Pour les salariés ayant accès à un Plan d’épargne d’entreprise (PEE), il s’agit d’un placement souvent très avantageux, malgré des frais opaques et des performances discutables, grâce au cadeau que peut verser leur employeur sous forme d’abondement. Mais attention ! Car après leur départ de l’entreprise, les ex-salariés qui conservent leur PEE se font discrètement piller leur épargne au fil des années, au risque de ne plus rien avoir s’ils n’y prennent pas garde.

Laisser de l'argent sur votre plan d'épargne entreprise (PEE) après avoir quitté la société vous expose à des prélèvements de frais cachés par votre établissement teneur de copte. Ne le tentez pas ! (photo © GPouzin)

Laisser de l’argent sur votre plan d’épargne entreprise (PEE) après avoir quitté la société vous expose à des prélèvements de frais cachés par votre établissement teneur de compte. Ne le tentez pas ! (photo © GPouzin)

Cinq minutes pour comprendre :
Retrouvez ici l’interview TV sur ce thème dans l’émission Ecorama du 18/05/2015.

Ne décourageons pas les bonnes idées, l’épargne salariale en est une. Pour les salariés disposant d’un PEE (Plan d’épargne entreprise) ou d’un Perco (Plan d’épargne retraite collectif) dans leur société, ce placement permet d’épargner avec un coup de pouce de leur employeur. Si le salarié verse 100 euros sur son PEE, soit en y plaçant l’argent reçu au titre de l’intéressement et de la participation aux bénéfices, soit sous forme de versement volontaire ponctuel, son employeur peut «abonder» cette épargne en versant sur son PEE jusqu’à trois fois ce montant.

Au sein de leur PEE, les salariés ont accès à des gammes de placements de plus en plus variées en fonds communs de placements d’entreprise (FCPE). Même si leurs frais sont souvent plus élevés et plus opaques que la plupart des Sicav et fonds classiques, les FCPE de trésorerie sans risque permettent d’éviter les mauvaises surprises.

En revanche, il semble impossible pour les salariés d’éviter les mauvaises surprises avec leur PEE lorsqu’ils quittent leur entreprise, que ce soit dans le cadre d’une démission, d’un licenciement, d’une rupture conventionnelle ou d’un départ en retraite.

Le plan d’épargne d’entreprise (PEE) est mis en place chez un intermédiaire appelé «teneur de compte», filiale d’une banque (BNP, SocGen…) ou d’un groupe de protection sociale (Humanis…) par l’employeur (avec ou sans l’intervention des représentants du personnels et délégués syndicaux, selon la situation et taille de la société). Lors de cette mise en place, la banque «teneur de compte» prévoit généralement toute une kyrielle de frais, plus ou moins cachés, le plus souvent payés par l’entreprise pour ses salariés, tant qu’ils sont salariés…

Dès qu’il quitte l’entreprise, l’ex-salarié titulaire d’un PEE est livré à la merci du teneur de compte qui commence à grignoter ses économies en soutirant chaque année de nouveaux frais de tenue de compte ou autres frais administratifs plus créatifs les uns que les autres, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien, comme l’observe la médiatrice de l’Autorité des marchés financiers dans les réclamations reçues à ce sujet.

Pour en avoir le cœur net, Deontofi.com a vérifié et comparé quelques relevés de comptes d’épargne salariale de trois ex-salariés après le départ de leur entreprise.

Après avoir quitté leur entreprise, la plupart des ex-salariés ayant gardé leur PEE ignorent qu’il est siphonné par les frais au fil des années, car ils ne regardent pas leurs relevés de près. Ou parce qu’ils ne peuvent pas voir réellement l’étendue des dégâts, tant la méthode de ce petit pillage est discrète et bien cachée à leurs yeux.

C’est ce qui aurait pu arriver à cette lectrice de Deontofi.com, si elle n’avait pas sollicité notre service d’audit de son épargne à temps. Cette ancienne collaboratrice du groupe d’information financière Thomson-Reuters avait un plan d’épargne entreprise (PEE) géré par la société Inter Expansion (groupe Humanis), sur lequel il lui restait la modique somme de 156,74 euros fin 2014. Or, en auditant ce placement, on découvrait que des frais de tenue de compte de 27 euros lui avaient été prélevés en 2014, après 24,54 euros en 2013, soit 25% de ses petites économies littéralement gloutonnées par ce joyeux teneur de compte en deux ans. Sans compter ce qu’il avait pu siphonner avant !

