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Des petites entreprises reçoivent par courriel des publicités pour ce site d’évasion fiscale, Deontofi.com explique pourquoi il a les attributs d’une arnaque.

Alerté d’un courriel suspect par une lectrice, Deontofi.com décrypte ce nouveau type de hameçonnage, très amusant effectivement, provenant d’une société qui n’existe pas, ce qui indique évidemment le début d’une arnaque.

Voici l’appât adressé aux prospects par courriel :

Le raisonnement des escrocs est très simple: toujours prospecter parmi les bidouilleurs, ceux qui cherchent des bons plans (foireux évidemment) pour payer cinq ou dix fois moins cher, payer moins d’impôts, et pourquoi pas blanchir un peu de recettes non déclarées. Ce sont des prospects idéaux pour les escrocs, car ils sont bons clients pour avaler des bobards dès qu’on leur promet ce qu’ils recherchent, et en plus il y a peu de chances qu’ils déposent plainte et fassent de réels efforts pour récupérer leur argent ou autre indemnisation une fois escroqués, pour deux raisons.

Galerie des anonymes ! Cette équipe d’experts en évasion fiscale d’Europe de l’est est si improbable qu’ils préfèrent rester anonymes, d’autres utilisent des noms d’emprunts et usurpations d’identité parfois cocasses, voire des photos volées.

La première raison est que les victimes ont honte de s’être fait avoir et n’en parlent pas, y compris parfois à leurs proches, conjoints, parents ou enfants, à la fois par déni d’avoir été escroqué, et aussi par peur qu’on se moque d’eux, voire qu’on les blâme de s’être laissé faire, comme pour certaines victimes de harcèlement ou de viol.

Ce réflexe de discrétion et de déni est assez répandu, mais il est exacerbé chez les arnaqués ayant un penchant pour les magouilles, car ils s’estiment plus malins que les autres. Ces petits malins roulés dans la farine ont souvent plus de mal à avouer qu’ils ont été crédules, par rapport à d’autres victimes reconnaissant au contraire leur vulnérabilité face aux questions financières sophistiquées.

La seconde raison pour laquelle les escrocs apprécient particulièrement les prospects à la recherche de magouilles pour esquiver le fisc, c’est qu’ils ne portent pas plainte par peur d’attirer l’attention du fisc sur leur propre fraude. En effet, si un entrepreneur se laisse tenter par un montage de défiscalisation pour mieux dissimuler par exemple des profits déjà réalisés sans trop les déclarer, il aura des difficultés à expliquer la réalité détaillée de sa situation aux enquêteurs. Au pire, il pourrait d’ailleurs à la fois ne pas récupérer l’argent qu’il s’est fait arnaquer, et en plus subir un redressement si l’enquête révélait qu’il avait lui-même fraudé le fisc en ne déclarant pas l’argent qu’on lui a volé par la suite.

Autrefois certains escrocs aux faux placements profitaient de la vulnérabilité de commerçants ou entrepreneurs ayant beaucoup de liquide à placer. Comme souvent cet argent n’avait pas été déclaré, il arrivait que des courtiers en assurance ou de faux courtiers en assurance fassent souscrire de faux contrats d’assurance-vie à ces clients, auprès des plus grandes compagnies d’assurance du pays, ou en usurpant leur identité. Les arnaqueurs disparaissaient ensuite avec l’argent, ou l’argent disparaissait tout court, mais les victimes osaient peu se plaindre, car elles auraient été obligé d’avouer la provenance des fonds, parfois même cachée à leur conjoint quand certains entretenaient des relations extra-conjugales.

Parfois, il arrivait que certaines victimes se retournent contre les assureurs dont ils pensaient de bonne foi avoir souscrit les contrats d’assurance-vie, même si ces dernières ignoraient l’existence de ces clients, et n’en avaient jamais vu l’argent. Si l’intermédiaire était réellement un mandataire de l’assureur, il arrivait que la compagnie soit condamnée à indemniser la victime au titre de la responsabilité de ses préposés.

Le renforcement des procédures de vigilance anti-blanchiment a mis fin à ces pratiques dans la plupart des réseaux financiers officiels, au tournant des années 2000, car plus aucun assureur ni banquier ni autre institution financière légale n’accepte la souscription d’investissements en espèces. Et les lecteurs de Deontofi.com savent à quel point ces mêmes institutions financières sont aujourd’hui vigilantes, voire abusivement suspicieuses, quant à l’origine des fonds versés par les épargnants même quand cet argent provient d’un virement depuis leur propre compte bancaire, d’un héritage ou de la vente d’un bien immobilier.

En dehors de lanceurs d’alertes exposés à des représailles quand ils dénoncent les fraudes, les gens honnêtes n’ont pas besoin de cacher leur identité derrière un site internet enregistré de façon anonyme ou par le biais d’un prête-nom.

Par symétrie, les propositions visant à éluder le fisc ont de forte probabilités de déboucher sur une arnaque ou une escroquerie d’une genre ou un autre. En particulier, lorsque les propositions pour éluder le fisc émanent d’organisations soucieuses de leur anonymat sur Internet, on peut être quasi certain qu’il s’agit d’une arnaque. C’est aussi le cas lorsque les auteurs de ces propositions proposent de rencontrer leurs prospects en personne afin de recueillir leurs investissements en espèces, comme cela se pratique encore en France dans certaines arnaques aux placements diamants bidon (en fait de vrais diamants réellement sans valeur au regard du prix payé).

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Un commentaire

  1. Pierre, le

    Il convient de rappeler, en outre, que s’il est parfaitement légal de constituer une société dans un autre pays européen, cela ne dispense pas de payer ses impôts au fisc français lorsqu’on est résident. La loi française considère en effet que le siège social effectif (réel) de votre société est là où se trouve ses intérêts économiques, quand bien même vos statuts disent tout autre chose.

    Aller créer une société en Lituanie, ainsi que le propose ce site, ne vous rendra pas moins redevable de tous vos impôts (sur les sociétés, sur le revenu, cotisations sociales, CSG…) en France, si, pour reprendre leur exemple, vous êtes un consultant travaillant quasi exclusivement en France, pour des clients français.

    Les coiffeurs français qui avaient cru malin, il y a 15 ans, d’aller immatriculer leur salon de coiffure en Grande Bretagne afin d’échapper aux impôts français s’en sont amèrement mordus les doigts lorsque le fisc leur a réclamé l’intégralité des sommes, avec pénalités et intérêts de retard. Et bien entendu, le fisc anglais auprès duquel ils s’étaient acquittés des impôts anglais ne les a pas remboursé pour autant.

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