Avec l'attrait des placements ayant profité de la reprise boursière face à la baisse de rendement de l'assurance vie, les épargnants sont tentés de délaisser leur fonds en euros sans risque. Mais est-ce un bon choix ? Deontofi.com répond.

Avec l’attrait des placements ayant profité de la reprise boursière face à la baisse de rendement de l’assurance vie, les épargnants sont tentés de délaisser leur fonds en euros sans risque. Mais est-ce un bon choix ? Deontofi.com répond. (photo © GPouzin)

Déçus par la baisse de rendement de leur assurance vie sans risque en euros, les épargnants sont de plus en plus sollicités pour diversifier leurs contrats multisupports avec des placements dynamiques et boursiers, portés par la reprise des cours depuis trois ans. Pourtant, l’assurance vie en euros n’est peut-être pas un si mauvais placement, tandis que les placements dynamiques de diversification pourraient s’avérer plus risqués qu’ils n’en ont l’air. Deontofi.com explique pourquoi les fonds en euros de l’assurance vie gardent leurs atouts, même s’ils rapportent moins.

Cinq minutes pour comprendre :
Retrouvez ici l’interview TV sur ce thème dans l’émission Ecorama du 7/3/2016

1/ Combien rapportent les fonds en euros de l’assurance vie ?
– Après un rendement moyen de 2,5% en 2014, le taux des fonds en euros sans risque de l’assurance vie devrait s’établir en moyenne autour de 2,2% pour 2015. On assiste effectivement à une forte érosion depuis quelques années. Mais avec toujours des écarts très importants selon les contrats.

Les contrats d’assurance vie des grands réseaux et les anciens contrats qui ne sont plus commercialisés sont les plus pénalisés, car les filiales d’assurance vie des grandes banques ne les mettent plus en avant. Leur rendement est rarement supérieur à 2%. En revanche les rendements des meilleurs contrats résistent encore, notamment les contrats d’assurance vie distribués par les principaux courtiers en ligne, dont le rendement évoluait encore entre 2,7 et un peu plus de 3% en 2015. Parmi quelques exemples on note un taux de 3,15% pour le contrat Gaipare, 3,05% pour le contrat Afer, 3,02% pour le compte Asac-Fapès 2,75% pour le fonds Eurossima de Generali proposé sur de nombreux contrats d’assurance vie en ligne, 3,15% pour le fonds Euro exclusif de Generali à dominante immobilière, moins de 2% pour la plupart des contrats des réseaux bancaires, notamment Crédit Agricole, LCL et Banque Postale où les contrats phares ont rapporté 1,8% en 2015….

2/ Est-ce que la baisse des rendements va se poursuivre ?
– Oui, il y a malheureusement de fortes chances pour que le rendement de l’assurance vie en euros sans risque continue à baisser pour plusieurs raisons. D’abord il y a la baisse des taux d’intérêt observée sur les marchés financiers. Les fonds en euros de l’assurance vie étant principalement investis en obligations, leur rendement est très dépendant de ce que rapportent les emprunts d’Etat ou les crédits aux grandes entreprises. Or, ces taux ont fortement baissé. Le taux moyen des emprunts d’Etat à long terme étant aujourd’hui inférieur à 1%, tandis que le taux à court terme de la Banque centrale européenne est à zéro et même négatif dans certains cas.

Il y a ensuite une volonté affichée par les pouvoirs publics de faire baisser le rendement des placements sans risque, comme l’assurance vie ou le Livret A, pour inciter les épargnants à prendre plus de risque, afin de leur transférer une partie des risques supportés par les banques et les assureurs.

3/ Comment réagissent les épargnants à cette baisse des rendements sans risque ?
– Les épargnants réagissent en partie comme prévu par les pouvoirs publics et les institutions financières, mais pas totalement. La baisse du rendement des placements sans risque réduit effectivement leur attrait auprès des épargnants. Avec la baisse du taux du Livret A, passé de 1% à 0,75% depuis août 2015, on voit par exemple que les Français sont moins enclins à y laisser dormir leurs économies, puisque l’encours du Livret A a baissé de 11 milliards d’euros en deux ans (2014 et 2015), pour s’établir à 255 milliards fin janvier 2016. Mais comme le rendement de l’assurance vie en euros a moins baissé que celui du Livret A, ce placement est devenu comparativement plus attractif. Après une petite baisse des versements sur l’assurance vie en euros, en 2011 (à 107,6 milliards) et 2012 (99,5 milliards), ces derniers sont repassés au-dessus de 102 milliards d’euros en 2013 et à plus de 108 milliards d’euros en 2014 et 2015.