Alors que ce mangeur d’épargne salariale semblait bien informé du départ de la salariée de l’entreprise, il continuait à lui communiquer sur son relevé une « disponibilité » des fonds le 1er mai 2015, sans l’avertir qu’elle aurait pu récupérer ses économies dès sont départ de l’entreprise, pour éviter de se les faire piquer par Inter Expansion… Ce qu’elle a évidemment fait dès que Deontofi.com lui a ouvert les yeux sur ce pillage.

Même surprise pour une ancienne salariée de Truffle Capital, une société de fonds à risque à la réputation scabreuse, bénéficiaire d’un plan d’épargne interentreprises (PEI) et d’un Plan d’épargne retraite collectif interentreprises (Perco-i) ouvert par cet employeur auprès de la Société Générale.

Après avoir bataillé pour récupérer l’argent disponible sur son PEI, elle découvre que ses économies bloquées jusqu’à la retraite sur son Perco-i enrichissent surtout la banque ! Son épargne est répartie entre un fonds commun de placements d’entreprise (FCPE) «Choix Equilibre», devenu «Choix Patrimoine», avec des frais assez opaques d’au moins 2% par an, et un FCPE «Choix Sécurité» placé en « Amundi Tréso Eonia ISR » qui « se voit appliquer une commission de surperformance de 50% (…) au-delà de l’indicateur Eonia capitalisé ». En clair, la moitié des gains pour la banque dès que le fonds rapporte plus que zéro… Le taux Eonia étant négatif depuis octobre 2014.

En plus de ces commissions discrètement escamotées à l’intérieur des fonds, l’ex-salariée de Truffle Capital s’est vu prélever 112,35 euros de frais par la Société générale sur son Perco-i en quatre ans ! À ce rythme, qui lui garantit que la Société générale ne finira pas par lui prélever davantage de frais qu’elle ne lui versera de retraite ? Merci le Perco !

Les journalistes financiers eux-mêmes ne sont pas à l’abri d’un siphonnage de leur épargne salariale, comme en découvrent les ex-salariés du magazine Le Revenu titulaires d’un PEE géré par BNP Epargne Retraite Entreprises (BNP-ERE). Dès l’année suivant leur départ de l’entreprise, ils peuvent voir leur épargne sans risque amputée de 32,70€ par an à leur insu, par BNP Paribas, en toute opacité et sans la moindre information.

Pour éviter que leurs économies soient lentement dévorées au fil des années par ces frais sournois, une seule solution : les retirer des griffes de BNP. Avant de lui rendre l’argent restant, BNP Paribas rançonne alors une dernière fois l’ancien salarié, en lui piquant 48,20 euros de «frais administratifs», tout aussi opaques et imprévus que ses frais de tenue de compte. Total: plus de 80 euros de frais arbitraires, confirmant l’existence de ces pratiques scandaleuses, en plus bien sûr des frais de gestion prélevés par millions d’euros à l’intérieur des fonds communs de placement d’entreprise (FCPE), sans en informer vraiment les souscripteurs.

Rappelons au passage que BNP-ERE n’a pas très bonne presse en matière de déontologie, surtout depuis l’étrange suicide de sa responsable de conformité dont on peut imaginer le calvaire, face à un employeur plus pressé de piller ses clients sans leur dire que de réellement respecter les réglementations, comme il l’a prouvé avec les activités de financement illégales du Soudan et de l’Iran sanctionnées par 8,9 milliards de dollars d’amende en 2014.

Ces trois anecdotes montrent que même des salariés a priori bien informés des méthodes du secteur financier (Thomson-Reuters, Truffle Capital, Le Revenu) peuvent se faire traire comme des vaches à lait par leurs gérants d’épargne salariale ! Dans ces conditions on imagine combien les salariés d’autres secteurs peuvent devenir des proies encore plus faciles pour les prédateurs de l’épargne salariale…

C’est malheureux, mais le meilleur conseil que l’on puisse donner aux titulaires d’épargne salariale est d’être extrêmement vigilants après leur départ de l’entreprise dans laquelle ils ont bénéficié d’un PEE. Les plus méfiants pourront demander le retrait de l’intégralité de leurs fonds, en profitant de cette possibilité de déblocage anticipé pour les versements effectués depuis moins de cinq ans. Les autres auront intérêt à bien vérifier les frais qui leurs sont soutirés, en comparant leurs relevés à la fin de la première année civile suivant leur départ de l’entreprise, par rapport au relevé à la fin de leur dernière année dans l’entreprise. Ces relevés ne sont pas faciles à décrypter, comme en témoignent les réclamations reçues par la médiatrice du gendarme boursier.

