Une interview dans l’émission Écorama de David Jacquot sur Boursorama.com, en direct chaque lundi (12h-13h) et en replay. Parlons CA$H, aujourd’hui avec Gilles Pouzin, journaliste du site de la déontologie financière, Deontofi.com, qui va nous expliquer les atouts et les limites du PEA-PME.

Comment réhabiliter l'investissement boursier, tant que les dirigeants de sociétés cotées peuvent trafiquer les comptes et l'information financière sans vrais risques de sanctions dissuasives ? (photo © GPouzin)

Comment réhabiliter l’investissement boursier ? Sans doute pas en créant un PEA-PME afin d’aider les fonds de capital risque à vendre aux épargnants les participations pour lesquelles ils ne trouvent pas d’acheteurs. Ce n’est sans doute pas un hasard si, un an après son lancement, ce nouveau placement est un échec. (photo © GPouzin)

Beaucoup d’épargnants connaissent le Plan d’épargne en actions, le PEA, créé il y a plus de vingt ans (en 1992), tandis que le PEA-PME, créé début 2014, reste peu connu. Alors d’abord Gilles Pouzin, qu’est-ce que c’est que ce PEA-PME ?

Le PEA-PME c’est d’abord une demande des lobbies du capital risque, relayée en 2013 dans le rapport Berger-Lefebvre «Dynamiser l’épargne pour financer l’investissement et la compétitivité». Vous les retrouvez tous dans la liste des personnes auditionnées, page 58 et suivantes du rapport. Concrètement, l’idée qu’il faut canaliser une partie de l’épargne pour financer les PME. En soit cela n’a rien de choquant et cela peut être une bonne idée, comme l’avait été la création des FCPI, les Fonds communs de placements dans l’innovation, c’est-à-dire les fonds de start-ups créés à la fin des années 1990. Mais leur avantage fiscal s’est tellement réduit depuis, qu’il ne couvre même plus les frais de gestion, et surtout, la plupart de ces fonds sont coincés avec des participations qu’ils n’arrivent pas à vendre, d’où leur intérêt à développer le PEA-PME pour céder ces titres aux épargnants. En pratique, la belle idée est un peu pervertie.

Mais pourquoi ? On avait quand même l’impression que ce nouveau PEA était promis à un bel avenir avec un avantage fiscal attractif, non ?

– Vous avez raison, l’avantage fiscal est attractif à première vue, mais en réalité il n’est vraiment intéressant que pour une population très limitée d’épargnants aisés ayant déjà fait le plein de leur PEA classique, dont le plafond de versement a été relevé à 150 000 euros. Pour mémoire, l’avantage fiscal du PEA est que les plus-values et dividendes ne subissent que les prélèvements sociaux (actuellement de 15,5%) sur les gains retirés après cinq ou huit ans par rapport à la date d’ouverture du plan (un retrait avant cinq ans est plus taxé, un retrait entre cinq et huit ans entraîne la clôture du PEA, mais pas après). Hé bien pour le PEA PME, c’est le même avantage, mais avec des versements plafonnés à 75 000 euros et, surtout, davantage de restrictions qui pénalisent la diversification de votre épargne.

C’est tout de même un sacré avantage, mais quelles sont les contraintes par rapport à un PEA classique ?

– Avec un PEA classique, vous pouvez investir dans toutes les sociétés de l’union européenne, quelle que soit leur taille, sauf les sociétés d’investissement immobilier françaises. Mais vous pouvez par exemple acheter des sociétés foncières britanniques, ou des actions allemandes, en plus des grandes multinationales françaises du CAC 40. Tandis qu’avec le PEA PME, les critères sont très restrictifs, puisqu’il est réservé aux actions de sociétés employant moins de 5000 salariés, avec un chiffre d’affaires inférieur à 1,5 milliard d’euros ou un total de bilan inférieur à 2 milliards d’euros.

Oui mais ça peut être intéressant d’investir avec un avantage fiscal dans ces start-ups.

