Y-a-t-il une limite à la baisse de l'indice CAC 40 quand les investisseurs reprennent conscience des problèmes du monde inquiétant dans lequel nous vivons ? (photo © GPouzin)

Y a-t-il une limite à la baisse de l’indice CAC 40 quand les investisseurs reprennent conscience des problèmes du monde inquiétant dans lequel nous vivons ? (photo © GPouzin)

Après un plongeon de 20% de l’indice CAC 40 en trois mois, son rebond de 6,5% en deux jours témoigne de la nervosité des investisseurs face aux yoyos de la Bourse. L’effondrement de l’indice des 40 premières actions françaises a-t-il une limite ? L’essentiel de la baisse est-il devant ou derrière nous ? Pourquoi les indices boursiers ne meurent jamais ? Les éclairages de Deontofi.com

Cinq minutes pour comprendre :
Retrouvez ici l’interview TV sur ce thème dans l’émission Ecorama du 15/02/2016

1/ Y a-t-il une limite à l’effondrement du CAC 40 ?
– Bien sûr qu’il y a une limite à l’effondrement du CAC 40, il y en a même plusieurs. Pour répondre à cette question sereinement dans un contexte un peu affolé, il faut d’abord bien distinguer l’enjeu des paniques boursières, selon qu’elles portent sur une valeur ou un secteur, l’indice boursier de tout un pays ou des ses plus grands groupes, comme le CAC 40, ou encore un indice boursier international ou mondial. Ensuite, pour mieux appréhender la profondeur du gouffre, il faut aussi prendre un peu de recul afin de comprendre le mécanisme des spirales baissières, ou haussières d’ailleurs, puisqu’on y retrouve des ingrédients psychologiques identiques.

2/ Pour reprendre l’exemple du CAC 40, jusqu’où peut-il s’effondrer ? Quelle est la limite ?
– En théorie, tout ce qui ne vaut pas zéro peut perdre 100% de sa valeur. Cela peut paraître une lapalissade mais il faut rappeler que ce n’est pas le cas sur tous les marchés, comme le Forex ou certains marchés d’options sur lesquels on peut perdre plus que sa mise, c’est-à-dire plus que 100%. C’est important de le préciser, car on ne peut pas perdre plus de 100% sur un investissement boursier mais à l’inverse, on peut gagner plus que 100%. Cette asymétrie entre le risque de perte et les possibilités de gain est précisément un des avantages de l’investissement en actions qui n’est pas un jeu à somme nulle.

3/ Cela veut dire qu’un indice boursier comme le CAC 40 aurait théoriquement un risque de perte potentiel de 100% ?
– Non, car comme on l’a évoqué, le risque de baisse est totalement différent entre chaque action prise individuellement et un indice boursier, qui est une sorte de panier regroupant plusieurs actions. Si on les prend une par une, chaque société est exposée à un risque de faillite, mais en pratique ce genre de catastrophe est totalement improbable pour un panier de valeurs comme l’indice CAC 40 des quarante principaux groupes cotés à la Bourse de Paris, l’indice DAX allemand, l’Euro Stoxx 50 européen ou le Dow Jones américain.
On n’a jamais vu, à ma connaissance, d’indice boursier normalement constitué perdre 100% de sa valeur, et ce pour une raison très simple, c’est que les indices boursiers ne meurent jamais, si l’on peut dire. D’abord on vient de le voir, un indice boursier est généralement composé de plusieurs dizaines ou centaines de sociétés différentes, voire plus de 1000 valeurs différentes pour les indices boursiers les plus diversifiés. Déjà avec un tel niveau de diversification il est complètement improbable que toutes les sociétés d’un indice boursier fassent faillite en même temps.
Ensuite, il est extrêmement rare que des sociétés composant un indice de grandes valeurs comme le CAC 40 fassent faillite. Non pas qu’elles soient à l’abri d’un tel naufrage, mais simplement parce que les sociétés qui vont trop mal sont généralement exclues de l’indice CAC 40 avant qu’elles ne valent plus rien, pour être remplacées par d’autres.

