Emmanuel Macron est-il l’ennemi sincère de la transparence et de la déontologie financière ? Ou joue-t-il seulement un rôle dans le jeu politique au sein d’une majorité écartelée entre les tendances de ses partisans ? A l’occasion du débat sur la Loi Macron «pour la croissance et l’activité», qui n’en créera pas plus que celle «pour le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat» (dite loi TEPA là), Deontofi.com décortique quelques coups-fourrés de cette loi fourre-tout.

La Loi Macron "pour la croissance et l'activité" de 2015 n'en créera pas plus que la loi "pour le travail l'emploi et le pouvoir d'achat", dite Loi TEPA là de 2007. (photo © GPouzin)

La Loi Macron « pour la croissance et l’activité » de 2015 n’en créera pas plus que la loi « pour le travail l’emploi et le pouvoir d’achat », dite Loi TEPA là de 2007. (photo © GPouzin)

On savait déjà comment cet ex-associé de Rothschild avait pu agir en coulisse pour saborder la loi de séparation des activités bancaires spéculatives, quand il était secrétaire adjoint de l’Elysée. Avec son projet de loi «pour la croissance et l’activité», Emmanuel Macron fait un pas de plus vers l’obscurantisme économique. A moins qu’il s’agisse d’une posture politique de provocation, dans la joute entre partis et mouvances, pour embrouiller les électeurs en maniant les symboles. Deontofi.com revient sur deux graves menaces de ce projet contre la déontologie financière.

Un projet de loi «pour la croissance et l’activité», qui n’en créera pas plus que celle pour le «travail, l’emploi et le pouvoir d’achat» de 2007 (dite loi TEPA là)

Emmanuel Macron est un jeune homme brillant. Énarque et inspecteur des finances à 27 ans (en 2004), il entre à 30 ans à la Banque Rothschild dont il devient associé-gérant à 32 ans (en 2010), avant d’être nommé secrétaire général adjoint de l’Elysée à 34 ans (mai 2012), puis ministre des finances à 36 ans, le 26 août 2014. Il a fêté ses 37 ans avec l’arrivée de l’hiver, le 21 décembre 2014, jour le plus court de l’année.

Loué par tous ceux qui l’ont côtoyé, Emmanuel Macron est reconnu pour son intelligence séduisante. Et il n’y a aucune raison de croire qu’il ne mériterait pas cette réputation, à la lecture de son parcours personnel et professionnel, aussi brillant qu’atypique, comme dans ce premier grand portrait qu’en avait dressé Le Monde dès l’automne 2012.

Seulement voilà, dans la pratique, les décisions politiques que prend Monsieur Macron, ou qu’il porte le cas échéant au service d’intérêts particuliers, ne cessent d’étonner par leur obscurantisme, à moins qu’il s’agisse d’un jeu dangereux de provocation pro-Medef. On avait déjà des doutes sur la légitimité de ses motivations pour l’intérêt général, en apprenant qu’il donnait des consignes de vote aux députés de la majorité sur la loi de pseudo-séparation des activités spéculatives des banques, quand il était secrétaire général adjoint de l’Elysée (lire «Le complot des banques contre la séparation de leurs activités spéculatives»).

On était encore surpris de voir avec quelle insouciance le nouveau ministre des finances, en tant que représentant de l’Etat actionnaire, avait donné son feu vert à l’accord secret de dépeçage d’Alstom par General Electric, à mille lieux du projet initial.

On avait goûté les formules douteuses du professeur Macron, dans ses leçons d’économie fantaisistes sur les prétendus gains de croissance que procurerait au pays l’autorisation d’ouverture des grandes surfaces le dimanche, un vrai cadeau à la grande distribution au détriment des petits commerçants et des activités culturelles, déguisé en soi-disant liberté de travailler le dimanche. Le tract de la CFTC sur ce thème est un régal d’humour tout en restant pertinent sur le fond économique du sujet.

Les deux dernières offensives d’Emmanuel Macron nous inquiètent encore davantage, car il ne s’agit plus de mesures favorisant tel ou tel lobby sur un point spécifique, mais d’une attaque en règle contre la transparence et contre la déontologie financière.

Alors qu’il défilait dans Paris, il y a à peine un mois, le 11 janvier 2015, pour la liberté d’expression en réaction au massacre de Charlie Hebdo, le ministre des finances s’apprêtait à lui tordre le cou, dans son projet de loi «pour la croissance et l’activité», présenté en «procédure accélérée», tant qu’on y est, pour prendre de vitesse toute réaction de l’opinion publique. De nombreux autres points de ce texte mériteraient qu’on s’y attarde (notamment un petit cadeau à un labo pharmaceutique, hérité du scandale du sang contaminé). Mais revenons d’abord aux attaques contre la transparence et la déontologie financière.

À suivre sur Deontofi.com : le secret des affaires contre la liberté d’informer.
La Loi Macron voulait que le secret des affaires étouffe la liberté d’informer

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