Condamné en première instance, Jérôme Kerviel est-il bien le seul coupable des pertes frauduleuses de la Société Générale ? Cette thèse défendue par la banque est contestée devant la cour d’appel.DanielBoutonSocgen200604

Le 21 juin, Déontofi était au palais de justice de Paris pour la neuvième journée d’audience du procès en appel de Jérôme Kerviel, accusé d’avoir provoqué 4,9 milliards d’euros de pertes à la Société Générale par des spéculations frauduleuses. Condamné en première instance par le tribunal correctionnel, le 5 octobre 2010, l’ancien trader a été considéré comme le seul coupable de l’affaire. Cette thèse, défendue par la Société Générale, est contestée par les avocats de la défense et de plusieurs parties civiles au procès.
En début de matinée, un premier témoin, Angel Galdano, responsable du middle-office à l’époque des faits chez Fimat, filiale de la Société Générale, qui exécutait notamment des transactions pour Jérôme Kerviel, a confirmé ce qu’un autre salarié, Philippe Houbé, avait affirmé à l’audience du 15 juin dernier : des anomalies concernant des transactions du trader ont été identifiées et signalées dès l’automne 2007, trois mois avant que le scandale éclate, ce que la Société Générale ne pouvait ignorer.

«Les marchés à terme sont organisés et je suis choqué que l’on puisse dire qu’on a des positions qui n’ont pas été vues, explique Jacques Werren, ancien cofondateur et directeur général adjoint du Matif, le premier marché à terme d’instruments financiers en France. Il est impossible qu’un opérateur membre d’un marché à terme ne puisse pas savoir ce qu’il se passe, insiste-t-il, c’est une contre-vérité. J’ai beaucoup travaillé avec des responsables de la Société Générale et les entendre dire qu’ils n’ont pas vu ce qui se passait me met mal à l’aise. Personne n’y croit», affirme cet expert que l’expérience rend très crédible. Mais bien trop éloigné du dossier, il ne peut prouver sa thèse et se contente d’affirmer qu’elle pourrait être démontrée par une nouvelle enquête plus complète de la Commission bancaire sur toutes les transactions de la Société Générale et de ses filiales en 2007.

Témoin vedette de la journée, et l’un des meilleurs défenseurs de la Société Générale, Daniel Bouton, ancien président de la banque, était entendu en fin d’après-midi. Après avoir donné sa version des conditions dans lesquelles la Société Générale a géré l’épisode des pertes frauduleuses en pleine crise des crédits subprime, il en a porté le fardeau : «Le président étant responsable de tout, encore une fois toutes mes excuses aux actionnaires grands et petits qui ont subi des pertes sur leur portefeuille d’actions Société Générale», a déclaré Daniel Bouton.

Suite lundi 25 juin : la plaidoirie des parties civiles.
G.Pz.

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