4/ On entend souvent qu’il faut diversifier son assurance vie avec des supports boursiers pour compenser la baisse de rendement du fonds en euros, est-ce aussi une tendance ?
– Oui, mais il faut nuancer cette tendance, car elle est beaucoup plus conjoncturelle que structurelle. Bien sûr, quand les placements sans risque rapportent moins, les épargnants sont plus facilement tentés de s’aventurer dans des investissements plus prometteurs, surtout s’ils ont l’impression de pouvoir gagner beaucoup plus avec un risque très théorique. Il faut d’ailleurs faire très attention car on a vu que cette situation était propice aux arnaques et escroqueries multiples faisant miroiter des espoirs de gains sans risque qui se transforment souvent en déception ou en cauchemar total quand l’argent disparaît.

Avec l’assurance vie on n’en est pas là, mais il est vrai que les épargnants ont tendance à accroître leurs versements sur des fonds boursiers ou diversifiés quand leurs performances passées sont flatteuses et font oublier un peu leurs risques. Mais quand les marchés financiers traversent des turbulences et que la Bourse baisse, c’est l’inverse.

5/ Les épargnants sont-ils des girouettes effrayés par la Bourse quand elle baisse et attirés par ses gains quand elle monte ?
– Les épargnants, comme les investisseurs professionnels, sont tiraillés entre l’espoir de faire fructifier leurs économies, et la prudence de vouloir les protéger. Dans les périodes de hausse des marchés financiers et de baisse du rendement de l’assurance vie en euros sans risque, ils sont naturellement tentés de placer une plus grande part de leurs versements sur des placements d’assurance vie à risque dont on leur promet un potentiel de gain plus élevé. Ce mouvement est d’ailleurs accompagné par les argumentaires des conseillers financiers et les campagnes promotionnelles des réseaux pour vendre plus de placements en fonds diversifiés qui rapportent davantage de commissions aux banques et assureurs.

Depuis trois ans, par exemple, les versements sur les fonds boursiers et autres placements multisupports diversifiés ont augmenté régulièrement, à 17 milliards d’euros en 2013, 20 milliards en 2014 et plus de 27 milliards en 2015, un niveau presque deux fois supérieur aux versements sur ces fonds risqués en 2012.

6/ Les supports diversifiés sont-ils l’avenir de l’assurance vie ? Cette tendance va-t-elle se poursuivre ?
– Malheureusement, les souscriptions d’assurance vie en supports risqués sont plutôt un indicateur « rétroviseur » qu’une boule de cristal : ils nous confirment simplement que les épargnants sont plus attirés par les placements diversifiés quand ils ont profité de trois années de hausse boursière, comme cela a été le cas en 2013, 2014 et 2015. Mais on avait déjà assisté à un tel phénomène lors des précédentes phases d’emballement boursier, qui sont généralement suivies par une désaffection des épargnants pour ces mêmes placements quand ils subissent des rechutes ou des krachs.

Par exemple, les versements sur les fonds boursiers en unités de compte avaient plus que doublé entre 1998 et 2000, passant de 15 à 38 milliards d’euros, avant de retomber à 15 milliards de souscriptions en 2003, quand la Bourse était au plus bas du krach des valeurs internet. Trois ans plus tard, les versement sur les fonds à risque avaient à nouveau redoublé, à près de 35 milliards d’euros par an en 2006 et 2007, stimulés par la reprise boursière. Mais avec le krach de 2008, puis les crises de l’euro de 2011 et 2012, les versements sur des fonds à risque s’étaient à nouveau écroulés à moins de 14 milliards en 2012. Donc vous voyez que tout cela est très fragile, et surtout souvent à contre temps.

7/ Est-ce que cela plaide pour davantage de prudence avec l’assurance vie multisupports ?
– L’histoire boursière ne se répète jamais totalement à l’identique. Mais historiquement, on voit quand même que les placements diversifiés en Bourse ont davantage de potentiel de gain après des années de crise et, au contraire, plus de risque de baisse après plusieurs années de hausse. Il ne s’agit pas de faire des prévisions qui n’ont de toute façon pas de valeur prédictive, mais de rappeler une règle de bon sens. Selon un proverbe attribué au célèbre milliardaire américain Warren Buffet, il y a deux règles importantes pour gagner de l’argent en Bourse : la règle numéro 1, c’est d’éviter de perdre de l’argent, et la règle numéro 2, c’est de ne jamais oublier la règle numéro 1. Or, c’est un peu ce que font les épargnants quand ils finissent par oublier les risques des placements boursiers parce qu’ils leur trouvent davantage d’attrait que le fonds en euros sans risque de leur assurance vie.

8/ Faut-il privilégier les fonds en euros ou des supports plus dynamiques en assurance vie ?
– Il ne faut certainement pas négliger le fonds en euros qui reste le placement sans risque et assez facilement disponible le plus rentable pour les épargnants, avec un rendement tout à fait enviable par rapport à ce que rapportent la plupart des emprunts d’Etat aujourd’hui. Même si le rendement des fonds en euros devait encore baisser, ils restent un placement sûr qui garde tout son intérêt pour la partie sécurisée de son épargne.

