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Quels sont les frais des placements ? Les épargnants en sont-ils bien informés ? Les conseillers expliquent-ils aux clients l’impact des frais sur la rentabilité de leur argent ? Sur quels conseils les Français s’appuient pour choisir leurs placements ? (photo © GPouzin)

Quels sont les frais des placements ? Les épargnants en sont-ils bien informés ? Les conseillers expliquent-ils aux clients l’impact des frais sur la rentabilité de leur argent ? Sur quels conseils les Français s’appuient pour choisir leurs placements ? En sont-ils satisfaits ? L’observatoire de l’épargne de l’Autorité des marchés financiers (AMF) répond en pointant le manque d’information et de connaissance des épargnants sur les frais de leurs placements.

1 / Pourquoi l’observatoire de l’épargne du gendarme boursier s’intéresse-t-il aux frais des placements ?

Les frais sont une des caractéristiques les plus importantes des placements financiers, comme on l’écrit souvent sur Deontofi.com. Or, lors de ses visites mystère menées auprès des réseaux bancaires, le gendarme boursier constate année après année, « que les frais des placements financiers sont insuffisamment portés à la connaissance des clients ». L’AMF rappelle que ce manque d’information est d’autant plus grave avec la chute des taux d’intérêt qui « met en lumière la place cruciale de ces frais dans la performance à long terme des investissements ». C’est un vrai problème mais beaucoup d’épargnants l’ignorent, d’abord parce que leur conseiller oublie de leur parler des frais quand ils leur vendent des placements, et ensuite parce qu’ils n’ont pas les connaissances pour apprécier réellement l’impact des frais sur la rentabilité de leur épargne. Résultat, le gendarme de la Bourse craint que « beaucoup d’investisseurs sous-estiment l’impact des frais et ne disposent donc pas d’une information complète sur la pertinence de leurs placements ».

2/ Quels types de frais pèsent sur la rentabilité des placements ? Quel est leur niveau ?

Cela dépend des types de placements et surtout de leur mode de détention. Par exemple pour les placements diversifiés en actions, les frais ne sont pas de même nature, ni du même niveau, selon que l’on souscrive des parts de fonds ou sicav à sa banque, voire dans le cadre d’un contrat d’assurance vie multisupports, ou qu’on gère soi même un portefeuille de titres en direct par l’intermédiaire d’un courtier en ligne. Dans son étude, l’AMF compare par exemple les frais pour la gestion d’un portefeuille type de 60 000 euros réparti sur 10 lignes sur lequel l’épargnant effectuerait 1 transaction de 5000 euros chaque mois : le coût d’un tel portefeuille atteindrait en moyenne 462 euros de frais dans les banques à réseau, soit 0,77% par an, contre 101 euros chez les courtiers en ligne, soit 0,2% par an. A long terme, cet écart change radicalement le résultat.

3/ Les frais sont-ils plus élevés sur les placements collectifs comme les fonds et Sicav ?

Les conseils des banques sont appréciés des clients, malgré un manque d'information sur les frais pointé par le gendarme boursier.Oui, c’est un des enseignements de l’étude de l’AMF. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le fait de mutualiser les frais en gérant collectivement un gros portefeuille n’est pas forcément une source d’économie pour les épargnants, c’est même plutôt l’inverse. En moyenne, sur l’ensemble des fonds français ouverts au public, c’est-à-dire près de 6 000 fonds, les frais courants se sont élevés à 1,37 % en 2015. Et encore, cette moyenne englobe aussi bien les fonds proposés aux investisseurs institutionnels, qui ont souvent des frais plus légers, les frais étant bien plus élevés dans les fonds destinés aux particuliers. Au final, en additionnant les frais courants et commissions de surperformance, le total des frais atteint en moyenne 2,23 % pour les fonds d’actions françaises et 2,15 % pour les fonds d’actions européennes. Et ça c’est sans compter les frais de l’assurance vie. Si ces fonds sont souscrits dans le cadre d’un contrat multisupport prélevant 1% de frais de gestion, les frais dépassent bien 3% par an, sans que les conseillers informent vraiment les épargnants du poids de ces frais et de leur impact sur la rentabilité de leur argent.

4/ Et pourtant, les épargnants semblent plutôt satisfaits des conseils de leur banque, d’après le gendarme boursier.

