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Comment éviter les mauvaises assurances vie et choisir un bon contrat ? Les explications de Deontofi.com vous aident à regarder les bons critères pour comparer et choisir des placements adaptés. (photo © GPouzin)

L’assurance vie s’est imposée au cours des dernières décennies comme placement favori des Français, avec plus de 1500 milliards d’euros d’épargne, en particulier grâce à son statut fiscal avantageux, mais aussi grâce à des caractéristiques appréciées des épargnants: sécurité, simplicité et performance. Ce panorama général recouvre toutefois des réalités très différentes où le meilleur côtoie le pire. Comment éviter les mauvais contrats ? Les explications de Deontofi.com

Cinq minutes pour comprendre :
Retrouvez ici l’interview TV sur ce thème dans l’émission Ecorama du 12/10/2015

1/ Quels critères regarder, quels sont les quatre ou cinq points de contrôle prioritaires ?

– Comme beaucoup de placements, il fait comprendre clairement quatre caractéristiques principales : la rentabilité passée (future inconnue, sauf si garantie et dans ce cas comment), la sécurité, la liquidité, c’est-à-dire les possibilités de récupérer son argent, et les frais.
Pour les placements en assurance vie, on retrouve ces principales familles de critères, mais il faut les lire à deux niveaux car l’assurance vie, en soit, n’est qu’une enveloppe juridique et fiscale, à l’intérieur de laquelle on trouve différents types de placements. Le plus connu est le fonds en euros (attention, pas le fonds eurocroissance ou eurodiversifié que les assureurs tentent de développer depuis quelques temps). Jusqu’aux années 1990, les contrats d’assurance vie étaient principalement monosupports, limités au fonds en euros, c’est-à-dire l’actif général de la compagnie d’assurance vie géré en bon père de famille avec des gains accumulés tous les ans sans risque de perte. Mais aujourd’hui, quasiment tous les contrats sont multisupports, c’est-à-dire que l’on peut vous proposer quasiment n’importe quel type de placement dans le cadre d’une assurance vie, sous forme de support en unité de compte, appelées UC.

2/ Alors comment s’y retrouver et comment éviter les mauvais contrats d’assurance vie ?

– Logiquement, il y a deux façons d’éviter les mauvais contrats d’assurance vie, soit en souscrivant un bon contrat, soit en évitant l’assurance vie tout court. Cela nous ramène à critères d’analyse des placements que l’on peut souscrire dans une assurance vie, mais pour simplifier on peut commencer par les caractéristiques du contrat et du principal placement que les épargnants souscrivent dans ce contrat, c’est-à-dire le fameux fonds en euros. Pour ce qui est du contrat, la première chose à regarder est qu’il s’agit bien d’un contrat à retraits et versements libres sans pénalités si l’on doit récupérer son argent rapidement en cas de besoin imprévu. Cela paraît évident et c’est le cas pour la majorité des contrats aujourd’hui, mais il y avait pendant très longtemps des contrats « vie entière » avec des frais précomptés confiscatoires, sur lesquels les épargnants se faisaient plumer en cas de retrait, ou même s’ils arrêtaient les versements qu’ils s’étaient engagés à faire. C’est plus rare, mais il reste encore des clauses de ce type cachées dans certains mauvais contrats, à éviter absolument. De même qu’il faut éviter les contrats dits « mixtes » qui mélangent une assurance décès et une assurance vie car ils sont souvent totalement opaques et désavantageux pour les épargnants.

3/ Et concernant les frais des contrats d’assurance vie eux-mêmes ?

– Comme on l’avait vu dans une précédente chronique sur les frais des Sicav, les frais de l’assurance vie se décomposent en plusieurs strates. Il y a d’abord les frais d’entrée, ou frais sur versements. Sur ce point, on peut déjà éliminer pas mal de candidats en évitant tous les contrats avec des frais sur versements, car on dispose aujourd’hui de très bons contrats avec zéro frais d’entrée proposés par les banques et courtiers en ligne, ou même sur rendez-vous dans l’un de leurs bureaux pour ceux qui sont réticents à souscrire sur Internet. Mais il faut nuancer ce choix, car tous les contrats d’assurance vie avec des frais sur versements ne sont pas forcément mauvais, simplement les frais effectivement prélevés sur les versements, qui sont toujours négociables, doivent rémunérer une vraie prestation de conseil ou d’accompagnement à la hauteur de leur montant. Si la souscription s’inscrit dans une prestation de conseil plus globale, avec des conseils fiscaux ou d’organisation de patrimoniale pointus, on peut comprendre que le travail du conseiller soit rémunéré par ces frais.

