Deuxième partie de l’audience du 12 novembre 2013 devant la 5ème chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Paris qui examine les conditions d’octroi à Jean-Marie Messier du parachute doré qu’il demandait sans l’avoir jamais eu. (Tout le feuilleton ici)

Une partie de poker menteur se joue au procès en appel de l'ex-patron de Vivendi, en novembre 2013, devant la 5ème chambre de la Cour d'appel de Paris.

Une partie de poker menteur se joue au procès en appel de l’ex-PDG de Vivendi, en novembre 2013, devant la 5ème chambre de la Cour d’appel de Paris.

Après l’audition d’Edgar Bronfman, la présidente Mireille Filippini interroge à nouveau Jean-Marie Messier : « Vous aller nous commenter ce contrat où l’on ne parle que de Vivendi Universal qui va en supporter la charge financière. Contrat qui détourne le Code de commerce et vous accorde certains avantages mais pas tous ceux qui vous ont été accordés par votre termination agreement ».

–         Ce contrat de travail était spécifique aux sociétés américaines, répète l’ex-PDG pour la énième fois.

–         Vous aviez une rémunération votée par le conseil d’administration, pourquoi ce contrat de travail qui est là simplement pour vous protéger en cas de départ pour motif valable ?

–         Ce n’était pas un plus mais un moins, car j’en avais fait retirer l’élément de gold parachute.

–         Ah bon ? Sa logique est la même qu’une convention, relance la magistrate.

–         Je suis incapable de répondre à cette question, se défend l’ex-PDG. Si les ressources humaines ont jugé qu’il n’était pas nécessaire ce n’était pas de ma responsabilité. Je l’ai signé à titre personnel, je l’ai signé seul, de manière unilatérale, j’avais convoqué préalablement le conseil d’administration qui devait l’examiner.

–         Comme dit Edgar Bronfman, ce termination agreement était un peu un chantage, analyse la présidente. Si vous n’aviez pas signé ce contrat, auriez-vous convoqué le conseil d’administration le 3 juillet sachant que les administrateurs avaient changé d’avis et qu’ils auraient voté votre éviction à la majorité avec Lachmann, Friedmann et Viénot.

–         Vous savez que j’ai beaucoup de mal à répondre aux questions qui commencent par si, mais je vais répondre de plusieurs manières. Quand je démissionne je dis clairement que ma démission n’est pas liée au termination agreement, ma démission était effective. Comme Mr Bronfman l’a rappelé, on ne s’est plus parlé. Je suis heureux d’apprendre aujourd’hui pour la première fois qu’il voulait convoquer une AG. Très bien ! On y serait allé projet contre projet. Pour ce qui se passait en coulisse, comme dans un putsch, je n’en étais pas informé, j’étais le dernier des imbéciles. Premièrement, quand Lachmann et Friedmann sont venus me voir, ils ne m’ont pas demandé de convoquer un conseil d’administration, ils m’ont dit « il est dans l’intérêt de Vivendi Universal que tu démissionnes et nous te traiterons convenablement ». Deuxièmement, vous avez parlé l’autre jour de panache, c’était une question d’honneur aussi. Un avocat disait que je m’engageais à convoquer un conseil, j’ai répondu « j’ai convoqué » avant de signer ce document de manière unilatérale. Il y a des choses dont on se souvient plus ou moins bien, cette nuit du 30 juin 2002 à 3h du matin, je m’en souviens précisément. Je savais que ma démission était effective, que ce termination agreement soit approuvé ou pas. Y a-t-il un administrateur qui dit qu’ils ont voulu me révoquer ?

–         C’es quand même bien vous qui avez dit que vous vouliez être traité comme Edgar Bronfman.

–         Oui, c’est simple, quand je me retrouve seul face à Edgar Bronfman et Marc Viénot, c’était le plus logique face à un conseil divisé en deux clans. Côté américain il n’y avait pas de doute que Bronfman les représentait, côté français Viénot était président du comité d’audit là où Bronfman était président du comité des ressources humaines et les deux étaient co-présidents du comité de gouvernance du conseil d’administration.

–         Mr Viénot dit qu’il ne représentait que lui, répète la magistrate.

