La déontologie financière au pays du soleil levant reste une histoire à bâtir. (photo Copyright Brian Jones - Flickr)

La déontologie financière au pays du soleil levant reste une histoire à bâtir. (photo Copyright Brian Jones – Flickr)

Olympus, le géant japonais de la photo numérique et de l’appareillage médical, s’est lancé malgré lui dans un grand chantier de déontologie financière en désignant à sa tête un président d’origine britannique, Michael Woodford, le 1er avril 2011.

Mise à jour du 27/1/2016 : la chaîne de télévision Arte a consacré un passionnant documentaire à au scandale Olympus, dont la conclusion actualise notre article pédagogique d’il y a quatre ans, en annonçant les condamnations (ou plutôt l’impunité) de ses cerveaux, hommes de main et hommes de paille. Après une diffusion le 26 janvier 2016, ce Vrai thriller économique est rediffusé sur Arte vendredi, 29 janvier 2016 à 10:30, et accessible en replay ici.

Quelques mois après sa prise de fonction, le nouveau PDG découvre en examinant les comptes, qu’Olympus s’est engagé dans d’étranges opérations déficitaires pour le groupe mais très profitables pour une obscure officine domiciliée aux îles Caïmans.

Olympus a par exemple acheté trois petites entreprises japonaises, entre 2006 et 2008, non-cotées et déficitaires mais payées à prix d’or, 936 millions de dollars (674,19 millions d’euros) et suivi d’une brutale dépréciation de la valeur de ces actifs, dans les comptes, le semestre suivant. Et 687 millions de dollars d’honoraires (498,51 millions d’euros) – soit trente fois plus que le tarif habituel – ont été versés à des intermédiaires pour l’acquisition d’un groupe d’instruments chirurgicaux britannique en 2007.

Une explication de ces opérations pernicieuses serait liée à la volonté de dissimuler des pertes colossales sur des investissements hasardeux réalisés dans les années 1990, dont l’impact sur les comptes était étalé au fil des années. Pour y parvenir, Olympus avait créé une sorte de structure de défaisance qui lui avait racheté ses investissements sans tenir compte de leur dépréciation, pour que le groupe n’ait pas à comptabiliser leur perte potentielle, alors estimée à 1,38 milliard d’euros. Mais cette comptabilité parallèle aurait aussi profité à des organisations mafieuses de Yakuzas.

Dans un premier temps, le conseil d’administration a désavoué et chassé, Michael Woodford, limogé le 14 octobre 2011 avec pour conseil amical de quitter rapidement le pays. Mais ce scandale a entrainé l’effondrement d’Olympus, dont le cours de Bourse a été divisé par deux. Des enquêtes ont été lancées par le procureur de Tokyo, la police japonaise et le gendarme de la Bourse, ainsi que par des autorités américaines et britanniques. Le premier ministre Yoshihiko Noda a dû annoncer une réforme de la gouvernance des entreprises au Japon.

Quant à Olympus, la firme n’est plus la montagne cachée des mortels au sommet de laquelle les dieux du truquage financier pouvaient festoyer au conseil d’administration. L’entreprise réclame près de 37 millions d’euros de dommages et intérêts à 19 membres anciens ou actuels du conseil d’administration. Elle pourrait poursuivre les cinq commissaires aux comptes désignés fautifs. En revanche, l’enquête interne a blanchi les deux cabinets d’audit des réseaux KPMG et Ernst & Young de toute responsabilité dans le maquillage des comptes de l’entreprise.

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