Ensuite il faut regarder les frais de gestion annuels du contrat, qui varient généralement entre 0,5 et 1%. Les contrats avec le plus de frais de gestion sont moins performants à long terme puisque ces frais peuvent grignoter 1% ou plus de vos économies chaque année, en plus des frais de gestion des supports en unités de compte, ce qui finit par être assez pénalisant au bout de quinze ou vingt ans.

Enfin si l’on envisage de gérer ses investissements en assurance vie en changeant de temps en temps de support d’investissement, entre le fonds en euros et les placements boursiers en unités de compte, il faut aussi regarder les modalités et les frais d’arbitrage, c’est-à-dire la réactivité pour passer d’un support à l’autre et la commission variable ou forfaitaire qui est prélevée à chaque fois que l’on passe d’un placement à un autre. Là encore, si l’on peut gérer son contrat de façon autonome, on peut éliminer tous les contrats avec des frais d’arbitrage puisque les contrats des banques et courtiers en ligne n’en prélèvent pas.

4/ Mais l’assurance vie, ce n’est pas que le fonds en euros.

– Vous avez raison, aujourd’hui l’assurance vie permet d’investir dans des gammes de placements très variées, proposées sous forme d’unités de compte. C’est une opportunité pour diversifier ses économies mais qui reste très secondaire dans l’esprit des épargnants puisque plus de 80% des placements des Français en assurance vie, plus précisément 83% à fin 2014, sont investis sur le fonds en euros sans risque de leur contrat. Alors une bonne assurance vie, c’est d’abord une assurance vie avec un bon fonds en euros. Comment repérer les meilleurs et éviter les moins bons ? En fonction de leur rendement, bien sûr. Par exemple, le rendement moyen des fonds en euros était de 2,5% en 2014, et on s’attend à un rendement moyen autour de 2,25% pour 2015, selon les dernières estimations du cabinet Facts & Figures. Un bon contrat, c’est évidemment un contrat dont le fonds en euros rapporte nettement plus que la moyenne, disons avec un rendement autour de 3% en 2014.

Mais il faut aussi que ce rendement reste correct dans la durée, et là c’est plus compliqué, car les assureurs peuvent attribuer le rendement qu’ils veulent à chacun de leur contrat en fonction de leur stratégie commerciale, au-delà de la simple performance de leurs investissements. Par exemple ils peuvent avantager un nouveau contrat en lui attribuant un rendement élevé pour attirer les souscripteurs, et réduire le rendement attribué aux vieux contrats qu’ils ne mettent plus en avant, au détriment des épargnants les plus fidèles. Donc pour éviter ces mauvais contrats il est utile de vérifier l’ancienneté du contrat et la régularité de son rendement sur longue période.

5/ Et quels sont les critères de choix d’un bon contrat multisupports ? Par exemple combien faut-il avoir de supports différents ?

– Là encore, la qualité compte plus que la quantité. Bien sûr, si l’on veut gérer activement ses économies en faisant des investissements très diversifiés sur de nombreux fonds d’investissements ou Sicav, on aura intérêt à privilégier un contrat avec au moins une cinquantaine d’unités de compte différentes. Mai ensuite, qu’il y ait un catalogue de 50, 100, 500 ou 2000 fonds ne change pas grand-chose. De fait, même les contrats les plus ouverts ont réduit le nombre de supports qu’ils mettent en avant pour simplifier le choix de leurs clients, et aussi pour réduire le poids de la documentation obligatoire qu’ils doivent remettre aux souscripteurs. Dans la pratique, on a des contrats qui ont proposé à une époque plus de 1000 fonds, et qui n’en affichent aujourd’hui que 100 ou 200. Cela ne veut pas dire que les autres ont disparu, le plus souvent on peut les demander. Mais ils ne sont pas mis en avant par défaut.

Il y a aussi des très bons contrats avec un choix limité de supports, par exemple une poignée ou une douzaine de fonds, mais bien sélectionnés, avec des performances régulières et des frais raisonnables, sachant qu’ils grignotent aussi chaque année l’argent placé, en plus des frais du contrat. L’important est qu’on y trouve des fonds permettant de diversifier ses placements sur les principaux marchés, par exemple en actions européennes, américaines ou asiatiques, avec éventuellement quelques autres spécialités, comme les valeurs foncières ou les valeurs minières et de matières premières. Même si elles ne sont plus à la mode depuis trois ans, cela peut revenir. A l’inverse, il existe de mauvais contrats ou même de bons contrats sur lesquels on trouve aussi de mauvais placements, par exemple en faisant miroiter des objectifs de rendement illusoires ou liés à un risque élevé qui est minimisé. Ce sont des sources de déception et, même de procès quand leurs caractéristiques sont trompeuses.

