Pour redorer l’image de la gestion financière vis-à-vis d’investisseurs choqués par les turpitudes du capitalisme, les banques développent depuis la décennie 2000 des placements étiquetés « Investissement socialement responsable » (ISR).

Le palais Brongniart, symbole historique de la Bourse de Paris depuis 1825 (photo © GPouzin)

Le palais Brongniart, symbole historique de la Bourse de Paris depuis 1825 (photo © GPouzin)

L’idée est de rassurer les investisseurs, notamment les caisses de retraite, sur le fait que l’argent est placé en respectant des valeurs environnementales, sociales et de gouvernance (dits critères ESG), et en vérifiant bien la responsabilité sociale des entreprises (RSE) dont ils achètent les actions.

Représentants des salariés dans les entreprises, au sein des caisses de retraite complémentaires dont ils pilotent les réserves, et dans la gestion de l’épargne salariale, les syndicats jouent un rôle central pour populariser l’investissement socialement responsable en France. Depuis la loi du 17 février 2001 les sociétés qui proposent à leurs salariés un Plan d’épargne entreprise (PEE), un plan d’épargne inter-entreprise (PEI) ou un plan d’épargne retraite collectif (Perco) ont l’obligation d’y proposer des fonds communs de placement d’entreprise (FCPE) ayant une approche d’investissement socialement responsable (ISR). Pour vérifier que les fonds vendus par les banques sont effectivement gérés de façon socialement responsable, quatre syndicats (CFDT, CGC, CFTC, CGT) ont créé le Comité intersyndical pour l’épargne salariale ( CIES ). A l’occasion de son dixième anniversaire, le CIES a présenté un bilan de cette approche, le 27 janvier 2012 au Comité économique et social et environnemental (CESE).

Premier constat, l’ISR se développe effectivement grâce au soutien des syndicats dans l’épargne salariale diversifiée, dont il représente 20% des encours, contre seulement 3% du total des fonds vendus en France. Il faut dire que le manque d’engouement des épargnants pour ce phénomène ISR illustre les doutes qui entourent ce concept. C’est le second constat de ce bilan. D’abord, les fonds ISR ne sont pas si « socialement responsables » vis-à-vis des épargnants dont ils gèrent l’argent en terme de frais. Comme dans les autres fonds d’investissements, les commissions qui rognent discrètement chaque année les économies des salariés restent très opaques, surtout dans le cas des fonds de fonds, c’est-à-dire des FCPE qui investissent dans d’autres fonds plutôt que de gérer directement des titres. « Nous ne voulons pas de fonds de fonds car ils manquent de transparence », rappelle Jean Conan, co-fondateur du CIES qui exclut cette catégorie du label créé par le CIES. Ensuite, un doute demeure sur l’engagement réel des sociétés sélectionnées par les fonds ISR à promouvoir la responsabilité sociale d’entreprise (RSE). « Comment peut-on parler de RSE sans donner les moyens aux cadres d’exercer leur responsabilité sociale sans la peur d’être virés ? », interroge Marie-José Kotlicki, secrétaire de l’Ugict, le syndicat des cadres CGT.

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