Pour ses lecteurs les plus fidèles qui seraient intéressés par cette prestation, Deontofi.com proposera bientôt un service d’information sur mesure pour aider les épargnants à déchiffrer leurs relevés et à évaluer les frais qui leurs sont prélevés en douce par les banques et établissements financiers.

Malgré les promesses d’amélioration de la transparence des frais prélevés à tous niveaux par les prestataires de services financiers, il y a fort à parier qu’il restera suffisamment de zones d’ombres pour qu’un tel éclairage garde sa pertinence.

Bonne lecture sur Deontofi.com

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15 commentaires

  1. Maisonneuve, le

    Bonjour agent de la SNCF et retraité depuis un mois, j’ai soldé mon PEE . Il était géré chez Natixis jusqu’à décembre 2016 et vient d’être repris par Amundi début janvier 2017 suite un appel d’offre de la SNCF.
    Je reçois mon chèque d’Amundi amputé de frais de conservation et d’archivage trentenaire après solde de compte pour un montant de 25€. J’ai effectué ma demande de remboursement par internet et suis certain que c’était une option que j’ai décochée.
    Racket, vente forcée…. très opaque surtout qu’à l’occasion de ce transfert de Natixis vers Amundi nous n’avons reçu ni signé aucune conditions générales de la part d’Amundi . Après appel du télé-opérateur de Amundi pas de réponse claire : « ce sont des frais pour clôture de compte…c’est toujours comme ça ! .. »
    C’est inadmissible, j’envoie un courrier postal de réclamation pour exiger le remboursement et souhaiterais savoir quel service officiel interpeller sur ces agissements qui semble illégaux.
    merci.

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  2. Commissions, le

    L’article relève: « FCPE «Choix Sécurité» placé en « Amundi Tréso Eonia ISR » qui « se voit appliquer une commission de surperformance de 50% (…) au-delà de l’indicateur Eonia capitalisé » »
    Il s’agit d’un très gros fonds 22, 7 milliards d’euros fin 2013, 22,5 fin 2014 et 21,1 fin 2015. Ces commissions de ‘surperformance’ s’ajoutent aux commissions de gestion fixes qui suivant les parts sont de 0,10% ou 0,25%.
    Les chiffres sont transparents. Ces commissions apparaissent dans les rapports annuels mis en ligne. Ainsi pour les années 2013, 2014, 2015 les commissions de gestion totales des différentes parts seraient respectivement de 24,2 millions d’euros, 23,4 et 22,0; les commissions de performance de 10,3, 13,4 et 11,2; soit un total de 34,6, 36,9 et 33,3. Sur ces 3 ans les commissions de gestion totaliseraient 69,7 millions, les commissions de performance 35,1 pour un total de commissions de 104,9 millions. Il faudrait éventuellement y ajouter les frais de transactions qui sont chiffrés dans la rubrique évolution de l’actif net en euros, soit 20,6 millions cumulés sur 3 ans.
    Des prélèvements impressionnants pour un seul et même fonds. Tout cela se justifie-t-il? Tout cela est-il légitime?

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  3. Christ, le

    Idem pour moi !
    Je viens de récupérer mon épargne chez AMUNDI suite à ma démission.
    Dans les 15 jours qui ont suivi mon départ, je reçoit un courrier m’informant que dorénavant les frais de tenue de compte seront à ma charge = 30 € prélèvement immédiat.
    Puis au final :
    15 € de frais de traitement de dossier pour remboursement anticipé
    45 € de frais de conservation et archivage
    soit un total de 90 € en moins de 2 mois.

    J’envoie un mail, resté sans réponse à ce jour. J’appelle mais il faut faire une demande par courrier et on me précise qu’il y a peu de chance que ça aboutisse.
    C’est clairement du vol et je ne sais pas trop à qui m’adresser.

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  4. PRIN Jonathan, le

    Bonjour,;
    Je vais quitter mon entreprise et vais donc clôturer mon PEE chez Amundi Epargne Entreprise.
    Je viens de recevoir la réponse à mes questions sur les frais pour quitter ce PEE: 15€ pour le départ et 45€ de frais de « Conservation et archivage trentenaire après solde du compte ».
    Je vais me battre pour ne pas payer ces derniers frais qui ne devraient pas exister…

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    • Gilles Pouzin, le

      Dans la famille des petits pillages de l’épargne salariale, Amundi Epargne Entreprise remporte le prix des frais iniques pour « Conservation et archivage trentenaire après solde du compte ».