6/ Est-ce qu’il y a d’autres caractéristiques à regarder ?

– Oui, bien sûr, si l’on veut regarder dans le détail il y a plein d’autres caractéristiques utiles, par exemple la garantie plancher, qui est une sorte d’assurance garantissant au souscripteur d’un contrat que ses bénéficiaires ne seront pas pénalisé par une baisse des unités de compte en cas de décès du souscripteur dans une période où son contrat est en perte. Il faut alors regarder les modalités et la tarification de cette garantie plancher. Parmi d’autres points on peut aussi mentionner les possibilités de versements ou de retraits programmés, qui sont pratiques mais ne doivent pas occasionner de frais supplémentaires. Dans beaucoup de contrats on trouve aussi maintenant des options de pilotage automatiques qui sont intéressantes, par exemple pour investir progressivement les intérêts distribués par le fonds en euros sur des supports plus diversifiés, ou au contraire pour sécuriser progressivement les gains éventuels des supports boursiers en les transférant régulièrement sur le fonds en euros sans risque. Ce qu’il faut retenir est que l’assurance vie est une boîte à outil d’une grande diversité avec laquelle on peut faire beaucoup de choses. Mais, si c’est principalement pour avoir un bon fonds en euros, on n’a pas forcément besoin de prendre la panoplie la plus compliquée.

Cinq minutes pour comprendre :
Retrouvez ici l’interview TV sur ce thème dans l’émission Ecorama du 12/10/2015
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9 commentaires

  1. COSTES, le

    Bonjour,
    En août 1997 j’ai rassemblé toutes mes économies et souscrit un multisupports, auprès d’un Cabinet de gestion de patrimoine, en effectuant un versement unique.
    Je n’ai jamais effectué de rachat partiel. Au 31/12/2015 la performance était de quelque 25%.
    Avec la baisse des marchés, au premier trimestre, elle est, aujourd’hui, plutôt de 18 %.
    Quelqu’un pourrait-il m’indiquer:
    1°Si une performance de 18 % préserve le capital versé en 1997. Autrement dit, la somme versée a-t-elle été préservée en valeur constante?
    2°Quelle est la formule a utiliser pour calculer la performance annuelle moyenne.
    Les capitaux ayant progressé de 18 % en 18,5 ans.
    Le contrat est souvent porté aux nues, labellisé, couvert de lauriers…
    Mais les frais sont relativement élevés et la performance du fond en €uros  Coralis Opportunité , bien que boosté, est juste dans la moyenne.
    Aussi, j’envisage d’effectuer un rachat et de positionner les fonds sur un multisupports récent, de meilleure facture et moins chargé en frais, et pourquoi pas, doté d’une gestion pilotée sous mandat.
    Le transfert des contrats d’assurance-vie n’étant pas possible, il va de soi qu’un rachat fait perdre l’antériorité et tout ce qui va avec à savoir :
    1°L’exonération de l’abattement des 152 000 euros par bénéficiaire.
    2°L’exonération de la taxation des 7,5 %.
    Je me rends compte que les contrats anciens sont comme des mille feuilles, et qu’il n’est pas facile d’en maîtriser tous les tenants et les aboutissants.
    Et si l’opération rachat/souscription est effectuée après 70 ans voilà qu’il y a encore des choses à prendre en considération…
    Merci infiniment pour votre attention, vos éclairages et vos points de vue.

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    • Gilles Pouzin, le

      Bonjour et merci cher lecteur pour ces questions pertinentes et fort intéressantes.
      Nous préparons des offres d’abonnements à forte valeur ajoutée vous permettant d’avoir une réponse individualisée à ce type de question en plus de l’accès exclusivement réservé aux abonnés, à des articles pointus répondant à de nombreuses problématiques patrimoniales comme celle-ci.
      Si vous êtes intéressé, merci de nous contacter par le biais de notre formulaire de contact confidentiel.
      Bonne lecture sur Deontofi.com

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    • Gilles Pouzin, le

      Bonjour chère lectrice et merci pour votre commentaire parfaitement pertinent.
      Il existe encore quelques bons contrats d’assurance vie monosupport, c’est-à-dire proposant exclusivement un placement sur le fonds en euros sans risque de la compagnie d’assurance, comme le Compte Epargne CARAC, qui a distribué à ses souscripteurs un rendement de 2,9% en 2015 (avant prélèvements sociaux et taxes, soit un peu moins que les 3,05% annoncés par le contrat Afer mais bien plus que la moyenne des contrats des grandes banques, voire mieux que certains contrats d’assurance vie en ligne dont le rendement est descendu sous les 3% dès 2014).
      Merci pour votre contribution et bonne lecture sur Deontofi.com

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  2. de Froissard, le

    Bonjour

    Merci pour ce résumé qui inventorie beaucoup de caractéristiques mais auquel je rajouterai 3 remarques :

    – la part en Unité de comptes souscrites par les épargnants est à la hausse quand les marchés montent et à la baisse quand les marchés baissent. Souvent un CGPI permet de corriger ce phénomène. Il apporte donc de la performance sur le long terme.

