Alors que le gendarme de la Bourse et l’autorité bancaire mettent régulièrement à jour leur liste des sites de courtiers sur devises interdits en France, l’Autorité de contrôle prudentiel révèle dans son dernier communiqué une nouvelle arnaque de ces escrocs : se faire passer pour un sauveteur afin de mieux rouler des victimes déjà échaudées. Les explications avec exemples concrets de Deontofi.com.

Le piège de la spéculation se referme sur des épargnants crédules en engloutissant leurs économies comme des sables mouvants. (photo © GPouzin)

Le piège de la spéculation se referme sur des épargnants crédules en engloutissant leurs économies comme des sables mouvants. (photo © GPouzin)

C’est assez rare et osé pour être signalé : des escrocs du trading sur devises, déjà interdits de démarchage en France faute de respecter nos lois, se font maintenant passer pour des agents de l’autorité bancaire afin de gagner la confiance d’épargnants déjà plumés par les illusions du Forex, en leur promettant de les aider à récupérer leurs pertes… pour finalement les aggraver. Reprenons chaque étape pour comprendre l’arnaque.

Belles promesses et gros mensonges.
L’achat de devises n’est pas toujours dangereux, tant qu’il est fait pour des raisons réelles et sans effet de levier multiplicateur. Par exemple, si vous prévoyez un voyage en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, vous pouvez acheter à un bureau de change les livres sterling ou les dollars dont vous aurez besoin sans risque exceptionnel.

Le danger du trading sur devises est différent car il ne s’agit plus simplement d’acheter des devises pour vos besoins réels, mais de faire des paris sur les fluctuations d’une monnaie par rapport à une autre, avec un effet multiplicateur qui vous permet de perdre jusqu’à 400 fois votre mise ! Des margoulins jouent sur cet effet dopant pour faire miroiter des gains mirobolants avec des slogans tels que “Gagnez simplement avec le forex”, ou encore « Forex, secret pour gagner de l’argent », sans oublier « Gagnez de l’argent facilement et rapidement avec le Forex ».

Cerise sur le râteau (c’est une image bien sûr), les sites de trading illégaux proposent aussi des rendements sur vos dépôts trop alléchants pour être honnêtes.

En juin 2013, nous avions été contactés par un épargnant attiré par les promesses d’un site de courtage sur devises dont il voulait vérifier les promesses. « Que pensez-vous du site ikkotrader.com ? Ils promettent que les fonds placés sur leur compte sont rémunérés à un taux progressif allant de 3% à 12,5% pour 100 000 euros » nous indiquait ce lecteur.

Notre réponse lui a sans doute évité de perdre une belle petite fortune chez cet intermédiaire absolument non recommandable. « Avec Ikkotrader vous avez une chance sur deux de faire 185% de profit toutes les 15 min. », promet aussi ce site de trading sur devises (forex). Il figure parmi ceux épinglés par l’AMF et l’ACP n’étant pas autorisé à démarcher des clients français. Selon leur contrat dont vous nous avez fourni une copie, votre argent serait confié à “La société, IP INTERNATIONAL SERVICE, société de droit des îles vierges britanniques, dont le siège social est à 1 Road Town, Tortola”. Soyons réaliste ! Quel épargnant ferait confiance à une banque de Tortola ?

Une fois qu’ils ont attrapé une victime, les sites de trading sur devises le cajolent de manière à ce qu’il verse le maximum d’argent. « Ils proposent d’abord un compte d’essai virtuel, avec lequel l’internaute commence par gagner, expliquait Natalie Lemaire, responsable de la direction des relations avec les épargnants de l’Autorité des marchés financiers, lors d’un point presse à l’automne 2013. Une fois en confiance, il ouvre un compte réel où il commence à perdre. On lui explique alors que c’est parce qu’il ne mise pas assez, qu’il faut qu’il augmente le volume de ses opérations, et qu’il faut retirer ses protections de « stop-loss » qui pénalisent ses opérations ». C’est là que le forex devient très dangereux.

« La quasi-totalité des transactions de particuliers sur le forex sont perdantes. Ce n’est pas 50/50, loin de là, déclarait Natalie Lemaire. Et surtout, comparé aux sites de Poker, on peut perdre 400 fois sa mise. On voit des situations dramatiques car beaucoup de ces sites opérant en France sans agrément, effectuent un démarchage forcené auprès de publics vulnérables, des chômeurs, personnes âgées ou des gens malades qu’ils vont chercher avec un harcèlement infernal. »

Que vos paris soient gagnants ou perdants, le courtier vous incite d’abord à investir davantage « pour gagner plus » ou « pour compléter votre couverture et vous refaire ». A un moment ou l’autre, vous êtes de toute façon perdant, comme le sont les traders professionnels eux-mêmes, contrairement à ce qu’on veut vous faire croire. Après l’aggravation de vos pertes et l’entrée en phase de contentieux inéluctable (lire notre exemple concret), les courtiers les plus diaboliques se font maintenant passer pour des sauveteurs des épargnants. « L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) attire l’attention du public sur les agissements de personnes se présentant comme ses salariés, représentants ou partenaires (de l’ACPR) », explique ainsi son communiqué du 8 janvier 2014.

Donnez-nous votre argent pour nous aider à récupérer vos pertes !
Ces margoulins du trading infernal « proposent aux investisseurs français de réaliser des transactions avec des sites internet non autorisés de trading d’options binaires ou d’investissement sur le forex. » poursuit le communiqué de l’autorité bancaire. Ils contactent les épargnants « dans le but prétendu de leur permettre de récupérer des sommes précédemment perdues sur de tels sites. En contrepartie, les investisseurs doivent effectuer un versement sur un compte bancaire ouvert à l’étranger, le plus souvent auprès d’une autre plateforme de trading d’options binaires ou d’investissement sur le forex. Les coordonnées de comptes bancaires sur lesquels l’opération de virement est demandée leur sont parfois directement communiquées ».

Une véritable escroquerie !
« Il s’agit d’une escroquerie », explique l’autorité sans ambiguïté : «  en aucun cas, un salarié, représentant ou partenaire de l’ACPR ne peut vous demander de verser de l’argent pour ce type d’opérations. En conséquence, vous ne devez pas donner suite aux sollicitations de ces personnes. »

Deontofi.com espère que cet article contribuera concrètement à améliorer la déontologie financière et la protection des épargnants, en évitant à de nouvelles victimes de se faire plumer sur le Forex.

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