–         Ce n’est pas à moi de le dire. Dans la réalité c’est l’avocat américain qui a tenu la plume. Dans la nuit de dimanche à lundi, à 3 heures du matin j’ai convoqué le conseil à la date qu’on m’a dit possible pour mon successeur, le mercredi, je l’ai confirmé aux avocats, puis j’ai signé.

–         Mr Friedmann dit « en fin de matinée Jean-Marie Messier a appelé Henri Lachmann pour dire qu’il acceptait de démissionner à condition que soit résolue sa situation personnelle, je pensais que six mois de salaires étaient impossibles vu la situation de la société, des actions et des salariés que l’on avait incité à souscrire au PEG (NDLR Plan épargne groupe).

–         J’avais convoqué le conseil à qui il appartenait de décider ce qu’il voulait.

–         Il y a plusieurs convocations au conseil d’administration, on ne sait pas quelles sont les bonnes, indique la magistrate.

–         Quand je reçois le coup de fil le mardi (NDLR il apprend que son parachute ne sera pas voté au conseil du lendemain) si je pensais que la question ne devait pas être à l’ordre du jour, pourquoi aurais-je adressé ce courrier qui se termine deux fois par pitié ? Le conseil pouvait l’évoquer, le valider, l’invalider, le changer, il avait tous les pouvoirs. A partir de ce moment je n’ai pas agit, j’ai été une marionnette à qui ont disait tout et son contraire, jusqu’à ce que Fourtou me dise dans cet hôtel de New York qu’on va à l’arbitrage.

–         L’ordre du jour du 3 juillet ne portait pas sur votre révocation mais sur votre démission, donc vous saviez qu’on ne pouvait pas vous révoquer, note subtilement la présidente.

–         J’ai démissionné, je ne participe même pas à ce conseil, ce qui m’aurait peut-être évité douze ans de souffrances variées. Ils m’auraient dit en face qu’ils ne l’approuvaient pas et c’était terminé, répète Jean-Marie Messier de guerre lasse. Je ne veux pas m’emporter mais juste ajouter que ce conseil d’administration devait prendre acte de ma démission.

–         Monsieur Bronfman a fait une allusion un peu sévère à la façon dont vous gériez le groupe, qu’en pensez-vous ?

–         Il y avait des tensions ailleurs que chez Vivendi Universal. Il y a eu une crise de confiance contre Jean-Marie Messier car j’étais totalement surexposé sur le plan médiatique et quand le vent s’est retourné j’ai tout pris de plein fouet.

–         Moins 43% en quinze jours ça fait beaucoup, commente la présidente à propos de la chute de l’action Vivendi précédant la démission de l’ex-PDG. Voici ce que dit Mr Fourtou le 8 juillet : « nous avons négocié une facilité de crédit d’un milliard d’euros sur un total de 3 milliards d’euros restant à négocier avec les banques dans les prochains jours ». Au conseil du 23 juillet, Mr Fourtou indique que la situation de la société nécessite des mesures rapides et qu’il travaille depuis sa nomination à négocier des facilités bancaires supplémentaires pour faire face à la crise de liquidité.

–         Le 26 juin 2002, un événement extérieur, la faillite de WorldCom, ferme le marché des billets de trésorerie ce qui implique le souci pour le groupe de regarder sa trésorerie en excédant de ces billets de trésorerie. Ce que dit le communiqué de presse du 25 juin est que les disponibilités du groupe s’élèvent à un peu plus de 2 milliards d’euros.

–         Ah oui, c’est vous qui faites les communiqués de presse, relativise la présidente.

–         Jamais ils n’ont été contestés, estime l’ex-PDG. Le 24 juillet, un communiqué de Vivendi dit que le groupe a sécurisé une ligne de crédit et qu’elle n’a jamais été utilisée. Trois remarques. Un : pourquoi ce crédit supplémentaire ? Pour répondre au chantage des agences de notation qui, n’ayant pas anticipé l’évolution du marché, la suivent en dégradant la note financière. Ce milliard d’euros a été trouvé en dix jours. Je sais bien que les banques sont charitables mais en général elles ne prêtent que si elles pensent qu’elles seront remboursées.

–         N’ont-elles pas accepté d’accorder ce crédit parce que vous étiez parti ?

–         Peut-être, la crise à mon égard était telle que j’étais devenu un problème.

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