Eteignez la lumière en partant ! Avec le secret des affaires, la Loi Macron voulait empêcher la révélation des magouilles, au détriment de la liberté d'informer. (photo © GPouzin)

Eteignez la lumière en partant ! Vendre de la poudre aux yeux en cachant les informations de valeur est un des secrets des VRP de la Bourse pour s’enrichir aux dépens des investisseurs désinformés. (photo © GPouzin)

Alors que la presse s’appauvrit sous l’assaut de l’actu gratuite, des publireportages et contenus promotionnels déguisés en info, à l’heure où les rumeurs non vérifiées et légendes urbaines bruissent sur la toile et les réseaux sociaux, l’information indépendante de qualité n’a paradoxalement jamais eu autant de valeur. Deontofi.com explique pourquoi la bonne info n’est pas toujours reconnue à son juste prix.

Quel est le point commun entre The Big Short, le film décrivant la bulle bancaire américaine ; la faillite fracassante de Gowex, start-up espagnole prétendu leader du wifi ; la chute de Casino, le géant des hypermarchés surendetté ; et le décès caché du quatrième patient de Carmat, champion des cœurs artificiels ? Le fil conducteur entre ces affaires est certainement la valeur d’une bonne information, comme nous l’expliquons plus loin à travers ces exemples choisis parmi tant d’autres.

Ce n’est pas nouveau, l’information a toujours été une des principales sources de profits pour les financiers, il est vrai comme dans bien d’autres activités. Qu’il s’agisse de secrets des affaires, de procédés et savoir-faire confidentiels, ou de ressources sur les coûts de revient ou les prix pratiqués, l’information peut être un avantage compétitif dans de très nombreuses activités commerciales, industrielles ou de services. Le mensonge et la dissimulation sont aussi des moyens de désinformation communément utilisés pour tirer un profit au dépens de partenaires désinformés, qu’il s’agisse de partenaires, actionnaires ou clients, que ce soit sous prétexte de secret des affaires, secret défense, secret médical ou tout autre subterfuge visant plus à cacher le mensonge que la vérité.

L’information est aussi cruciale pour les consommateurs, par exemple pour faire jouer la concurrence en recherchant un meilleur rapport qualité /prix/service, ou simplement éviter de s’empoisonner avec des produits nocifs ou allergènes. L’information est parfois même une question de vie ou de mort pour les citoyens, quand elle peut leur éviter d’être au mauvais endroit au mauvais moment.

L’information tient un rôle tout aussi spécifique dans la finance, qui par définition ne vend et ne crée rien d’autre que la valeur de sa propre intermédiation dans les affaires des autres. De tout temps, l’information a ainsi été la clé du succès. De grand-père en petit-fils de traders et banquiers d’affaires, on raconte ainsi inlassablement comment Nathan Mayer de Rothschild fit sa plus belle culbute à la Bourse de Londres, en spéculant sur la flambée des cours après la victoire de Wellington contre Napoléon à Waterloo, dont il fut informé deux jours avant tout le monde, le 20 juin 1815 (la bataille a lieu le 18 juin mais la nouvelle n’arrive à Londres que le 21 au soir).

Une bonne information financière a tellement de valeur en Bourse qu’elle donne un avantage certain à ceux qui en disposent par rapport au commun des mortels mal informé. Or, certaines personnes ont naturellement accès à des informations extrêmement privilégiées par rapport aux autres investisseurs, du fait de leurs fonctions ou de leur métier, par exemple les dirigeants d’une entreprise cotée ou leurs conseillers et leurs banquiers.

Pour éviter que des investisseurs bien placés profitent de leur accès privilégié à des informations confidentielles susceptibles d’influencer la valorisation boursière d’une société, au détriment de ceux à qui cette information est cachée, la justice et les autorités boursières ont rendu cette pratique illégale et ont commencé à la sanctionner sous l’appellation de délit d’initié (ou « manquement » pour les chochottes françaises qui refusent d’appeler un voleur un voleur et de le condamner comme tel).

