Mots-clés de l'article : Bitcoin (BTC), Coinbase, Coindesk, blockchain

A l’origine une miette de pièce, le Bitcoin est devenu la vedette de Noël, grâce à la bulle médiatique et financière qui a gonflé sa valeur, multipliée par 17 en 2017. Le Bitcoin devenu Megacoin mérite-t-il l’intérêt des investisseurs ? Tant que cette monnaie virtuelle restait en-dessous du radar, en parler aurait accrédité l’idée qu’on puisse la classer parmi les supports d’investissements. Deontofi.com n’est pas réfractaire à l’innovation technologique, loin de là.

On peut rappeler que le fondateur de Déontofi a pour père un des cinq inventeurs de l’Internet, Louis Pouzin, récompensés à ce titre par le Prix de la Reine Elizabeth pour l’ingénierie en 2012. Et un « geek » (passionné de bidouille techno en français), expert en administration de réseaux pour Deontofi.com, a « miné » des Bitcoins il y a quelques années, lui permettant d’en découvrir les coulisses technologiques et sociales. On l’a même laissé installer la possibilité de payer en Bitcoin pour s’abonner à Deontofi.com, ça fait moderne !

Car le Bitcoin est avant tout une expérience libertaire, née en réaction à la super-crise bancaire et financière de 2008, en janvier 2009. L’idée était de créer un moyen d’échange échappant à toute autorité de contrôle centralisée, légitimement suspectée d’incompétence après l’incapacité du système financier à éviter la répétition des crises (2002-2008). Le Bitcoin est ainsi né aux quatre coins de l’Internet, avec une idée simple et une architecture informatique innovante : pour administrer la création et la certification des transactions, des intervenants bénévoles font tourner des programmes sur leurs propres ordinateurs, qui créent un enchaînement de blocs de certification en chaîne, appelée blockchain en anglais.

En contrepartie de ce travail et des ressources mobilisées pour l’entretien de ce « système monétaire autonome », les mineurs, ou « miners » en anglais, recevaient des « Bitcoins », dont la valeur initiale (6 cents, moins de 10 centimes) était proportionnelle aux coûts de fonctionnement de leur contribution à la blockchain, c’est-à-dire principalement le matériel informatique et l’électricité pour le faire tourner. La performance informatique progressant de façon géométrique, selon la loi de Moore (cofondateur d’Intel), le système prévoyait même de réduire la rémunération des mineurs, ou d’augmenter leur travail pour le même montant de Bitcoin, ce qui n’a pas empêché la spéculation de s’emparer du système.

Neuf ans plus tard, le Bitcoin est devenu la star des « placements alternatifs », en franchissant toutes les barres symboliques de 1$ (février 2011), 10$ (juillet 2012) 100$ (août 2013), 980 (novembre 2013 suivi d’une rechute à 224$ le 24 août 2015), puis 1000$ (février 2017) et 10 000$ en novembre 2017, avant un sommet de 19 423 $ le dimanche 17 décembre 2017. Si l’architecture du Bitcoin en a fait un moyen d’échange monétaire anonyme relativement résistant technologiquement, la spéculation qui l’entoure a été orchestrée par des personnes moins motivées par sa dimension libertaire que par un moyen d’enrichissement rapide et furtif.

Parmi les artisans de cette bulle on peut citer Coinbase, une startup créée en 2011 qui a ouvert fin 2012 une sorte de « bureau de change » sur Internet permettant de convertir des monnaies virtuelles comme le Bitcoin, mais aussi plein d’autres, dans toutes sortes de devises réelles, comme l’euro, le dollar et la plupart des grandes monnaies convertibles. En 2014, Coinbase a passé un accord avec Google pour diffuser le cours du Bitcoin en dollars sur le premier média mondial, une étape importante pour contribuer à crédibiliser sa convertibilité, révélée par Coindesk, un site d’information spécialisé dans les cryptomonnaies, racheté par Digital Currency Group, fonds de capital risque Newyorkais ayant aussi financé Coinbase.