– Certes, on peut avoir envie d’investir dans certaines actions éligibles au PEA PME, mais on peut très bien le faire avec son PEA classique avec d’autres possibilités de diversifications bien moins risquées, notamment avec les fonds sur indices étrangers éligibles au PEA comme ceux de Lyxor, pour avoir la performance de Wall Street ou même du monde entier dans son PEA. Le problème avec le PEA PME est qu’on se retrouve prisonnier d’un univers d’investissement principalement restreint à des valeurs cotées sur le marché déréglementé d’Alternext, qui est un des segments de la Bourse les plus spéculatifs où les valorisations sont souvent artificielles et parfois même totalement frauduleuses par rapport à la réalité économique des sociétés, comme on l’a vu dans plusieurs scandales comme GoWex ou LoyalTouch dont les comptes étaient faux, et qui ont fait faillite du jour au lendemain en ruinant leurs actionnaires.

Mais on ne peut pas investir dans des PME moins risquées que les valeurs d’Alternext ?

En théorie, les critères le permettent. Mais en pratique, il y a plusieurs blocages, qui mettent d’ailleurs le PEA PME en situation d’irrégularité vis-à-vis de la réglementation européenne puisque ces blocages empêchent les détenteurs de PEA PME d’acheter la plupart des actions de PME européennes cotées dans d’autres pays de l’Union. Il y a déjà eu plusieurs articles dans la presse, notamment sur Deontofi.com, d’une procédure de rescrit fiscal lancée par le fondateur de la société de gestion Constances Associés, Nicolas Braun, qui a écrit l’été dernier à Bercy pour proposer une solution à cette restriction et n’a toujours pas eu de réponse. De leur côté, Euronext et les banques françaises ont un peu élargi la liste de titres qu’elles autorisent dans le PEA-PME, qui compte 320 sociétés contre une centaine au départ, mais avec seulement 7 actions étrangères et toujours autant de valeurs d’Alternext ou du marché libre.

Donc le PEA PME n’est finalement pas si attractif par rapport au PEA classique. Alors un an après son lancement, est-ce que ce PEA-PME a convaincu les épargnants ?

– Sans vouloir enfoncer le clou, je crois qu’on peut dire que c’est un bide. Lors du lancement du PEA-PME il y a un an, les objectifs annoncés variaient entre 1 et 5 milliards d’euros de collecte d’épargne, principalement voués à soulager les fonds de capital risque qui ne trouvent pas d’acheteurs pour leurs participations. Au 15 septembre 2014, à peine 80 000 PEA-PME avaient été ouverts, comme l’annonçait François Hollande aux Assises du financement et de l’investissement. Et aujourd’hui, la collecte totale serait d’à peine 226 millions d’euros, selon une étude du courtier Arkeon Finance. C’est un chiffre ridicule, comparé aux 7 millions de PEA classiques ayant attiré 70 milliards d’euros d’épargne (soit 10 000 euros d’encours moyen par PEA). L’échec du PEA PME est manifeste, et on comprend pourquoi. Les épargnants n’en veulent pas et leurs conseillers ne voient pas non plus l’utilité de leur en faire ouvrir s’ils n’ont pas atteint le plafond de 150 000 euros de versements sur leur PEA classique.

5 minutes pour comprendre : retrouvez ici l’interview vidéo de Deontofi.com sur ce sujet dans l’émission Ecorama sur Boursorama du 2/3/2015.

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2 commentaires

  1. francois, le

    Quand on parle d’investir alors qu’on est jeune, la première problématique qui fait souvent surface, c’est celle du cash et/ou du manque d’idée. Quand on part de rien, il n’y a pas de secrets, il faut commencer par des petits pas qui bout à bout finiront par créer quelque chose d’intéressant.

    Voici quelques pistes pour commencer à investir avec un apport minimal et ainsi commencer à élancer votre boule de neige.

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    • Gilles Pouzin, le

      Bonjour et merci cher lecteur « Investman » pour ce commentaire frappé au coin du bon sens.
      Deontofi.com apporte progressivement à ses lecteurs des pistes pour commencer à investir avec un apport minimal, mais en les dissuadant autant que possible d’aller se faire plumer par des escogriffes d’Aleternext et autres aigrefins de l’immobilier packagé.
      Merci encore pour votre réaction, pensez à partager les articles qui vous intéressent avec vos contacts.
      Bonne lecture et à bientôt sur Deontofi.com

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