La première sanction d’un délit d’initié aux Etats-Unis remonte à 1909, avant même la création de l’autorité boursière, la Securities and exchange commission (SEC), en 1934. Mais il est vrai que l’affaire (Supreme court Strong vs Repide) était un huis clos de coups fourrés entre associés de haut vol, loin de la notion élargie d’exploitation d’une information privilégiée, qui n’a été réellement pourchassée aux Etats-Unis qu’à partir de 1968, en garantissant à tous les investisseurs le droit d’avoir accès aux mêmes informations, en condamnant le délit d’initié des dirigeants de la Texas Gulf Sulphur Company.

L’interdiction d’utiliser des informations privilégiées sur le dos des investisseurs à qui on les cache n’est apparue en Europe qu’une trentaine d’années plus tard, par l’adoption de la directive européenne du 13 novembre 1989 coordonnant les réglementations sur les délits d’initiés, après treize ans de débats

D’ailleurs, cette directive s’inspire de la législation française qui a banni le délit d’initié dès la loi du 22 décembre 1970 (art. 70-1), trois ans après la création de la Commission des opérations de Bourse (COB), ancêtre de l’Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme boursier actuel.

Même s’il n’y a aucune sanction dissuasive des délits d’initiés en France, par comparaison aux peines d’emprisonnement réellement infligées aux Etats-Unis, l’information privilégiée est devenue suspecte, devenant même l’objet d’un proverbe boursier. A propos des fameux « tuyaux » que se refilaient les boursicoteurs comme le font les turfistes, on a entendu dire que « les bons tuyaux n’existent pas, soit c’est un tuyau percé (une fausse rumeur ou info sans valeur), soit c’est un délit d’initié ».

Pendant quelques temps, autour de la décennie 1990, on a ainsi vécu avec l’illusion que « toute l’information était dans le marché » (c’est-à-dire prise en compte), et que les cours de Bourse étaient en eux-mêmes des indicateurs synthétisant l’infinie quantité d’informations fiables et transparentes à la disposition de tous les investisseurs. C’était l’âge d’or de la théorie des marchés efficients, voire de « l’efficience informationnelle des marchés »

A l’époque on y a cru, mais pas longtemps. Et aujourd’hui, tout le monde rirait d’une telle niaiserie. Car l’information à disposition des investisseurs est tout sauf fiable et transparente.

Les VRP de la Bourse s’enrichissent grâce à leur désinformation du public

L’information sur les actifs cotés est majoritairement biaisée par des acteurs intéressés, banquiers, spéculateurs, ou le plus souvent dirigeants ou gros actionnaires de sociétés cotées ayant les moyens d’entretenir la désinformation des investisseurs pour doper leurs rémunérations ou gains, par une communication outrancière occultant toute zone d’ombre, quand il ne s’agit pas de mensonges purs et simples. Du coup, les marchés reflètent effectivement cette fausse information, comme on l’a compris avec le premier krach informationnel du XXIème siècle, l’éclatement de la bulle Internet, en 2001.

Tout était faux. Les conseils et prévisions de rentabilité des analystes financiers étaient biaisés par l’argent que leurs employeurs, les banques, touchaient sur les introductions en Bourse et les fusions-acquisitions. Les comptes et communiqués des sociétés étaient faux, comme ceux d’Enron ou de Worldcom, mais aussi d’Altran ou de Vivendi. Même les certifications des commissaires aux comptes étaient bidon, comme chez Enron, Altran ou Loyaltouch. Sans parler des certificats de solvabilité délivrés par les agences de notation financière, déjà fausses en 2000, avant l’explosion de ce business des faux diplômes de solvabilité, qui alimentera la bulle des crédits subprimes jusqu’à son éclatement de 2008.

Le monde avait assez goûté de ces supercheries auxquelles le public ne croit même plus, considérant l’information prémâchée qu’on lui sert comme un divertissement de téléréalité aux règles truquées. Mais les investisseurs exigeants étaient prêts pour une nouvelle révolution informationnelle : le retour d’une information de qualité, fiable, indépendante et pertinente, dont ils seraient prêts à payer le prix, car ils en connaissent la valeur.

Lire la suite : The Big Short, Gowex, Casino, Carmat et le vrai prix de l’information financière

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