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Les promesses de gains des actifs réels et tangibles séduisent des épargnants face aux incertitudes politiques, au yoyo de la Bourse, et au rendement ridicule des placements sûrs. Gare aux arnaques et déceptions ! (photo © GPouzin)

Faut-il céder à l’attrait des actifs tangibles (immobilier, or, biens divers…) face à la montée du risque politique ? Les incertitudes politiques ouvertes par l’élection de Donald Trump ravivent les inquiétudes des investisseurs. Dans un environnement de taux d’intérêt sans risque souvent proche de zéro, voire négatifs, faut-il se laisser tenter par les propositions de placements en biens réels ? Les réponses de Deontofi.com.

Lisez notre dossier Escrocs du trading forex et arnaques aux placements bidon : sommaire et forum Deontofi.com

1 – Avec l’élection de Donald Trump, l’actualité politique ravive les inquiétudes des investisseurs, est-ce un climat plus favorable aux placements réels qu’aux placements financiers ?

L’incertitude politique peut être un terreau favorable pour ces deux grandes catégories de placements, selon que l’on en soit promoteur ou client, car l’inconnu et l’instabilité sont généralement des terrains propices pour les risques et les opportunités. Du côté des marchés financier, il semble que l’élection de Donald Trump demeure pour l’instant un non-événement boursier. Comme tout événement politique, les commentateurs lui attribuent toutes sortes de pouvoirs mystérieux, mais quand on regarde l’évolution de Wall Street, on est bien obligé de constater que passé l’émotion planétaire à l’annonce du résultat, l’effet Trump a été vite oublié. L’indice S&P 500 des 500 premières actions américaines avait perdu 3% dans les jours précédent le scrutin, du 24/10/2016 au 4/11/2016, avant de regagner 4% la semaine suivante. Il y aura peut-être plus de montagnes russes si le nouveau président prend les investisseurs par surprise avec des décisions aussi brutales et incohérentes que ses déclarations spectaculaires. Mais cela reste à voir.

Pour les placements en biens divers et en actifs réels, l’élection de Donald Trump est en revanche symptomatique d’un phénomène à la base de leur succès qui est très inquiétant pour les épargnants. Comme en politique, pour vendre des miroirs aux alouettes aux épargnants, plus les arguments sont trompeurs, mieux ça passe, et on a peu de recours une fois qu’on a donné son accord.

2 – Concrètement, la conjoncture est-elle favorable pour les placements en actifs réels ?

La conjoncture et l’intérêt de ces prétendus placements sont deux choses différentes. On peut disserter longtemps sur les tendances déterminantes pour la performance de l’or ou d’autres métaux précieux, de l’immobilier ou des œuvres d’art, du vin ou des diamants. Le problème est ce qu’il se passe derrière, pour les épargnants, car les investissements « en actifs réels » présentés comme des alternatives aux placements financiers se révèlent généralement, pour ne pas dire systématiquement, des pièges ou de réelles escroqueries.

3 – On a pourtant l’impression d’une réelle demande des investisseurs pour des solutions alternatives.

C’est vrai. Le développement des placements dits « tangibles » profite doublement de la conjoncture et de la crédulité des épargnants. Dans un environnement où le rendement des placements sans risque devient nul, tandis que la Bourse semble toujours risquée, la recherche de gains élevés garantis aveugle les épargnants. Les escrocs n’ont plus qu’à faire miroiter aux consommateurs les promesses dont ils rêvent, pour qu’ils tombent dans le panneau. Selon un sondage réalisé il y a quelques années  «Quatre Français sur dix (40%) considèrent ainsi que le vin, l’art ou la forêt sont des placements relativement peu risqués (contre 10% seulement pour les actions) et un Français sur trois (33%) considère que placer dans le vin, l’art ou la forêt est une bonne façon de conserver ses économies (contre 20% pour les actions) », selon un sondage Ifop de fin 2013.

Les placements à éviter à tout prix pour faire fructifier ses économies !