Points rouge = annonce de création de contrats à terme sur le Bitcoin

Dernière touche pour élever le Bitcoin au rang d’actif alternatif fréquentable par les sphères financières officielles, le marché à terme de Chicago (Chicago board of exchange) a lancé lundi 11 décembre le premier contrat à terme sur le Bitcoin, alimentant la flambée spéculative de son record historique, mais aussi des réactions de mise en garde, notamment de l’Association des professionnels des marchés à terme (Futures Industry Association, FIA.org). Cette dernière s’inquiète des risques liés aux transactions à terme sur le Bitcoin qui pourraient échouer si les vendeurs n’étaient pas en mesure de livrer les Bitcoins vendus à terme, ou si les acheteurs ne parvenaient pas à se faire livrer la camelote promise. Car le Bitcoin est d’une nature très différente des autres matières premières ou actifs financiers. Un Bitcoin, en lui-même, n’est qu’une signature électronique dans un fichier informatique, sans aucune contrepartie absolue ni valeur légale.

En dehors des Bitcoin volés (changés de poche), 20% des Bitcoins auraient « disparu », perdus pour tous…

Par ailleurs, en dépit de la certification par la blockchain réputée infalsifiable, la nature évanescente du Bitcoin rend aussi sa conservation en sécurité très délicate, au point que même des mineurs de Bitcoins plutôt connaisseurs et doués en informatique se les font régulièrement « subtiliser », sans parler des Bitcoins qui « disparaissent » purement et simplement. Environ 20% des Bitcoins créés depuis 2009 auraient ainsi disparu de la circulation, soit environ 2,8 à 3,8 millions de Bitcoins dont on aurait totalement perdu la trace, selon la société d’investigation des fraudes financières Chainalysis, citée par le magazine Forbes.

Une telle quantité d’articles a été publiée cette année sur le Bitcoin que Deontofi.com ne va pas revenir ici sur les nombreuses polémiques entre les adeptes et sceptiques du Bitcoin, ni sur les nombreuses batailles et menaces de schismes entre les différentes chapelles de la secte Bitcoin. Nous devions néanmoins intervenir à ce stade pour alerter nos lecteurs de deux sujets qui les concernent en phase avec la ligne éditoriale du site de la déontologie financière.

Avertissement Bitcoin Deontofi.com n°1 :

Premièrement, le Bitcoin réel, celui qui existe et fonctionne, n’est pas un placement. C’est un moyen d’échange, qui a été détourné de sa vocation originelle et fait l’objet d’une spéculation sans fondement économique fondamental. La seule justification qu’on pourrait lui donner serait celle d’un objet de collection, un peu comme si on avait retrouvé la première écriture de l’humanité. Mais ce n’est pas la première écriture de l’humanité et il y a beaucoup de monnaies virtuelles concurrentes prêtes à revendiquer ce statut d’objet de collection numérique.

Surtout, le Bitcoin ne réunit pas les caractéristiques essentielles définissant une monnaie.

La monnaie a quatre fonctions, pour lesquelles elle doit réunir plusieurs caractéristiques.

Les quatre fonctions de la monnaies sont :

  1. – Un moyen d’échange, accepté et universel, ayant « valeur légale » pour payer
  2. – Une unité de compte, avec ses divisions et sous-divisions facilitant sa comptabilité
  3. – Une réserve de valeur, permettant d’épargner ou investir pour l’avenir
  4. – Un moyen de paiement différé, donnant une « valeur légale » future aux dettes et créances.

Pour assurer ces 4 fonctions de la monnaie, les caractéristiques clé de la monnaie doivent être :

  • Durable, l’existence d’une monnaie doit être pérenne, elle doit durer dans le temps
  • Portable, facile et pratique à transporter ou déplacer pour payer dans la vie courante
  • Divisible, pour payer en petites pièces ou gros billets en couvrant tous les besoins
  • Acceptée partout et par tous, pour financer l’activité économique (conso, salaires…)
  • Valable, que son pouvoir d’achat soit assez prévisible pour faciliter son utilisation.