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    • TARGAT, le

      Bonjour,

      Après 10 ans de frais de gestions, j’ai aussi cloturé mon PEE chez Amundi, en les appelant pour valider que je n’aurais pas les frais de gestion pour la 11ème année ni aucuns autres frais… Ce qu’on m’a bien certifié!!! Et que vois-je? 45€ de frais prélevés de « Conservation et archivage trentenaire après solde du compte »!!! Si vous réussissez à vous les faire rembourser, je suis preneur car en plus d’être grossiers, ces frais ne m’ont pas été communiqués!

      Bon courage

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  5. josé 59, le

    Bonjour je viens témoigner.

    Je suis chez BNP épargne et retraite .

    Franchement leur site est incompréhensible, il est très compliquer de gérer son épargne et pourtant j’ai un master de commerce… je me demande comment font les autres salariées….

    Je commence à m’intéresser aux différents placements, les explications du site sont très opaque quant aux rendements etc….

    De plus je viens de me rendre compte qu’ils m’ont retiré au titre de l’année 2015 33,30 euros de « FRAIS d’ECRETEMENT » ???????? c’est n’importe quoi . aucune explication sur ces frais . On ne sait pas à quoi cela correspond .

    Une conseil pour l’épargne d’entreprise , achetez un bon tube de vaseline.

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  6. franck, le

    Bonjour,
    Merci pour cet article éclairé. Je souhaite apporter également mon témoignage. Ma boite m’a licencié en 2010, en l’espace de 5 ans, la somme que j’avais 125 € s’est réduite en peau de chagrin, notamment à cause de frais de « tenue de compte » se montant à 27 € par an, prélevé par Humanis Fongépar. M’étant rendu compte qu’il me restait moins de 10 €, je décide de clôturer le compte. Eh bien, je n’ai même pas pu récupérer cette somme en début d’année !
    Je reçois un email qui me dit qu’en cas de retrait, les frais de tenue de compte sont appliqués. Au final tout a été englouti ! Bref, des pratiques scandaleuses, qui font qu’un ex-employé ne récupère pas un sou de sa soi-disant « épargne ».

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  7. Olivier, le

    Bonjour,

    Il y a quatre ans j’ai quitté mon entreprise qui m’avait fait souscrire un PEE chez BNP Paribas.

    Cette dernière ne m’a ni informé de la possibilité de clôturer mon PEE, ni informé des frais de tenus de compte que la BNP allait prendre sur mes économies.

    J’attends quelques années puisque je pensais que les fonds étaient bloqués.

    Quand je regarde l’historique des relevés, je me rends compte qu’ils m’ont prélevé 4*33€ = 132€.

    J’appelle un conseiller clientèle pour comprendre le pourquoi du comment ? Elle me dit qu’il fallait mieux se renseigner. Je lui dit merci, mais malheureusement je n’ai pas vu la petite ligne qui disait ça.

    Y a t il une possibilité d’être remboursé ?

    Olivier

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    • Gilles Pouzin, le

      Bonjour et merci chère lectrice pour votre témoignage.
      Les banques ont l’unique privilège, qui n’est heureusement accordé à aucun autre commerçant ni même à l’Etat, de pouvoir se servir directement dans la poche de leurs clients (sur leur compte) sans le prévenir, sans leur accord, et bien sûr sans facture (ils sont même exonérés de TVA, contrairement à nos pauvres confrères de la presse d’information en ligne).
      Oui, c’est inadmissible. C’est un scandale d’Etat! Mais comme l’Etat est asservi par le lobby bancaire il a très peu de pouvoir et de prise sur les banques.
      En attendant un hypothétique changement (surtout n’allez pas croire qu’un quelconque parti politique puisse s’émanciper du joug des banques) la meilleure chose à faire et d’adresser des réclamations concernant ce petit pillage dont vous avez été victime, auprès de la médiatrice de l’Autorité des marchés financiers (AMF), de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (des problèmes?) ACPR, avec copie à Deontofi.com, UFC Que Choisir…
      En espérant que cette réponse vous aura été utile, faites connaître Deontofi.com autour de vous pour aider vos amis et tous les citoyens à mieux lutter contre les dérives financières contestables.

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