Afer, épisode 5. Entre les errances du passé loin d’être cicatrisées, et les polémiques annoncées pour l’assemblée du 30 juin 2014, le président de l’Afer est confronté aux attentes légitimes des adhérents (qui l’élisent) et aux ambitions de l’assureur Aviva (qui le finance). La résistance de Gérard Békerman, à la présidence de l’Afer depuis bientôt un septenat, est une des clés de cette saga. Lisez le sommaire de notre dossier Spécial Afer 2014

Les nouvelles agences Aviva capitalisent aussi sur l'image de l'Afer, comme si c'était un produit de l'assureur gérant ce placement pour l'association. (photo © GPouzin)

Les nouvelles agences Aviva capitalisent aussi sur l’image de l’Afer, comme si c’était un produit de l’assureur gérant ce placement pour l’association. (photo © GPouzin)

Depuis novembre 2007, l’Association française d’épargne et de retraite est présidée par Gérard Békerman, un orfèvre en communication. A bientôt 65 ans, ce jeune retraité de la fonction publique n’est pas inconnu des journalistes financiers qui l’ont côtoyé dans sa précédente carrière. Avant de prendre la haute responsabilité de président de l’Afer, cet ancien maître de conférences à la fac de droit d’Assas aux talents multiples (il joue aussi du piano et parle alsacien), collaborait activement à l’organisation du Forum de l’investissement, un salon dédié à l’épargne créé par l’agence de communication Win (rachetée depuis par le groupe Les Echos/Investir), rentabilisé par la location de stands aux marchands de placements, qui sillonnait chaque année les grandes villes de France, avec une étape au Palais des Congrès de Paris en octobre.

A ce titre, Gérard Békerman animait le déjeuner organisé chaque année en septembre par l’agence Win pour décerner son « prix de l’innovation financière » à un de ses clients, plus ou moins élu par les journalistes réunis dans le salon des prix Goncourt du restaurant Drouant, dont je faisais souvent partie avec Jean-François Filliatre de Mieux Vivre Votre Argent et d’autres sympathiques confrères des principaux titres financiers (Investir, Les Echos, Le Figaro Patrimoine, l’Agefi, Le Point, etc.). En habile maître de cérémonie, Gérard Békerman orientait les débats et suggérait d’inventives méthodes de vote à plusieurs tours, de sorte que le résultat final récompensait un de ses favoris. Ce jeu faisait sourire la plupart des journalistes présents, à qui il suffisait de passer sous silence ce prix confidentiel, s’ils avaient des doutes sur les qualités du gagnant et les raisons de sa promotion si pressante.

Quand Gérard Békerman a pris la présidence de l’Afer, ses relations avec les journalistes sont devenues une autre affaire. La plupart des confrères qui ont critiqué ou contesté ses méthodes, que ce soit sur le fond ou la forme, ont eu affaire à un dirigeant très sourcilleux de contrôler son image, avec l’arsenal de représailles dont ces individus sont coutumiers. Entre les agences de communication payées par l’Afer pour rectifier son image personnelle et faire sa promotion, les possibilités de rétorsion économique par l’attribution ou le retrait de budgets publicitaires, et bien sûr quelques procès contre ses contradicteurs peu coûteux pour leur initiateur, les méthodes de l’Afer attisent naturellement les tensions avec son président.

Même si ces procès sont souvent sans fondement, comme l’a reconnu la justice en relaxant notre confrère Jacques de Baudus du délit de diffamation dont l’accusait Gérard Békerman, l’acharnement judiciaire est une arme dissuasive à la portée de tous les dirigeants qui financent leurs procès avec l’argent des autres. Le président de l’Afer a donc fait appel de ce jugement. On imagine mal qu’un tribunal valide ses prétentions juridiques, mais cette procédure marque son rapport de force avec La Lettre de l’Assurance dont il n’apprécie pas le ton. Ce n’est pas très amical, comparé à la courtoisie alsacienne qu’on lui connaissait quand il courtisait les médias, mais les journalistes ne sont pas les seuls exposés à ces représailles, puisque Gérard Békerman a aussi engagé des poursuites judiciaires, sans plus de succès à ce jour, contre la plupart des dissidents de l’association contestant ses décisions, comme François Nocaudie, ou Jean-Pierre Bégon-Lours, un autre ancien président de l’Afer et du GIE Afer, au parcours respecté dans le monde de l’assurance, aussi actif parmi les représentants de souscripteurs mécontents.

Résultat : plus le président de l’Afer renforce son emprise sur l’association, plus la contestation s’envenime, comme on peut s’y attendre dans un régime revendiquant une gouvernance démocratique, d’autant plus frustrante qu’elle semble illusoire.

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