Oui, le paradoxe de cette publication de l’Observatoire de l’épargne de l’AMF est qu’elle nous apprend par la même occasion que les clients s’appuient majoritairement sur les conseils de leur banquier pour gérer leur argent, et qu’ils s’en déclarent plutôt satisfaits. Selon l’enquête Pater, étude conjointe du CNRS et de l’école d’économie de Paris (Paris School of Economics) qui mesure l’évolution des comportements, des préférences et des anticipations des épargnants, 70 % des Français déclarent s’appuyer « souvent » ou « parfois » sur leur banquier ou leur conseiller financier pour prendre leurs décisions d’investissement.

5/ Comment les Français peuvent-ils trouver les conseils de leurs banquiers satisfaisants alors qu’ils occultent souvent la question des frais et de leur impact  ?

Effectivement, c’est un peu paradoxal. D’un côté, l’AMF déplore que les conseillers n’expliquent pas assez les frais à leurs clients, en rappelant que «  La comparaison des frais appliqués et de leur impact est nécessaire pour prendre des décisions avisées ». De l’autre, on découvre que «  57 % des individus ont le sentiment d’avoir toujours été bien conseillés par leur banquier ». Mais en réalité, les épargnants ne se rendent pas vraiment compte que leurs conseillers ne leur expliquent pas bien les frais des placements qu’ils leur vendent et de leur impact sur la rentabilité de leur argent. Selon l’étude du CNRS et de l’école d’économie de Paris, seuls 10,7% des gens déclarent s’appuyer souvent sur leurs propres connaissances financières pour prendre leurs décisions d’investissement, ce qui explique qu’ils préfèrent suivre les conseils de leurs banquiers, qui peut leur expliquer au moins certaines caractéristiques de base des placements qu’ils leur proposent, à défaut de leur parler des frais. Ensuite, quand les épargnants se disent satisfaits des conseils de leur banque, c’est aussi assez relatif, puisque seuls 35% d’entre eux suivent souvent les conseils de leur banquier, tandis que 61% déclarent ne suivre ces conseils que de temps en temps. Enfin, on a quand même 43% des gens qui ne s’estiment pas bien conseillés par leur banquier, et dans ce cas là, c’est d’abord parce que « le placement n’était pas assez rentable » (40 %) ou que « sa durée n’était pas adaptée à leurs besoins » (35 %). Avec ces détails, on comprend mieux le décalage entre la perception que les gens ont des conseils de leur banque et la qualité réelle de ces conseils, en particulier concernant le manque d’information sur les frais des placements et leur impact.

6/ En clair vous pensez que les conseils des banques ne sont pas si satisfaisants que ce que les clients croient par manque d’information.

Exactement, c’est bien ce qui ressort de cette publication de l’observatoire de l’épargne de l’AMF. D’ailleurs le gendarme boursier indique à cette occasion qu’il fait ce qu’il peut pour améliorer la qualité des conseils donnés par les banques, notamment avec la certification professionnelle AMF ou les visites mystère, et pour aider les épargnants à mieux comprendre les caractéristiques des placements pour mieux les comparer et les choisir. Sur la question des frais, en particulier, l’AMF propose un simulateur très intéressant pour aider les épargnants à évaluer l’impact des frais sur la performance réelle de leurs placements (simulateur d’impact des frais accessible ici sur le site Internet de l’AMF).

 Enfin, la réglementation devrait évoluer dès 2018, l’entrée en vigueur de la nouvelle directive sur les Marchés d’instruments financiers (MIF 2), qui obligera les banques et leurs conseillers à donner une information plus transparente et complète aux clients sur la totalité des frais liés aux placements qu’ils leur conseilleront. Ce sont des progrès utiles pour améliorer la qualité des conseils, mais les gens doivent aussi se former s’ils veulent être capables de comprendre ces informations sur les frais, ou sur certains risques souvent mal expliqués ou mal compris. Le problème de qualité des conseils est aussi lié au manque d’implication des clients, qui du coup ne sont pas assez exigeants, puisque, selon l’étude du CNRS, seuls 20 % des gens « déclarent consacrer du temps à l’élaboration d’un projet financier sur le long terme ».

Cinq minutes pour comprendre : retrouvez l’interview de Gilles Pouzin sur ce thème dans l’émission Ecorama sur Boursorama TV le 24/10/2016

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