Face à ce public, il suffit que les promoteurs de placements bidon fassent une bonne promotion pour attirer des clients. Selon un autre sondage réalisé à la demande du gendarme boursier fin 2015, 20% des Français (un sur cinq) auraient été démarchés par des vendeurs de placements fantaisistes en biens divers (vin, collections de timbres, numismatique, métaux rares ou lettres et manuscrits du genre Aristophil…), dont un quart (5%) aurait mordu à l’hameçon en acceptant d’y engloutir son argent. Si l’on ajoute les autres arnaques du même acabit, des panneaux solaires au trading Forex, 5% des Français de plus de 18 ans se seraient déjà fait arnaquer par un placement de ce type, soit 2,5 millions de victimes.

4 – Quels sont les pièges des placements en actifs réels ou en biens divers ?

Le piège est dans l’énoncé : ce ne sont pas des placements avec un cadre réglementaire sécurisant leurs promesses de gains ou de garanties, qui sont totalement fantaisistes (lire Capital et rendement garanti bidon : ne tombez pas dans le panneau solaire !). Il y a bien un habillage qui laisse croire que ces revenus et le remboursement du capital seraient effectivement garantis, mais cet habillage n’a absolument pas la solidité juridique ni la sécurité financière que les épargnants sont en droit d’attendre quand on leur fait de telles promesses.
Il y avait eu il y a une vingtaine d’années une gigantesque escroquerie sur des prétendus placements en timbres de collection philatéliques à Monaco. Il y en a eu une encore plus importante sur les prétendus placements en lettres et manuscrits de la société Aristophil, qui promettaient des gains annuels de 7 à 8% et avec laquelle des dizaines de milliers d’épargnants ont tout perdu, pour un préjudice estimé à environ 1 milliard d’euros. (Lire aussi Les placements à éviter à tout prix pour faire fructifier ses économies !)

5 – Les consommateurs ne sont-ils pas protégés contre ce genre de fausses promesses ?

Oui et non. En théorie, elles sont interdites. Depuis le 17 mars 2014, le nouvel article L 550-1 du Code monétaire et financier vise deux types d’intermédiaire en biens divers. Premièrement : « Toute personne qui, directement ou indirectement, par voie de communication à caractère promotionnel ou de démarchage, propose à titre habituel à un ou plusieurs clients ou clients potentiels de souscrire des rentes viagères ou d’acquérir des droits sur des biens mobiliers ou immobiliers lorsque les acquéreurs n’en assurent pas eux-mêmes la gestion ou lorsque le contrat leur offre une faculté de reprise ou d’échange et la revalorisation du capital investi ». Deuxièmement : « Est également un intermédiaire en biens divers toute personne qui propose à un ou plusieurs clients ou clients potentiels d’acquérir des droits sur un ou plusieurs biens en mettant en avant la possibilité d’un rendement financier direct ou indirect ou ayant un effet économique similaire ». Ils ne sont plus soumis à un agrément préalable de l’AMF, ni même susceptible d’être poursuivis par sa Commission des sanctions.

Mais quand on monte une arnaque, on ne cherche pas à respecter les règles. Et même si c’est illégal, l’actualité et l’expérience montrent qu’il n’y a quasiment pas de recours quand on s’est fait avoir et qu’il est souvent impossible de récupérer son argent ou de se faire indemniser du préjudice subit. En pratique, rien ne remplace le bon sens et la vigilance. On voit encore trop d’épargnants se faire avoir par des arnaques faciles à identifier si on prend la peine de s’informer et de vérifier les pièges éventuels auprès de sources d’informations sérieuses et fiables comme Deontofi.com.

6 – Certains objets précieux ont tout de même une vraie valeur, comme l’or ou les bijoux.
Oui, malheureusement on s’expose aussi à de grandes déceptions avec les diamants, les bijoux, ou même l’or qui n’est pas toujours un placement aussi sûr que l’on veut le faire croire aux épargnants. Déjà, le cours de l’or est extrêmement fluctuant. Le prix du lingot d’or de 1kg avait presque triplé en six ans, passant de 15 000 euros à l’été 2006 à 44 000 euros au plus haut du 2/10/2012, avant de reperdre quasiment 40% en un an (27 650 le 20/12/2013), puis regagner 33% en un an (à 36 800 le 23/1/2015), reperdre encore 15% dans l’année (à 31 210 le 11/12/2015), remonter à 40 000 le 7/7/2016, rebaisser à la rentrée, remonter avec Trump, etc. C’est le yo-yo total. Ensuite, il y a aussi eu des arnaques avec des intermédiaires qui proposent aux investisseurs d’acheter de l’or conservé dans des zones franches en Suisse ou ailleurs, soit disant très sûres, et qui n’ont jamais revu ni leur or ni leur argent, comme dans l’affaire Auraria. La vente et l’achat d’or ne sont pas vraiment réglementés. En dehors des obligations de vigilance anti-blanchiment et de respect de la fiscalité, les officines d’achat et vente d’or sont des commerces ordinaires. Résultat, acheter de l’or par le biais d’une officine s’est révélé doublement décevant pour beaucoup d’épargnants qui espéraient ainsi se protéger d’un écroulement imminent des banques et du système financier. D’une part ils ont souvent perdu beaucoup d’argent avec la baisse de l’or, et d’autre part leur argent était encore moins en sécurité dans les coffres de ces officines que dans une banque. (Lire: Parlons CASH : gare aux mirages des pseudo-placements en biens divers ! )