Est-ce le cas du Bitcoin ? On vous laisse y réfléchir. En attendant, pour ceux qui veulent compléter leur culture générale du Bitcoin avant la dinde de Noël, Deontofi.com recommande la lecture du Bitcoin pour les nuls, l’excellent article de nos confrères suisses dans le journal Le Temps, de Genève.

Avertissement Bitcoin Deontofi.com n°2 :

Publicité pour une arnaque Bitcoin sur Yahoo

Deuxièmement, au-delà des polémiques entre économistes traditionnels et geeks libertaires sur les qualités socio-économiques du Bitcoin et son potentiel de développement futur ou non,  la principale raison qui a poussé Deontofi.com a intervenir sur ce sujet est le ras-de-marrée d’escroqueries, véritable déferlante d’arnaques au Bitcoin que l’on voit se propager sur Internet, dans le sillage et avec les mêmes dégâts que les escroqueries au trading Forex ou placements diamants qui ont déjà fait tant de ravages auprès des épargnants français.

Nous consacrerons bientôt un article détaillé sur ces escroqueries au Bitcoin, mais en attendant ne donnez jamais vos coordonnées à aucun site internet faisant de la publicité pour des investissements en Bitcoin faisant miroiter l’espérance d’un gain. Ce sont des arnaques, croyez-en l’œil averti de Déontofi.

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2 commentaires

  1. Didier, le

    Bonjour

    J’avais appris, notamment lorsque j’étais étudiant, que la monnaie comportait 3 fonctions (les 3 premières de votre liste), la dernière citée se déduisant de la fonction « unité de compte » (sachant bien que la monnaie sous sa forme liquide n’est pas un instrument de crédit). Quant au fait qu’elle doive être acceptée « partout », que faites-vous des monnaies locales (certes fragiles), le problème posé étant celui de leur convertibilité?
    Ceci dit votre mise en garde et votre article dans son ensemble sont très intéressants. J’ai moi-même reçu pendant quelques semaines la lettre d’un « vaillant petit économiste » autoproclamé, tout ceci se terminant par une incitation à acheter des bitcoins (comme cela aurait pu être autrefois des diamants…). Je n’y ai bien entendu pas donné suite.
    Merci en tout cas pour votre action de démystification! Bon courage et bonne continuation!

    Didier (professeur d’économie-gestion, retraité)

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    • Gilles Pouzin, le

      Merci cher lecteur pour ce commentaire éclairé.
      Concernant l’acceptabilité d’une monnaie, elle résulte pour une monnaie nationale de sa « valeur légale », imposée aux acteurs économiques de tout un pays, mais pas au-delà de ses frontières. Les Anglais ont le droit de refuser les paiements en euros, bien que ce soit une monnaie solide qu’ils apprécient.
      Pour les monnaies locales, elles n’ont pas à proprement parler de « valeur légale » imposant de les accepter, mais leur acceptation peut être contractuelle, voire tacite, si les commerçants s’engagent à accepter les paiements avec ces monnaies.
      L’acceptabilité d’une monnaie, qui lui donne son caractère universel sur son aire d’utilisation, dépend au final de son acceptation par les citoyens et acteurs économiques qui l’utilisent. Dans certains pays où les citoyens n’ont pas confiance dans la valeur de leur monnaie nationale, cette dernière a valeur légale, mais les commerçants préfèrent être payés en devises étrangères solides qui font l’objet d’un marché des changes clandestin, étant aussi recherchées par les épargnants pour sauvegarder le pouvoir d’achat de leurs économies contre l’hyperinflation et l’érosion monétaire.
      La convertibilité n’est pas un problème réservé aux monnaies locales ou virtuelles, c’est un problème de crédibilité auquel peuvent être confrontées des monnaies légales, selon la crédibilité des finances publiques et la prospérité économique du pays qui les émet.
      Merci aussi pour la mise en garde aux épargnants désinformés par ce « vaillant petit économiste » déjà pris en flagrant délit de fausses nouvelles ici.
      Si vous avez conservé des publications de ces promotions pour des arnaques Bitcoin, Diamants ou autre, n’hésitez pas à nous en transmettre des copies en toute confidentialité via ce formulaire.

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