Comment réhabiliter l'investissement boursier, tant que les dirigeants de sociétés cotées peuvent trafiquer les comptes et l'information financière sans vrais risques de sanctions dissuasives ? (photo © GPouzin)

Comment réhabiliter l’investissement boursier, tant que les dirigeants de sociétés cotées peuvent trafiquer les comptes et l’information financière sans vrais risques de sanctions dissuasives ? (photo © GPouzin)

L’imagination des vendeurs de start-ups pour aguicher les investisseurs dont ils convoitent l’argent est sans limite. Dernière arrivée, une improbable boîte de biotech animale ciblant le marché des chiens et chats séniles, et leurs propriétaires aux poches pleines. On pourrait parler des fadaises d’Elon Musk, brillant créateur de la banque PayPal qui veut vendre des voyages sur la planète Mars, ou encore d’Ocean Fresh Water, ce projet fou de bateau embouteilleur d’eau du fond des océans, mais Gour Medical est déjà tout un poème.

Adressé à tous les grands médias boursiers de France, son communiqué de presse du 1/12/2016 annonce :

« A la suite de sa récente levée de fonds, GOUR Medical a réalisé l’inscription de ses titres sur le Marché Libre d’Euronext Paris par voie de cotation directe. Le capital de GOUR Medical se compose à ce jour de 2 830 000 actions, ce qui au cours d’inscription de 5,69 Euros, donne une capitalisation boursière de 16,1 millions d’Euros ».

Les protagonistes de cette inscription sur le marché hors-cote non réglementé (entre le Farwest et la jungle), sont Aurgalys « listing sponsor », Lexelians Avocats et Python Conseil Juridique. Retenez bien ces noms.

Le communiqué nous apprend que « GOUR Medical a identifié et acquis des candidats-médicaments issus de la santé humaine, puis a maximisé leur potentiel clinique et commercial afin de soigner les animaux de compagnie vieillissants ». La belle idée ! Plutôt que de tester des médocs en tocs sur des animaux avant de les fourguer aux humains, Gour Medical se propose de faire l’inverse : acheter ou louer des licences de médicaments testés avec succès sur les humains, pour les adapter aux chiens et chats séniles. Un candidat idéal pour le prix Brigitte Bardot contre la vivisection !

Blague à part, que vaut vraiment cette start-up dont le communiqué repris par tous les sites boursiers sans sourciller (et surtout sans vérifier), claironne qu’elle est valorisée 16 millions d’euros ?

Nous avons voulu recouper quelques informations auprès de son président, M. Serge Goldner, qui a bien voulu nous communiquer son extraordinaire « Document d’information du 28/11/2016 d’inscription des actions aux négociations sur le marché libre d’Euronext Paris », Avis Euronext N° PAR2016112808096-MLI.

Comme il est précisé dès la couverture de cet imposant document promotionnel de 64 pages « L’opération proposée ne nécessite pas le visa de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Ce document n’a donc pas été visé par l’AMF. » Quand on connaît l’ampleur des embrouilles, dissimulées entre les lignes ou carrément écrites noir sur blanc dans les documents financiers visés par le gendarme boursier, la mention selon laquelle l’opération ne requiert aucun visa est une autorisation implicite à la plus grande créativité financière, comme on va le lire.

Page 15, nous nous arrêtons un instant sur le passage 4.2 :

FAITS MARQUANTS

17 juillet 2014 : La société GOUR Medical SA au capital de CHF 100.000 est créée en Suisse dans le canton de Zoug.

27 novembre 2014 : GOUR Medical émet un prêt convertible de CHF 500.000

5 mars 2015 : GOUR Medical SA signe un accord de licence exclusif mondial avec le laboratoire pharmaceutique Suisse, Actelion [SIX Swiss Exchange : ATLN] pour le développement d’une molécule chimique originale (un antagoniste des récepteurs de l’orexine) afin de traiter le stress et l’anxiété chez l’animal de compagnie.

24 novembre 2015 : GOUR Medical SA signe un accord exclusif mondial de licence, fabrication, distribution et service avec la société Allemande : Solmic Research GmbH (Allemagne), spécialiste en système innovant d’administration pour le développement de produits basés sur les cannabinoïdes naturels. Ce médicament anti-douleur a pour objectif d’améliorer la qualité de vie chez l’animal de compagnie, notamment dans le traitement de l’arthrose.

14 décembre 2015 : GOUR Medical SA signe un accord de licence exclusif avec le leader mondial en diagnostic de la santé animale : Idexx Laboratories Inc. [NASDAQ : IDXX] pour le développement d’un anticorps monoclonal anti-IgE afin de traiter la dermatite atopique chez le chien.

15 mars 2016 : GOUR Medical SA signe un accord exclusif de fabrication, distribution et marketing, avec la société Anglaise Medicom Healthcare Limited (Royaume Uni), pour la commercialisation de produits ophtalmiques haute gamme chez les animaux de compagnie.