7 – Et l’immobilier, c’est quand même un actif réel solide qui se valorise régulièrement ?

Oui, en général, mais on peut apporter beaucoup de nuances à cette affirmation selon les conditions de l’investissement immobilier réalisé. Acheter son logement pour y habiter plusieurs décennies est généralement une bonne décision patrimoniale pour mettre sa famille à l’abri en cas de coup dur. Mais il en va tout autrement pour l’investissement locatif où, là, il y a des milliers de litiges et d’arnaques chaque année. Il n’y a qu’à voir le scandale Apollonia, cette affaire d’escroquerie à l’investissement locatif défiscalisé. Ce groupe d’immobilier avait vendu plus de 7000 logements à des prix surévalués (souvent le double de leur prix de revente), avec des promesses de rentabilité bidon et des montages totalement irréguliers. Résultat, la justice enquête depuis huit ans, des dizaines de professionnels ont été mis en examen, dont quelques notaires véreux, et plus de 700 familles qui croyaient s’enrichir ont tout perdu, jusqu’à se retrouver en surendettement. (Lire ce résumé sur France Info)

Plus récemment sur Deontofi.com nous avons raconté les pièges de l’immobilier défiscalisé en LMNP qui illustre parfaitement les galères financières dans lesquelles se retrouvent presque tous les souscripteurs de ce type de montages.

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2 commentaires

  1. C.M., le

    Bonjour,

    Je lis très attentivement votre site (ayant été contactée hier par des escrocs pour achat et placement de diamants à Genève) et je trouve très bien que vous préveniez les gens de ces arnaques qui font bien évidemment rêver les épargnants.

    En revanche, plus je lis plus je constate qu’aucun placement « actif » n’a grâce à vos yeux. Et là je suis très surprise car connaissant tous la débâcle des assurances-vie, le taux de rendement qui est devenu quasiment inexistant, la menace de la loi Sapin 2 etc..etc.. on peut douter du bien fondé de vos propos.

    A titre d’exemple, vous dites que les panneaux solaires sont à déconseiller… les achats immobiliers aussi …Or, je ne vois pas ce qui justifie votre posture. Mes voisins ont fait installer des panneaux solaires, ils ont un rendement bien plus élevé que s’ils avaient laissé leur argent sombrer dans leur assurance-vie.
    D’autres ont acheté un appartement, F2, et perçoivent leur loyer chaque mois sans problème. Bien entendu, rien n’est jamais sécurisé à 100%. Mais dans ces deux cas: l’un a équipé sa maison d’une source d’énergie qui ne peut que se développer et l’autre, au pire des cas, aura toujours l’appartement qu’il a acheté dans un but locatif. Alors, nous sommes d’accord ce ne sont pas des placements mirobolants, mais au regard des placement bancaires actuels, on en vient à se dire que c’est plutôt le banquier qui est dangereux pour notre argent et que l’achat de bien actif (classique: je ne parle pas d’or, de diamants ou encore de vins…) est la seule voie de salut.
    Je suis un peu sceptique face à vos arguments : on dirait qu vous faites tout pour que l’argent des épargnants reste en banque. Sachant tout ce que l’on sait sur l’assurance-vie et autres placement de cet acabit, je ne vois pas où est le conseil éclairé dans vos pages.
    Je vois plutôt un grand intérêt pour l’assurance-vie et les banques en général.
    C’est dommage.
    Cordialement.
    CM

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