Pour ce qui est de la proportion idéale de placements boursiers et diversifiés dans son patrimoine, on en a déjà parlé sur Deontofi.com, elle dépend avant tout de la situation et des objectifs de chacun. Ensuite, comme on l’a aussi déjà évoqué sur Deontofi.com, on peut se poser la question de savoir s’il est plus intéressant de gérer ses investissements boursiers dans le cadre d’une assurance vie ou sur un compte titres et un Plan d’épargne en actions (PEA), en fonction des frais et de la fiscalité.

Enfin, le plus important, une fois la bonne répartition choisie, c’est de s’y tenir. Il faut autant que possible éviter d’accroître fortement ses investissements à risque en période d’euphorie boursière et ne pas les réduire exagérément dans les phases de turbulences, car cela conduit souvent à des pertes qui pourraient être évitées. Mieux vaut garder un minimum de prudence quand la Bourse va bien et un minimum d’audace quand elle va mal, ce qui n’est pas le cas dans le contexte actuel.

Cinq minutes pour comprendre :
Retrouvez ici l’interview TV sur ce thème dans l’émission Ecorama du 7/3/2016
(avec en prime un clin d’œil à La Bougie du Sapeur)
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5 commentaires

  1. gal, le

    Bonjour

    Aux dernieres nouvelles, les allemands ont voté une loi qui permet de réduire les taux servis aux assurés
    [NDLR, le lien promotionnel a été supprimé par le modérateur, il s’agissait d’un lien vers le site Goldbroker .com mettant en exergue un article de Philippe Herlin Chercheur en finance / Membre de l’équipe éditoriale de Goldbroker .com, « Auteur d’un livre de référence sur l’or (L’or un placement d’avenir, Eyrolles), il souhaite lui voir jouer un rôle croissant dans nos économies, jusqu’à sa remonétisation pleine et entière ».]

    P Herlin est docteur en economie des arts en métiers.

    En synthétisant a l’extrême, ceux qui ont de l’assurance vie finiront ruinés a cause des politiques de taux négatifs.

    [NDLR : Deontofi.com autorise la publication de ce commentaire contribuant au débat, mais met en garde les épargnants contre les prévisions apocalyptiques des marchands d’or pour attirer des clients vers leurs propositions d’investissements aux risques bien plus flagrants que ceux qu’ils agitent.
    Lisez notamment Les placements à éviter à tout prix pour faire fructifier ses économies !.]

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    • gal, le

      bonjour

      Merci de ne pas associer le site de publication de l’article avec une quelconque proposition commerciale.
      je regrette profondément la censure que peux faire le modérateur, empêchant ainsi d’accéder aux sources.
      Vos lecteurs, en majorité, ne sont pas aussi naifs et idiots que vous ne le pensez.
      Ils n’en restent pas moins que les assurance vie, dans un monde d’etats surendettés et de taux a zéro, c’est un placement à fuir.

      Salutations

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  2. PIERRE, le

    O.K., mais sur les sujets indiqués =

    1) les prélèvements fiscaux sur les intérets des fonds € du 01 01 au 30 06 2011 ( représentent 70 à 80millions de trop perçus )

    2) la tricherie sur les valorisations des UC au 30 12 2015 au lieu du 31 12 2015

    dites moi où je trouve des articles et réactions sur DEONTOFI,

    c’est vrai que beaucoup de sujets ont été traités, mais sans aucune suite, et les pénalisés = ce sont toujours les 720 000 adhérents, dont la pluspart font une aveugle confiuance au dirigeant actuel.

    il faudra, quand même bien un jour prendre de gros moyens pour bloquer tous ces actions.

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  3. PIERRE, le

    bonjour,

    je voulais attirer votre attention sur encore un des traits de carctère du Président du GIE AFER, qui veut toujours se monter comme étant le meilleur, en faisant évoluer le ssituations, dits du 31 12 2015, aux valorisations du 30 12 2015, car les U.C. avauent une meilleure cotation à cette date
    Conséquence il fera payer aux assujetis à l’ISF, parmi les 720 000 adhérents, une + value d’impostion, par rapport à ce quelle aurait du être.
    d’autant plus, que les bourses se sont effondrées dès le début janvier 2016.
    trouvez vous cela normal pour un soit disant défenseur des intérets des adhérents AFER, TROP c’est trop, après les millions prélevas en trop en 2011.
    (taxation des intérets des fonds € sur les multisupports du 01 01 au 30 06 2011, alors que ceux ci ne devaient être concernés qu’à compter du 01 07 2011.
    QUAND FEREZ VOUS UNE VERITABLE ENQUETE SUR TOUS CES AGISSEMENTS SCANDALEUUX;
    CORDIALEMENT
    dp

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    • Gilles Pouzin, le

      Bonjour cher lecteur et merci pour votre témoignage sur les pratiques de l’Afer.
      Pour information, la question « quand ferez-vous une véritable enquête sur tous ces agissements ? » s’adresse certainement à d’autres médias que Deontofi.com, que l’on ne peut soupçonner d’avoir occulté le vaste sujet de l’Afer.
      Bonne lecture sur Deontofi.com

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