Relativement épargnés par les krachs boursiers de la dernière décennie, les fonds d’investissements en sociétés non cotées, ou « private equity », ont séduit les épargnants et les caisses de retraite en quête de placements rentables. Les fonds de sociétés non cotées ont ainsi collecté et accumulé 1200 milliards de dollars d’actifs aux Etats-Unis et plus de 60 milliards d’euros en France, en faisant miroiter des gains alléchants, performances passées à l’appui.

Mais les gains provisoires affichés par les gérants pour attirer de nouveaux clients sont-ils fiables ? Le problème des sociétés non cotées est qu’il est difficile de connaître leur valeur réelle, puisqu’elles ne font pas l’objet de transactions nombreuses comme c’est le cas pour celles cotées en Bourse. Cette valorisation est d’autant plus délicate quand elle est faite par les gérants eux-mêmes. Ils peuvent être tentés de surestimer la valeur d’une société dans laquelle ils ont investi, pour vanter la performance de leur gestion afin d’attirer de nouveaux clients.

Des pratiques qui ont fini par attirer l’attention de la Securities and Exchange Commission (www.sec.gov), le gendarme de la Bourse américaine. Fin 2011, la SEC a demandé à plusieurs gérants de « private equity » des clarifications sur leurs méthodes de valorisation de leurs participations et de commercialisation de leurs fonds. Les réponses n’étant pas toujours convaincantes, la SEC a lancé des enquêtes plus ciblées sur certains gérants.

La banque d’affaire et d’investissement américaine Oppenheimer (www.opco.com) serait ainsi soupçonnée d’avoir surestimé la valeur d’une société dans laquelle avait investi son fonds Oppenheimer Global ressource Private Equity Fund LP, gonflant artificiellement la valorisation du fonds de 4 millions de dollars, ce qui lui permettait d’afficher un gain factice de 38%, au lieu de sa véritable performance, en perte de 6,3%, selon le Wall Street Journal du 23 février 2012. Erreur involontaire ou intentionnelle ? Le gain affiché tombait à pic, fin 2009, au moment où Oppenheimer lançait une campagne de souscription pour des fonds de « private equity » lui ayant rapporté 55 millions de dollars. La banque nie pour sa part toute irrégularité, s’abritant derrière un « rapport d’audit indépendant », évidemment payé par la banque, qui dédouane cette dernière sur les méthodes de valorisation de ses investissements.

En France, il serait utile d’enquêter sur la gestion des placements en « private equity » qui ont explosé grâce à la réduction d’ISF de 75% sur les PME et aux atouts fiscaux des Fonds communs de placements dans l’innovation (FCPI). A l’assemblée nationale, le député Marc Le Fur s’inquiète ainsi depuis plusieurs années du fait que« les frais de gestion dépassent le plus souvent 5 % par an et peuvent atteindre jusqu’à 10 % par an ».

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