31 octobre 2016 : GOUR Medical SA procède à une augmentation de capital de CHF 183,000 et met ses statuts en conformité pour la cotation sur le marché libre d’Euronext Paris.

En résumé : la société a été créée il y a deux ans avec 100 000 francs suisses (CHF), puis financée avec un prêt convertible en actions de 500 000 CHF, et pour finir elle a réalisé une augmentation de capital complémentaire de 183 000 CHF en 2016 pour préparer sa cotation en Bourse et soigner sa valorisation. Donc, en tout et pour tout, les fondateurs et amis de Gour Medical n’ont pas investi plus de 783 000 francs suisses, soit l’équivalent d’environ 720 000 euros.

Abracadabra, aujourd’hui cette société serait « valorisée » avec une capitalisation boursière de 16,1 millions d’euros, soit 22 fois plus ! Sans un centime d’investi en plus ! Sur la base de projets qui laissent rêveur… Sans le moindre chiffre d’affaires !

Forces et opportunités ?

Ici, pas de faiblesse, ni de liste de risques d’échec à n’en plus finir. Rien que du positif, puisqu’on vous dit que cette opération n’a besoin d’aucun visa du gendarme boursier !

A partir de la page 18, après un hilarant tableau des « Forces et opportunités » suit toute une étude distrayante sur le marché de la santé animale, évidemment colossal, susceptible de faire miroiter au lecteur d’improbables perspectives de profits que la société pourrait en tirer.

On y lit notamment un intéressant passage sur la démographie des animaux de compagnie, dont les sources assez opaques sont néanmoins sujettes à caution. Pour la France, premier marché mis en avant pour sa population de chiens domestiques, on recenserait ainsi 7,3 millions de chiens, avec un « taux de médicalisation » de 70% soit 5,1 millions de chiens potentiellement clients des vétérinaires et marchands de soins. Le nombre de chats domestiques français n’est pas indiqué, peut-être par défaut de leur recensement.

Moyennant quoi, Gour Medical présente déjà quelques produits ophtalmiques, comme des lingettes stériles pour chiens et chats « dont la commercialisation par GOUR Medical est prévue pour le second semestre 2017 », et d’autres pour 2018, peut-être.

La société n’a aucun chiffre d’affaires, et les actionnaires ou créanciers ont vu l’essentiel de leur mise engloutie par les charges, de 322 000 francs suisses en 2015 et 79 000 francs suisses au premier semestre 2016. Sur les 200 000 francs suisses d’actifs de la société à fin 2015 il ne restait déjà plus que 127 000 francs suisses à fin juin 2016.

La société n’avait aucun salarié en 2015, ses principaux postes de dépenses étant constitués de 149 000 CHF de « licences », payées par Gour Medical pour adapter les médocs humains aux animaux de compagnie, suivis de 60 000 CHF de « frais de voyages et de représentation », 39 000 francs suisses d’honoraires juridiques et 29 000 CHF de « frais comité scientifique ».

Et pourquoi draguer les épargnants français en cotant cette coquille sur le hors cote de la Bourse de Paris, alors qu’elle est inscrite au registre du commerce de Zoug, en Suisse, et serait plutôt localisée en Israël, où réside son président, M. Serge Goldner, les deux autres administrateurs, M. Patrick Scherrer « expert mondialement reconnu du management de l’innovation technologique » (sic!) et M. Christian Grandjean, étant résidents suisses.

Curieux de connaître un peu le profil du président de cette société, M. Serge Goldner, nous avons tenté de vérifier ce qu’était devenue la société Immune Pharma, « société de biotechnologie, cotée sur le marché Nasdaq (NASDAQ : IMNP) ».

Cette start-up, dont le cours avait été artificiellement gonflé jusqu’à 5,60 dollars le 17 mars 2014, est retombée comme un soufflé, à 17 cents début décembre 2016, soit 97% de baisse. Elle avait en 2012 annoncé un projet non moins abracadabrant de rapprochement avec une autre curiosité des biotechs.

Sur le site du Nasdaq.com, la société fait l’objet de prétendues recommandations positives d’investissement. En y regardant de près, il s’agit d’avis bidonnés postés sur un forum par des promoteurs anonymes de cette supercherie.

Avec un peu d’expérience des marchés financiers, on se dit qu’il faut vraiment être un peu nigaud pour croire aux balivernes de tels marchands de promesses. Après tout, si les épargnants veulent croire au père Noël, c’est la saison ! L’emballage est joli, avec des rubans brillants. Il faut juste être conscient qu’il n’y a rien à l’intérieur qui vaille le prix sur l’étiquette, et que le père Noël aura dépensé tout l’argent des petits épargnants depuis longtemps, s’ils espèrent un jour être remboursé de leur jouet qui ne fonctionne pas comme dans la publicité !

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