    – pour rémunérer un CGP, les frais de gestion sont de 1% la plupart du temps. Les frais d’entrées sont parfois demandés mais de plus en plus remplacés par des honoraires d’étude pré-souscription. En effet un certain nombre d’erreurs ne sont pas commises si l’on souscrit avec : origine des fonds, clause bénéficiaires, ….

    – enfin j’aurais aimé que vous parliez de la clause de sauvegarde et de l’illiquidité à venir des fonds euros des contrats d’assurance-vie. Futur scandale en cas de remontée des taux. Là encore le CGPI pourra avoir une lecture bien différente de celle de l’épargnant seul devant son ordinateur ou face à son banquier.

    CGPI : Conseil en Gestion de Patrimoine Indépendant

    Cordialement

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    • julien, le

      Bonjour,
      Tres bon article – Merci
      Pour le commentaire au dessus de Mr de Froissard, etant neophite pourriez vous expliquez les « clause de sauvegarde et de l’illiquidité à venir des fonds euros des contrats d’assurance-vie ». Merci d avance.

      julien

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      • Gilles Pouzin, le

        Bonjour cher lecteur et merci pour votre commentaire.
        Quel que soit le système d’épargne, si tous les épargnants veulent récupérer leur argent en même temps, il s’écroule. Cette remarque générale recouvre des situations bien différentes, entre les dépôts bancaires, une Sicav ou une compagnie d’assurance vie.
        Dans le cas de l’assurance vie, les assureurs ont une solvabilité infiniment plus solide que celle des banques, au moins en théorie, car ils ne peuvent prêter plus qu’ils n’ont de ressources (contrairement aux banques).
        En pratique, les assureurs auraient néanmoins des difficultés à vendre du jour au lendemain tous leurs actifs, et notamment les obligations qu’ils possèdent dans leur actif général (représentatif du fonds en euros), si tous les souscripteurs retiraient leur argent du fonds en euros en même temps, par exemple pour placer leurs économies sur des titres plus rentables en cas de très forte hausse des taux. La réglementation et les contrats d’assurance vie prévoient ainsi des clauses pour limiter les retraits, les étaler ou les interdire dans certaines situations extrêmes, comme cela existe pour les Sicav. Il est utile de connaître cette subtilité pour comprendre que l’assurance vie n’est pas plus indestructible que d’autres placements en cas de scénario catastrophe. Mais dans la réalité, comme j’ai répondu au lecteur précédent, c’est un sujet sur lequel j’ai déjà enquêté de façon approfondie à deux reprises (en 1995 et en 2009) pour arriver à la conclusion que le risque était sans doute moins élevé qu’il peut paraître quand on « joue à se faire peur ». Promis, j’essayerai de trouver le temps pour actualiser ces enquêtes plus en détail.

      • de Froissard, le

        Bonjour Monsieur

        Etant donné la composition des portefeuilles des assureurs concernant leur fonds euros, ils sont à 83% composés d’obligation d’Etat ou para-publiques.

        Hors ces taux sont faibles (2,5% en moyenne maximum)

        Une forte remontée des taux amènerait l’assureur (qui l’a prévu) à bloquer temporairement les rachats à hauteur de 20% de l’actif par exemple et interdire les arbitrages. AXA l’a écrit dans tous ses fonds euros depuis 10 ans… D’autres feront prendre un décret…

        Cordialement

    • Gilles Pouzin, le

      Bonjour cher lecteur et merci pour votre commentaire et ces compléments pertinents.
      En particulier le sujet du caractère moutonnier des souscriptions de supports risqués quand les performances passées sont rassurantes, sur lequel je reviendrai dans une prochaine chronique de façon plus documentée.
      Concernant « la clause de sauvegarde et de l’illiquidité à venir des fonds euros des contrats d’assurance-vie. Futur scandale en cas de remontée des taux », c’est aussi un sujet que j’ai déjà traité pour arriver à la conclusion que le risque était sans doute moins élevé qu’il peut paraître quand on « joue à se faire peur », mais j’y reviendrai aussi.
      Merci en tout cas pour votre contribution constructive au débat et à la connaissance des épargnants.
      Bonne lecture et partagez les articles de Deontofi.com qui vous intéressent avec vos contacts.

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