affaire (temporairement) car le système est au bout.

    ECB / BCE nous prépare un remake de la crise des subprimes quand les crédits immobiliers furent titrisés et personne ne réagit (sauf vous) pour mettre en doute la fiabilité éventuelle.

    Je me demande bien comment vous arrivez a prévoir et contrer les risques complexes sans un support mécanique et automatisé – du bon sens tout simplement ? L’humain ne sait que gérer 7 paramètres au maximum (efficacement) le reste sont les émotions qui prennent le dessus.

    Quand les ABS échoueront de nouveau, les contribuables doivent de nouveau être tondus pour sauver les banques une fois de plus.

    C’est pourquoi la mesure de l’analyse de complexité quantitative est utile et mettra en clair le subterfuge que vous semblez préférer (en priant que cela n’arrive qu’aux autres).

    Nous avons prouvé que les portefeuilles de moindre complexité son moins risqués et plus rentables.
    Voir Lamiafinanza (Anglais) http://goo.gl/MVGvR1

    En vous souhaitant une bonne journée quand même.

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  2. Claude Didelot, le

    Voilà une réponse étonnante ! À la surprise d’apprendre qu’il existerait un mode d’évaluation du risque systémique, votre première réaction est : « cet indice est-il vraiment fiable » !
    Ce monde devient très inquiétant. L’approche d’Ontonix n’est pas nouvelle et est utilisée dans des secteurs critiques. Son approche basée sur les théories autour de la complexité et de l’entropie n’est sans doute pas assez « vulgarisable » pour le grand public mais devrait être pris en compte dans des secteurs aussi sensibles que la finance. Et si la systémique est encore une façon novatrice d’appréhender le monde, il faut admettre que des non-spécialistes d’un secteur puissent être apporteurs de méthodes utiles.
    Mais votre conclusion donne froid dans le dos : « Il faudra peut-être attendre la prochaine crise pour le savoir ». Les crises faisant de vraies victimes, le fatalisme n’est pas de mise pour une spécialiste de ce domaine. Et qui aura, à ce moment, le soucis de vérifier les méthodes qui auraient pu prévenir le désastre ? Qui l’a fait depuis 2009 ?

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    • Marie-Jeanne Pasquette, le

      Merci, cher lecteur, de ce commentaire stimulant. J’ai appris, par expérience, à me méfier des concepts complexes pour analyser et prévoir des événements complexes. C’est un principe de base et j’ai pu vérifier que ça marche souvent. Mais je ne critique pas ceux qui ont un autre point de vue. J’espère comme vous que nous n’aurons pas à vivre une nouvelle crise systémique. Le désastre étant auto-réalisateur en Finance et se propageant comme un virus, sans qu’il n’existe de vaccin, il me semble sage de consacrer notre énergie à oeuvrer pour la stérilisation de certaines activités financières néfastes.

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  3. Alexander Kopriwa, le

    Les stress tests ne sont pas sans intérêt mais assez biaisés malgré tout. Italie Affiche 9 Banques qui n’ont pas réussi un « classement » en réalité il n’y en a que 4 (dont une grande). La Deutsche Bank passe ce test sans encombre bien que leur portefeuille contient 25 fois de plus de dérivés financiers que de fonds propres. Le risque de complexité n’est nullement prise en compte et vous faites bien de nous avertir que c’est le contribuable qui doit ENCORE sauver les banques.

    Êtes vous prêts pour la prochaine crise bancaire qui fermente ? Voici notre point de vue sur le sujet.

    Mesure-t-on les bons indicateurs ? Réponse: non.

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    • Marie-Jeanne Pasquette, le

      Merci de votre apport à la réflexion commune. Si je vous ai bien compris vous estimez que l’Union Bancaire crée un nouveau « monstre » bancaire interdépendant. Vous défendez l’idée que les facteurs d’interdépendance entre banques européennes n’ont pas été pris en compte dans les stress tests, que la fragilité viendra de cette interdépendance. Il existerait pour cela un mode d’évaluation du risque systémique, un indice. Est-il vraiment fiable ? Il faudra peut-être attendre la prochaine crise pour le savoir.

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      • Alexander Kopriwa, le

        La prochaine crise ne tardera pas à venir. Nous risquons de plus en plus gros.
        Adieu la cohésion sociale. Nous allons tout droit vers une société des sans dents et retraités sans retraites.
        Cela promet un avenir radieux !
        A ce titre notre partenaire super calculateur CINECA en Italie nous offre prochainement encore plus de capacités… il faut se poser les bonnes questions. CINECA inaugure un nouveau supercalculateur – PICO – pour le Big Data processing et nous y sommes.
        Ceci boostera notre offre de résolution de problèmes extrêmes.

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