4 / Si les indices boursiers ne meurent jamais, concrètement, jusqu’à quel niveau pourrait s’effondrer le CAC 40 ?
– En niveau absolu, c’est difficile à dire et ça n’a pas forcément beaucoup de sens, car comme on vient de le voir, la composition de l’indice varie au fil des années, son niveau absolu est donc moins important que l’ampleur de ses fluctuations. Si l’on prend les deux derniers grands krachs de la décennie 2000, l’indice CAC 40 a perdu à chaque fois environ les deux tiers de sa valeur. Entre le record historique du CAC 40, à 6945 points en séance le 4 septembre 2000 et son creux du 12 mars 2003, à 2403 points, la baisse avait atteint 65%. Et une seconde fois, entre le pic de 6168 points atteint le 1er juin 2007, et le creux de 2465 points en séance le 9 mars 2009, la baisse avait encore atteint 60 %.
Ensuite il y aussi eu des épisodes de baisse, des marchés baissiers comme on dit, comme ceux que les Bourses européennes ont traversé en raison de la crise des finances publiques consécutive à la crise bancaire. L’indice CAC 40 a ainsi rechuté une première fois en 2010, d’environ 20% en moins d’un mois, entre son palier de 4082 points atteint le 12 avril 2010 et un creux de 3287 points en séance le 25 mai 2010, niveau qu’il retrouvera d’ailleurs six semaines plus tard début juillet après un bref rebond. On a un second krach l’année suivante, avec cette fois un plongeon de 33% de l’indice CAC 40 en sept mois, entre son pic du 16 février 2011 à 4170 points et son creux du 22 septembre 2011 à 2771 points. Puis une troisième fois en 2012, avec une rechute de l’indice CAC 40 d’environ 19% en moins de trois mois, entre un palier de 3600 points le 16 mars et un nouveau creux de 2927 le 4 juin 2012.

5/ Et aujourd’hui, à quoi ressemble la baisse récente ? Où en est-on ?
– Comme vous l’avez remarqué, il faut bien voir qu’une partie de la baisse a déjà eu lieu. Au printemps dernier tout le monde se félicitait de la bonne tenue de la reprise boursière, quand l’indice CAC 40 était remonté jusqu’à 5283,71 points le 27 avril 2015. Depuis, l’indice CAC 40 a connu deux rechutes assez sévères. D’abord avec le premier choc de ralentissement chinois qui avait fait baisser l’indice CAC 40 jusqu’à un creux de 4383,26 points le 24 août 2015, soit une baisse de 17% en quatre mois. Puis l’indice CAC 40 était remonté à 4950 points le 4 novembre 2015, avant sa dernière rechute à 3892 points le 11 février 2016, ce qui représente une baisse de 21% en à peine plus de trois mois, et une chute de plus de 26% en dix mois par rapport à son pic d’avril 2015.

6/ Mais y a-t-il une limite à cette rechute de l’indice CAC 40 ?
– Cela va dépendre évidemment de l’ampleur des mauvaises surprises que les banques ont dissimulées dans leurs comptes et du degré de contamination du système financier par leurs nouvelles opérations spéculatives. Sur ce point, c’est toujours un mystère avec les autorités bancaires qui répètent que les banques sont solides d’un côté, et de l’autre les cours de ces mêmes banques qui semblent indiquer le contraire.
Tant qu’on n’aura pas rétabli la séparation des activités spéculatives des banques, comme les Etats-Unis l’avaient imposée de 1933 à 1999, on continuera d’être exposés à des risques de vrais krachs, comme ceux des années 2000 ayant entraîné des chutes de plus de 60% de l’indice CAC 40, voire comme le krach de Wall Street des années 30. Entre son pic de septembre 1929, à près de 400 points, et son creux de juillet 1932, à près de 40 points, l’indice Dow Jones des principales actions américaines avait perdu 90% de sa valeur en trois ans et il avait fallu attendre vingt-cinq ans, jusqu’en 1954, pour que la Bourse de New York retrouve son pic de 1929.

7/ C’est un scénario très pessimiste, risque-t-il vraiment de se réaliser ?
– Non, au contraire. Comme dit un proverbe boursier, « le pire n’est jamais sûr ». Et comme tous les événements extrêmes, la fin du monde a plutôt moins de probabilité de se produire que d’autres évolutions moins spectaculaires. Heureusement, tous les marchés baissiers ne dégénèrent pas en krach comme ceux des années 2000. Même s’il y a des mauvaises nouvelles et que l’on vit dans un monde inquiétant, ce n’est pas totalement nouveau. Les investisseurs ont parfois tendance à l’oublier mais en reprennent régulièrement conscience, comme en témoigne leur désarroi actuel.
De ce point de vue, on peut penser que la correction a été assez sévère depuis un an et qu’elle pourrait effectivement approcher d’une limite qui se situerait entre 30 et 33% de baisse de l’indice CAC 40 par rapport à son pic d’avril 2015 ce qui est déjà beaucoup, représentant un plongeon de l’indice CAC 40 entre 3700 et 3500 points, ce qui est déjà beaucoup. Fondamentalement, les actions restent une des grandes classes d’actifs et à un certain niveau de cours elles finissent toujours par attirer des acheteurs à l’affût de bonnes affaires. Du coup, il est très difficile de parier sur une baisse sans fin et ceux qui y croient sont souvent pris de cours par les reprises comme celle des jours derniers. Il faut s’habituer et apprendre à s’adapter aux yoyos dont la Bourse est coutumière.

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