Vous n'avez pas la berlue, ce 12 est bien un 19, aucune confusion n'est possible si vous lisez bien les lettres minuscules en bas de la publicité.

Vous n’avez pas la berlue, ce 12 est bien un 19, aucune confusion n’est possible si vous lisez bien les lettres en petits caractères minuscules en bas de cette publicité de la SNCF pour son service au rabais ID TGV.

Comment écrit-on douze en chiffres: 19 ou 12 ? Et dix-neuf ? Ça s’écrit 12 ou 19 ? Curieux de vérifier si nous avions la berlue, nous avons demandé à des témoins innocents comment se lisait le gros chiffre derrière le 1 sur cette pub de la SNCF, pour son ID TGV. Leur réponse confirme généralement l’ambiguïté du message. Et aucun parent n’admettrait que l’école apprenne aux enfants à écrire le 9 avec comme un 2. Mais qu’en dit le jury de la déontologie publicitaire ?

Pour le savoir, Deontofi.com a testé la procédure de réclamation auprès du jury de déontologie publicitaire, le JdP.

Voici comment nous avons répondu au questionnaire d’évaluation de la publicité mise en cause :

Comment qualifier votre agacement vis-à-vis d’une publicité trompeuse ou inadéquate ?

C’est très simple, laissez-vous guider en remplissant le formulaire sur le site du JDP.

Nous vous fournissons l’exemple de la plainte déposée le 6 décembre contre une publicité contestable de la SNCF pour des trajets en promotion de son service au rabais « id TGV » :

Nom de l’annonceur / de la société / de la marque *
SNCF id TGV

Nom du produit ou du service, objet de la publicité *
2 millions de sièges ont éclos dès 12€

Où avez-vous vu ou trouvé la publicité ? *
Direct Matin

Quand avez-vous vu ou trouvé la publicité ? *
06/12/2016

Description de la publicité *
En gros caractères le slogan annonce :
2 millions de sièges ont éclos, dès 12€

Motif(s) de votre plainte *
Il s’agit d’une publicité mensongère ou trompeuse, car en réalité le texte en micro caractères indique « prix à partir de 19€ », or le graphisme trompe le lecteur en déguisant grossièrement un gros 19 en 12, par l’ajout d’une barre horizontale vers la droite (représentant une rame de train) accolée en bas du prétendu 19€ pour le maquiller en 12€.

Vous recevrez un message de confirmation vous expliquant le traitement de votre réclamation, reproduit ci-dessous :

Que va faire le JDP ?

1. Le secrétariat du JDP va analyser la recevabilité de votre plainte
Pour être recevable, une plainte doit porter sur une publicité clairement identifiée, effectivement diffusée au cours des deux mois précédant la réception de la plainte, sur le territoire français, n’être liée qu’au contenu de la publicité (son message, les images, les sons, l’ambiance…) et avoir pour fondement le non respect d’une ou plusieurs règles déontologiques.

2. Votre plainte sera examinée par la Présidente et/ou la Vice-présidente qui décide des suites à lui donner.
Un courrier électronique motivé précisant les suites données à votre plainte vous sera adressé.

3. Si votre plainte présente une ou des présomptions de manquement et requiert un débat des membres, elle sera examinée en séance plénière et fera l’objet d’un avis du JDP.

Appréciation de la procédure : Un jury réactif et une procédure bien rodée.

Dans cet exemple, nous avons reçu une réponse du JdP le 16 décembre, exactement 12 jours après le signalement de la publicité contestée. Rien à dire côté réactivité. La procédure est bien rodée et la motivation de la décision est bien argumentée, même si l’on n’en partage pas totalement l’esprit.

La réponse du JdP : Circulez, y a rien à voir !

Dans sa lettre de réponse à notre réclamation, le Jury de Déontologie Publicitaire estime que la publicité contestée ne lui « apparaît pas contraire aux dispositions déontologiques en vigueur et notamment aux principes de véracité et de loyauté applicables à toute publicité ».

Appréciation de la réponse du JdP : Bienveillante envers la créativité scripturale

Concernant l’abus visuel du 19 maquillé en 12, le JdP estime que « le chiffre 9 composant le prix étant prolongé par le symbole graphique d’un train », mais que « Si ce dessin peu susciter des interrogations quant au chiffre représenté, la longueur et la nature du trait prolongeant le chiffre ainsi que la mention rectificative du prix annoncé (« offre soumise à condition… prix à partir de 19€ TTC… ») ne permettent pas de considérer que cette présentation est trompeuse à l’égard du consommateur ».

En résumé, si vous êtes bigleux tant pis pour vous ! Et puis de toute façon, on sait bien que les prix promotionnels mis en avant dans les publicités pour des services de transports sont bidon et que seules les petites lignes ont une valeur légale.

Mais le JdP nous console avec un argument imparable, à propos de l’écriture un peu choquante du 9 travesti en 2 avec sa petite queue de train en bas vers la droite : « Celle-ci, qui relève de la liberté de création de la marque, demeure donc acceptable au regard des règles susvisées », nous rassure le JdP.

En clair : soyez tolérants avec vos bambins s’ils écrivent leurs 9 avec une queue en bas vers la droite qui les maquille en 2. Demandez aux instituteurs d’être compréhensifs, et n’incriminez pas l’Éducation nationale, c’est de la créativité garante d’une prometteuse carrière publicitaire ! (N’hésitez pas à citer cet article et l’avis du Jury de déontologie publicitaire en cas d’incompréhension du jury scolaire sur ce point 😉

Moralité, on sait bien que les prix affichés sur les publicités sont faux ou trompeurs et ce n’est pas si grave puisqu’il suffit de lire les petites lignes. La confusion graphique relevant pour sa part d’une créativité acceptable…

Notez bien que Deontofi.com déconseille formellement à ses lecteurs de jouer ce genre de farce à leurs créancier en travestissant les 9 en 2 sur leurs chèques, car ils s’exposeraient probablement à des observations plus sévères que celles du JdP sur la « créativité » scripturale la SNCF !

Blague à part, que la SNCF et le Jury de déontologie publicitaire nous pardonnent d’avoir bien ri de cette affaire qui ne méritait peut être pas tant d’intérêt. Sur le fond, l’affaire du 19 sur 12 n’est pas bien grave, et nous gardons confiance dans la capacité du JdP à traiter des réclamations concernant des publicités bien plus contestables et nocives que cette plaisanterie qu’on aurait aussi vite oubliée sans l’œil averti de Deontofi.

Précision utile : Deontofi.com n’est pas opposé au développement de la publicité, qui peut constituer un mode d’information utile des consommateurs, même avec une vocation commerciale. Comme la plupart des organes de presse, Deontofi.com propose aussi des espaces publicitaires sur son site aux annonceurs qui souhaiteraient s’adresser à nos lecteurs, mais à la condition impérative qu’il ne s’agisse pas de publicités malhonnêtes (contrairement à d’autres médias, y compris à grande audience, acceptant par exemple les publicités pour le trading Forex jusqu’à leur interdiction).

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